« Dans les années 1980, le virus du Sida fait rage. Ned Weeks, un écrivain-activiste, décide de se battre et de fonder un groupe d’aide luttant contre cette maladie. »
Avec un tel pitch, le nouveau projet artistique du très prolifique Ryan Murphy pourrait sembler n’être qu’un nouveau DALLAS BUYERS CLUB ou un ersatz télévisuel de PHILADELPHIA, le film de Jonathan Demme aux deux Oscars et autant de Golden Globes. Mais Ryan Murphy étant ce qu’il est, soit un showrunner de génie, THE NORMAL HEART n’en est rien. A la fois polémique et lyrique, le téléfilm produit par est un événement en soi. A cause de son sujet, de son traitement et bien évidemment de son casting. Explications.

Adapté de la pièce éponyme de , qui a ici pris la fonction de scénariste, THE NORMAL HEART part d’un constat simple. En 1981, lorsque le virus du Sida a commencé à faire des ravages, le gouvernement américain a mis du temps à réagir, et encore plus à admettre qu’un tel virus était un problème de santé publique. Parce qu’il était mal connu, parce qu’on ne savait pas comment l’évoquer, parce qu’il ne touchait qu’une minorité. Toutes les raisons possibles sont évoquées au cours des 2h13 du film et aucune n’est laissée au hasard. Sans pour autant se vouloir moralisateur, le film de Ryan Murphy pousse à la réflexion et force à opérer des parallèles entre la situation décrite et représentée dans les années 1980 et les révolutions sociales actuelles. Avec toute l’audace qu’on lui connait, Ryan Murphy n’hésite pas à montrer les ravages d’un tel virus sur le corps et les changements de comportement nécessaires qu’il a fait naître.

Photo du film THE NORMAL HEART © HBO

Photo du film THE NORMAL HEART © HBO

Si le scénario peut parfois sembler lourd et oppressant, notamment à cause du nombre important de décès auxquels on assiste, il a néanmoins le mérite de faire le récit, du début à la fin, de la liaison entre Ned Weeks (, INSAISISSABLES) et Felix Turner (, MAGIC MIKE). A cause de son sujet, THE NORMAL HEART ne lésine pas sur les scènes chocs, les moments de profonde intimité, que ce soit au sein d’un couple ou entre deux amis de longue date. Tout est montré, tout est dit, rien est caché. Et alors que l’on aurait pu penser que Ryan Murphy se laisserait aller à des scènes sexuellement et hautement explicites, cela n’est finalement pas le cas. Le créateur de séries comme POPULAR, NIP/TUCK, GLEE ou plus récemment AMERICAN HORROR STORY livre ici un film relativement soft, où la communauté gay est montrée telle quelle est « vraiment », loin des clichés encore trop souvent colportés. Dire que le sexe est absent du film serait un mensonge. Mais celui-ci n’est jamais représenté à l’écran de manière douteuse ou trop gênante. Outre une scène d’orgie rapidement masquée par un effet de flou explicite, THE NORMAL HEART fait preuve d’une pudeur légitime et justifiée à ce niveau-là. En s’intéressant avant tout à la personnalité et au combat du héros, l’adaptation de Larry Kramer est construite comme un film catastrophe dans lequel personne n’est à l’abri. Sans jamais virer dans le mélo ultra dramatique, le film réussit à nous émouvoir, voire à complètement nous faire pleurer. Notamment parce que, bien qu’il s’agisse ici de mettre en scène le virus du sida, le « cancer gay » comme l’appelèrent certains, THE NORMAL HEART parle à tous. Tous ceux qui ont connu de près ou de loin la maladie, tous ceux qui ont vu quelqu’un partir sans pouvoir l’aider, tous ceux qui ont eu peur de voir leur heure arriver trop vite.

« Réalisation maîtrisée, bande son entraînante et photographie remarquable. »

Pour porter son film, son bébé, son projet le plus mémorable, Ryan Murphy a fait appel à toute la crème de Los Angeles. A commencer par la remarquable Julia Roberts (UN ETE A OSAGE COUNTY) qui incarne ici le Dr Emma Brookner, la femme qui va faire réaliser à Ned que le mal dont sa communauté semble souffrir n’est pas prêt de disparaitre. Charismatique et émouvant, c’est finalement ce personnage qui réussit le mieux à nous faire faire le parallèle entre le sida et n’importe quelle autre maladie. Personnage principal, passionné et parfois un peu trop, Mark Ruffalo offre une bonne prestation, sans être pour autant extraordinaire. La faute à des dialogues parfois trop littéraires ? Sans aucun doute. Face à lui, Matthew Bomer crève l’écran. Que ce soit en journaliste sûr de lui ou en malade dont le temps est compté, l’acteur de 36 ans attire l’attention comme personne et réussit à rendre le récit subtilement insoutenable. Dans le reste du casting, on notera les présences de (THE BIG BANG THEORY), absolument génial en ami grande gueule, (IDENTITE SECRETE), très bon en grand frère aimant mais dépassé et (FRIDAY NIGHT LIGHTS), parfait en banquier d’affaires incapable de faire son coming-out. Et histoire de marquer la dimension très actuelle du sujet, les producteurs ont choisi , déjà essentiel à la « série gay » LOOKING (diffusée sur HBO) pour incarner la première victime du virus.

Photo du film THE NORMAL HEART © HBO

Photo du film THE NORMAL HEART © HBO

S’il est possible de faire des liens entre THE NORMAL HEART, PHILADELPHIA et DALLAS BUYERS CLUB, le film de Ryan Murphy se regarde, s’apprécie et se contemple comme une œuvre à part. Celle d’un réalisateur ouvertement homosexuel qui tenait à apporter sa contribution à une communauté à qui il doit tout, ou du moins beaucoup. Bien que l’on puisse trouver le film parfois un peu lent, THE NORMAL HEART montre avec brio la longue descente aux enfers d’un homme qui, au moment où il perd tout espoir, finit par trouver l’amour mais finira par le perdre, emporté par un fléau qui le dépasse – et qui nous dépasse malheureusement encore aujourd’hui. Produit par et diffusé sur HBO, le film ne devrait pas laisser les prochaines grandes cérémonies américaines indifférentes. Grâce une réalisation maîtrisée, une bande son fidèle et entraînante ainsi qu’une photographie absolument remarquable, THE NORMAL HEART fait rêver, pleurer et réfléchir. Grâce à un casting quatre étoiles, des répliques mémorables et un traitement hautement objectif, le film devrait plaire à toutes les générations.

CASTING
Titre original :
Réalisation : Ryan Murphy
Scénario : Larry Kramer
Acteurs principaux : Mark Ruffalo, Matt Bomer, Jim Parsons, Alfred Molina, Taylor Kitsch, Julia Roberts, Jonathan Groff
Pays d’origine : Etats-Unis
• Sortie : 25 MAI 2014
Durée : 2h13mn
Distributeur : HBO
Synopsis : Dans les années 1980, le virus du Sida fait rage. Ned Weeks, un écrivain-activiste, décide de se battre et de fonder un groupe d’aide luttant contre cette maladie.
BANDE-ANNONCE