Photo du film UN BEAU DIMANCHE

Pour son 7e film, UN BEAU DIMANCHE, Nicole Garcia s’offre une nouvelle intrigue dans ce Sud qu’elle affectionne. Ici encore la réalisatrice oscille entre le film obscur et sombre où se trament des destinées ombrageuses, emplies de souffrances et de non-dits et un film éclatant à l’image d’un bord de mer en été où apparaîtraient parfois quelques rayons de soleil qui aveuglent de plein fouet. Quatre ans plus tôt, dans UN BALCON SUR LA MER (2010), on trouvait également ce Sud éblouissant et lumineux où deux êtres se cherchaient et confrontaient leurs souvenirs d’enfance en Algérie et la perte d’un amour de jeunesse. Dans UN BEAU DIMANCHE, Sandra (Louise Bourgoin), serveuse sur une plage, et Baptiste (Pierre Rochefort), professeur remplaçant, vivent chacun pour leur boulot. Entre dureté psychologique et physique, ils tentent tous deux de garder la tête hors de l’eau. Le passé de Baptiste est révélé par un procédé de flash-back (déjà utilisé dans UN BALCON SUR LA MER) et par la confrontation avec sa famille où des réminiscences affleurent. La caméra nous dévoile la face obscure du personnage, tout comme celui de Sandra qui se démène avec ses dettes douteuses. Pourtant, lors de leurs moments communs, des plages de clarté font irruption comme la promesse d’une vie meilleure, à portée de main…

Comme souvent dans la filmographie de Nicole Garcia les liens familiaux sont brouillés, avortés, voire anéantis et impossibles, alors que, par définition, ils sont naturellement là, présents en chacun de nous. Il s’agit toujours d’une absence, d’un manque et chacun de ses films le relate à sa manière (Un week-end sur deux en 1990, Le fils préféré en 1994, L’Adversaire en 2002). Isolé et faisant face à une rupture qui paraît toujours cruelle et injuste, le personnage principal essaye tant bien que mal de se repositionner à la place (de mère, de fils ou de frère) qui lui a été assignée au départ en recréant du lien là où tout à été défait, rompu. Plus par nécessité qu’envie, Baptiste va ainsi retrouver sa famille pour aider financièrement Sandra. UN BEAU DIMANCHE raconte une même complexité des liens familiaux et, plus qu’une rupture, une réelle fracture. La violence de l’exclusion du cercle familial pour Baptiste, étranger nargué parmi les siens, paraît insoutenable. Le sentiment maternel est absent puisque Sandra ne semble une mère pour son fils que « sur le papier » et Liliane (magnifique prestation de Dominique Sanda déjà vue dans UNE CHAMBRE EN VILLE de Jacques Demy en 1982), mère glaciale et austère de Baptiste, manifeste une dureté sans nom envers son fils. On assiste à la confrontation d’un avant et d’un après, à la dénonciation d’une certaine pression sociale et d’une exigence de réussite au sein de cette famille où Baptiste a échoué, à la mise en évidence d’un fossé social entre cette tribu arriviste où paradoxalement, dans le confort bourgeois, l’homme semble être un loup pour l’homme, et les deux électrons libres que sont le solitaire Baptiste et la solaire Sandra. Les personnages sont tentés du recréer du lien à leur manière, là où celui-ci a fait défaut, avec cette idée que l’amour sauve de tout, du moins qu’il permet un nouveau départ.

Photo du film UN BEAU DIMANCHE

UN BEAU DIMANCHE raconte une même complexité des liens familiaux et, plus qu’une rupture, une réelle fracture.

À première vue, le film a ses longueurs, ses moments d’ennui, et malgré la dureté du contexte (psychologique et réel), tout paraît trop calme. Mais, comme il faut du temps pour se former, pour accoucher de soi et naître au monde, Nicole Garcia semble filmer ce temps de la gestation, pour ici une hypothétique renaissance. Pour Baptiste et Sandra (les acteurs collent parfaitement à leur rôle) s’opèrent le croisement de deux identités dans ce qu’elles ont de plus profond et de plus obscur, puis la naissance de leur amour, la reconquête de leur place « au soleil », pour aboutir à cette renaissance identitaire en tant qu’être « aimé » et non comme simple pion social. « J’ai rencontré quelqu’un » lance Sandra à une collègue. Quelqu’un de plus ? Ou quelqu’un vraiment ?, peu importe, le tout étant cet espoir perdu qui est retrouvé. Quant au personnage d’Emmanuelle (la très convaincante Déborah François), sœur de Baptiste, il rappelle étrangement celui de Marie-Jeanne (Marie-José Croze) dans UN BALCON SUR LA MER, en amoureuse silencieuse et dont la noirceur des non-dits effraie autant que la blondeur et la candeur angélique charment.

Nicole Garcia, avec son scénariste Jacques Fieschi, parvient à restituer une ambiance qui tend un peu vers le polar, le film noir, et par moments, on délaisse la simple comédie dramatique pour se hisser vers quelque chose qui serait proche du thriller. Certaines scènes inquiètent et laissent mal à l’aise, comme lorsque Emmanuelle, sœur de Baptiste, cherche du regard son frère dans la propriété familiale. Baptiste ne laisse rien percevoir de la misère affective qui l’entoure lorsque le film commence. Le spectateur est peu à peu embarqué dans un abyme vertigineux et peine à croire à ce qu’il découvre… Alors que l’on suppose le personnage de Sandra plus à plaindre, c’est celui qui semble avoir gagné sa place qui masque une détresse parfois plus profonde.

UN BEAU DIMANCHE peut créer des avis mitigés mais le film, ni vu ni connu, marque les esprits.

NOTE DE L’AUTEUR

[rating:6/10]

Baptiste est un solitaire. Instituteur dans le sud de la France, il ne reste jamais plus d’un trimestre dans le même poste. A la veille d’un week-end, il hérite malgré lui de Mathias, un de ses élèves, oublié à la sortie de l’école par un père négligent. Mathias emmène Baptiste jusqu’à sa mère, Sandra. C’est une belle femme, qui après pas mal d’aventures, travaille sur une plage près de Montpellier. En une journée un charme opère entre eux trois, comme l’ébauche d’une famille pour ceux qui n’en ont pas. Ça ne dure pas. Sandra doit de l’argent, on la menace, elle doit se résoudre à un nouveau départ, une nouvelle fuite. Pour aider Sandra, Baptiste va devoir revenir aux origines de sa vie, à ce qu’il y a en lui de plus douloureux, de plus secret.

Titre original : Un beau dimanche
Réalisation : Nicole Garcia
Scénario : Nicole Garcia, Jacques Fieschi
Acteurs principaux : Pierre Rochefort, Louise Bourgoin, Dominique Sanda, Déborah François, Eric Ruf, Benjamin Lavernhe, Olivier Loustau, Jean-Pierre Martins, Mathias Brézot, Michael Evans…
Pays d’origine : France
• Sortie : 5 février 2014
Durée : 1h35
Distributeur : Diaphana Distribution
Bande-Annonce :

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