Le dernier film de met en scène la voluptueuse dans une rêverie langoureuse qui prolonge l’été.

Pour son quatrième long-métrage, la réalisatrice choisit de composer le décor de son conte amoral sur le doux scintillement de la méditerranée. est Naïma, jeune femme de 16 ans qui se laisse l’été pour choisir ce qu’elle fera plus tard. Sofia, l’incandescente Zahia Dehar est sa cousine au mode de vie séduisant qui débarque à Cannes pour l’entraîner dans une parenthèse estivale inoubliable.

Sofia arrive au film dans une apparition presque surnaturelle. Incarnation fantasmatique d’une Vénus sortie des eaux, elle est d’abord ce corps qui irradie de sa présence quasi chimérique. Lorsqu’elle se met à parler, des accents, une musicalité à la Bardot parachèvent ce personnage langoureux, romanesque et à son tour volontiers iconique. C’est par ce corps à la sexualité exacerbée que Sofia mène sa vie d’une manière totalement libre. Affranchie des conventions sociales, du regard et des jugements malveillants qui glissent sur sa peau nue telle une douce cuirasse cuivrée.

Photo du film UNE FILLE FACILE

Naïma & Sofia (Mina Farid et Zahia Dehar) © Julian TORRES Les Films Velvet

Naïma est fascinée par sa cousine et l’horizon qu’elle lui laisse entrevoir. Dans ce paysage deux modèles, mais aussi deux corps de femme s’opposent. Il y a d’un côté la mère, interprétée par , enfermée dans son uniforme de femme de chambre, usée et fatiguée. De l’autre il y a la nudité du corps émancipé de Sofia. Deux exemples de vie qui peut être ne se nient pas systématiquement l’un l’autre. Mais c’est l’heure des choix pour Naïma qui veut à son tour exercer son pouvoir sur une vie dont elle refuse de subir le déterminisme.

Et c’est peut-être là l’unique leçon enseignée par la vaporeuse Sofia. Car dans UNE FILLE FACILE, il est avant tout question de jeux de pouvoir, de rapports de force entre dominants/dominés, hommes/femmes, riches/pauvres. Pour ce faire, Rebecca Zlotowski a l’extrême intelligence de ne pas juger ses personnages et compose des portraits finement complexes, jamais univoques, toujours plus profonds qu’ils ne paraissent. A travers cette exploration, la réalisatrice pose une subtile réflexion sur la morale, la sexualité, le désir féminin et les enjeux sociaux que toutes ces problématiques impliquent.

Sofia et Andres () sont les deux faces d’une même pièce. Tous deux s’affranchissent de l’argent et des préoccupations matérialistes, qui ne sont qu’un moyen pour atteindre leur but véritable, que l’on pourrait grossièrement résumer par, la jouissance de la vie. Au moyen de cette libération sexuelle, Sofia fait voler en éclats les frontières sociales, dès lors le film met le doigt sur quelque chose de passionnant. Comme par enchantement les mondes auparavant inaccessibles s’ouvrent aux deux cousines, le temps d’un été merveilleux. Sofia survole les territoires interdits avec un naturel déconcertant, une nonchalance décomplexée, balayant tout d’une apparente légèreté faussement frivole.

Photo du film UNE FILLE FACILE

Philippe, Andres et Calypso (, Nuno Lopes et Clotilde Courau) © Julian TORRES Les Films Velvet

Dans l’hôtel qu’elle doit intégrer pour son stage, Naïma passe de la cuisine à la salle de réception et peut enfin monter à bord des luxueux yachts tandis que son meilleur ami reste à quai dans l’ancien monde. Cette transgression sociale attise la jalousie et la médisance qui transparaissent dans les regards et les réflexions fleurissantes, à l’image d’une formidable séquence avec Clotilde Courau. Voilà le prix de cette liberté qui isole et condamne celle qui en jouit dans l’œil amer de celui ou celle qui l’envie.

La force du film réside indéniablement dans son point de vue. Rebecca Zlotowski passe de l’autre côté de l’icône afin de déconstruire la représentation, historiquement véhiculée par le cinéma, de la femme outrageusement sexualisée et pensée comme unique objet du désir masculin. Dans UNE FILLE FACILE, les femmes aussi désirent, pensent et verbalisent leur vision du monde. Si le film dialogue avec tout un pan de la nouvelle vague, c’est pour mieux s’en réapproprier l’imaginaire et en redéfinir les aspérités. La réalisatrice semble vouloir nous dire que le désir et la sexualité ne sont pas tant une affaire de morale que de point de vue. Si la première répercussion de l’affaire Weinstein a permis la libération de la parole, il est dorénavant temps de passer au regard.

Aurélien Milhaud

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UNE FILLE FACILE, un été ardent - Critique
Titre original : une fille facile
Réalisation : Rebecca Zlotowski
Scénario : Rebecca Zlotowski
Acteurs principaux : Mina Farid, Zahia Dehar, Nuno Lopes, Benoît Magimel, Clotilde Courau
Date de sortie :
Durée : 1h32min
3.5suave
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