Michel Hazanavicius  et ses producteurs se sont payés une crédibilité en titane grâce à la prise de risque THE ARTIST et aux différentes récompenses attribuées au film.
Il était temps de montrer une autre facette de leur talent en abordant un sujet plus sérieux, politique – la guerre de Tchétchénie. Il nous livre donc un pur drame, là ou jusqu’ici il n’était qu’un metteur en scène de comédie politiquement incorrecte et un fétichiste de l’image.

THE SEARCH souhaite mettre en parallèle deux points de vue. Celui de l’intérieur du conflit, et celui, par identification à Carole, du spectateur sur le spectacle de la guerre de Tchétchénie. Il raconte pour cela les histoires parallèles d’un petit garçon en exil solitaire, dont les parents se sont fait assassinés par des soldats russes sous ses yeux. Celui-ci est recherché par sa sœur ; Puis Kolia, engagé malgré lui dans l’armée russe, assure le point de vue « objectif » en tant que personnage positionné « de l’autre coté » du conflit.
Enfin, Bérénice Béjo interprète Carole, chargée de mission pour l’ONU, Française qui, étant impliquée plus frontalement dans la réalité de la guerre, mène un combat administratif pour faire reconnaître la gravité du conflit.

Photo du film THE SEARCH

Photo du film THE SEARCH

Ce qui frappe, premièrement, c’est le manque de puissance initial de ce récit.
En premier lieu, Hazanavicius tente une immersion violente dans le conflit en utilisant la fameuse caméra à l’épaule. Il adopte une esthétique qui rappelle les scènes finales de LES FILS DE L’HOMME pour leur cachet indubitablement réaliste. Une référence déplacée et surtout mal utilisée, qui sera renforcée lors du plan séquence guerrier final.
La première scène du film montre donc, dans un village réduit en cendre, une exaction commise par l’armée, en l’occurrence de jeunes hommes, manifestement troublés par le pouvoir que leur confère leur statut de militaire.

Mais, sans plus de développement, le récit se transfère au petit Hadji, qui doit protéger son petit frère, mais surtout lui même, de la violence de cette guerre.
Ici, Hazanavicius n’arrive pas, à travers son acteur mutique et sa destinée, à rendre compte des enjeux du conflit, de la position politique du peuple face à l’armée. Tout ce que l’on voit, à l’écran, c’est une description misérabiliste accentuée par la solitude de ce petit garçon. Hazanavivius n’arrive pas à transformer ce parcours individuel en état des lieux.
C’est ici qu’intervient le deuxième point de vue sur le conflit, celui du jeune russe Kolia. Engagé par malchance dans une armée russe, décrite à l’écran sous influence Kubrickienne c’est à dire en montrant la cruauté de l’instruction à la dure, sans véritable autre explication, qu’ « on va faire de vous des hommes, pas des pédés ».
Cela semble logique, puisqu’il ne faut surtout pas provoquer une quelconque réflexion chez ces jeunes hommes malléables, en faire de la chair à canon sans émotion. Sauf que cela à exactement le même effet sur nous, spectateurs. On se laisse porter mollement par cette partie du récit, régulièrement choqué par une violence sans résonance.
Probablement réaliste, mais pas suffisant pour rassurer quant au manque d’intérêt déjà proposé par l’histoire d’Hadji.

Un autre personnage vient s’ajouter au récit, la survivante du massacre de la première scène, la soeur d’hadji et mère de son petit frère. Celle-ci cherche à retrouver Hadji.
Un parcours qui n’ajoute absolument rien, sinon indiquer qu’effectivement le déchirement des familles en temps de guerre, c’est pas facile. Tout dans ces destins croisés semble scénarisé, utilisé uniquement comme moteur de l’intrigue.

Hazanavicius enfonce dans cette insupportable première partie des portes ouvertes, sans prendre plus de recul qu’ M6 et ses « Zone Interdite », sans proposer de contrepoint conséquent, argumenté et pertinent.
On constate, comme souvent dans ce genre de films, que les scénaristes s’inspirent de leur vécu et de leur culture pour créer de toutes pièces, avec l’aide d’un ou deux consultants autochtones, une histoire sensée rendre compte de l’état d’un pays.
En réalité, cela transpire simplement la complaisance et le misérabilisme opportuniste.

En fait, THE SEARCH reste, dans cette vision de l’intérieur du conflit, sur le registre du drame commercial, abuse de pathos, et noie le spectateur dans ce conflit sans personnalité :
Quid des motivations de chaque camp ?
Des exactions et leurs implications ?
L’impact démographique de ce genre de conflit ? Etc.

Évidemment, on pourrait arguer qu’Hazanavicius fait confiance à notre culture et notre intelligence pour combler les trous de son scénario : ces thèmes sont abordés, mais sans être suffisamment approfondis pour provoquer autre chose qu’une pitié désintéressée.
Cela me paraît dommage, même si c’est peut être un tout autre film qu’Hazanavicius veut nous montrer, comme pourrait le laisser penser la seconde partie du film.

« THE SEARCH se divise en deux parties totalement inégales : l’une, ratée et sans puissance cinématographique, se focalisant sur la gravité du conflit Tchétchènes / Russes. L’autre se recentrant sur une partie plus intime, avec une Bérénice Béjo impériale. »

L’histoire de Carole, progressivement introduite, remonte un peu le niveau.
C’est en très grande partie lié à l’interprétation sans faille de Bérénice Béjo, dans ce rôle ou elle accueille plus ou moins volontairement chez elle le petit Hadji.

Cette seconde partie permet de montrer une facette beaucoup plus intime puisqu’il s’agit d’apprivoisement culturel et sentimental, jumelé à une solitude.
Cet enfant et cette femme sont séparés par un conflit tellement plus grand qu’eux, mais aussi culturellement, comme viennent le rappeler continuellement la traductrice et la responsable du centre de réfugiés (Annette Bening, quelconque).
La guerre et les histoires parallèles deviennent des toiles de fond de « luxe », qui arrivent malgré tout à correctement alimenter le discours perceptible dans l’histoire entre Hadji et Carole, communiquer quelque chose à propos de l’absence et la perte de repère, à travers ces deux êtres opposés.
Il faut reconnaître qu’Hazanavicius sait filmer sa femme, sans complaisance, sans la magnifier. Le rôle qu’il lui a écrit est très juste dans sa description d’un caractère, à défaut d’avoir une réelle importance d’un point de vue plus politique.
Ce rôle permet à Béjo de montrer une gamme d’émotions très étendues, toutes très subtiles, dans la colère comme dans la peine. Elle mérite largement un second prix d’interprétation pour cette performance.

En bref, THE SEARCH est plein d’ambition. Hazanavicius, comme d’habitude, s’approprie un sujet « démodé » et tente de le transcender par un cinéma dramatique, cette fois. Intention louable mais bien mal illustrée.
Son film vaut uniquement pour le personnage interprétée par Bérénice Béjo, parfaite.

CASTING
Titre original : The Search
Réalisation : michel Hazanavicius
Scénario : Michel Hazanavicius
Acteurs principaux : Bérénice Bejo, Annette Bening, Abdul Khalim Mamutsiev
Pays d’origine : France
Sortie : 26 Novembre 2014
Durée : 2h40mn
Distributeur : Warner Bros. France
Synopsis :
BANDE-ANNONCE