À l’extrême opposé des démarches de studio d’animation comme l’horrible Illumination (ne contenter QUE le public cible, avec une certaine efficacité empreinte de cynisme), de Pixar (s’engoncer dans une nostalgie émotionnelle), d’un de plus en plus mature et moderne, ou de films comme Lego Movie transcendant tout postulat par leur indéfectible énergie… Dreamworks persiste, comme avec Shrek il y a 16 ans de cela, à proposer de purs films pour adultes enrobés dans de naïfs contes pour enfants.

Le studio n’essaye donc même plus de rivaliser avec ses nombreux compétiteurs ; plutôt, les créatifs du studios ne semblent chercher qu’à satisfaire leurs propres envies : communiquer au monde ce qui a fait d’eux ce qu’ils sont – culturellement parlant. Leurs films sont ainsi des condensés humoristiques de ce fameux inconscient collectif qui nous définit tous, évidemment différent en fonction de notre âge… Ce qui se traduit par des œuvres où l’histoire n’a que peu d’importance par rapport à ce que telle ou telle référence pourrait évoquer. Ces « références » en questions ne sont pas que des items culturels ; elles peuvent également être un discours ou une morale (comme ceux de Disney, dont le co-créateur de Dreamworks Jeffrey Katzenberg fut co-directeur, à la fin des 80’s), ou un esprit (comme celui de Spielberg, également co-créateur de Dreamworks). Et à l’exception de Croods et Dragons, peut-être les seuls films du studio à véritablement embrasser la portée épique de leurs récits, chaque film de Dreamworks est avant tout un cœur tout chaud dégoulinant d’humour et de pop-culture, sur lequel viennent aléatoirement se fixer des organes plus ou moins vitaux, comme la réalisation, la mise en scène, des personnages solides, la morale, le scénario, la narration, la direction artistique, etc.

Cette ligne directrice tournée vers le spectateur adulte (ce qui est louable en soi) plutôt que vers l’enfant, commence malgré tout à sérieusement montrer ses limites. Il ne s’agit pas ici, de Cinéma… mais bien d’économie ; comment faire péter le box-office sans s’adresser un minimum à son prétendu public-cible ?
À l’heure où le cinéma vise l’accessibilité maximum, Dreamworks ne semble s’adresser qu’à ce fameux jeune-sans-responsabilité si rentable au début du siècle, mais qui depuis a grandi et s’est logiquement éloigné du médium cinéma, jusqu’à n’être finalement qu’une frange très faible des spectateurs de films d’animation susceptibles d’apprécier les productions Dreamworks. Une explication comme une autre pour expliquer le bide systématique des derniers films du studio aux U.S.A. ou en Europe – Kung fu Panda sauvant les meubles en rapportant le pactole… sur le sol chinois.

Photo du film LES TROLLS

Ça a beau transpirer la bonne humeur, ça finira bouffé par la concurrence

C’est donc avec cette grille de lecture que l’on ne comprend déjà PAS DU TOUT le choix des (!!!) comme protagonistes ; une icone des 90’s, coincée pile entre les T-shirt Waikiki, les ceintures-bananes et Diddl… Sans compter que la caractérisation des personnages, l’histoire ou même parfois le design des personnages (notamment ceux des méchant Bergen) renvoie à tout ce cinéma d’animation post-80’s pré XXIè siècle, celui de Disney évidemment mais également celui, génial, de Don Bluth. Le tout emballé dans une imagerie audio-visuelle ultra-pop, flashy et franchement incompréhensible par moments… TROLLS est ce genre de films capable de laisser un public d’enfants silencieux, incapables de comprendre le spectacle étrange auquel ils assistent, et par conséquent de donner du sens à leurs émotions.

« Ce schizophrénique Trolls ne fera probablement pas l’unanimité et finira vite oublié, malgré les immenses sourires joyeux qu’il risque de vous procurer. »

PAR CONTRE, en tant qu’adulte… Même avec notre œil critique, difficile d’être totalement insensible à cette nostalgique boulimie culturelle, s’exprimant via une telle bonne humeur qu’elle finit par nous contaminer. Si l’on ne peut s’empêcher de pester contre le manque de profondeur de cette histoire ou devant l’artificialité absolue de chacun des personnages, on reste fascinés par l’esthétique « peluche » mignonne-tout-plein des trolls et même des antagonistes les Bergen, rappelant celle du jeu vidéo à l’esprit DIY : Little Big Planet. Le monde de TROLLS n’a quant à lui, aucune logique (ni scénaristique, ni environnementale, ni artistique), mais le film aligne pourtant suffisamment d’inventivité visuelle pour faire passer la pilule. Masquer la cohérence sous le WTF – une critique que nous avions faite à l’égard de Comme des bêtes, mais qui ici fonctionne car se voit totalement assumée. Le casting vocal très générique lorsqu’il s’agit de donner vie aux personnages, est en outre musicalement au top, ce qui nous amène à la playlist du film, aussi reconnaissable qu’éclectique et efficace, reprenant des tubes pop aussi variés que Sound of Silence (Simon & Garfunkel), Hello (Adele) ou Move your Feet (Junior Senior) pour illustrer les émotions des personnages – seuls moments ou ceux-ci prennent vie. À ce titre, le tube de l’été Can’t stop the feeling de , prend une tout autre fantastique dimension, lorsque remis en contexte.

Photo du film LES TROLLS

Youp !!! on est toujours contents parce qu’on est des TROLLS !!!

Trop niais et inconséquent pour être qualifier de mature, mais trop destiné aux adultes dans le fond pour convaincre un public de gosses… Ce schizophrénique TROLLS ne fera probablement pas l’unanimité et finira vite oublié, malgré les immenses sourires joyeux qu’il aura peut-être figés sur vos figures de trente-quarantenaires, le temps de quelques géniales reprises.

Georgeslechameau

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