Bien que les noms de tous les protagonistes aient été changés, l’histoire est évidemment celle de la famille Fortin, dont le père avait enlevé les deux enfants chez la mère, avant de vivre en cavale pendant onze ans, au plus près de la nature. Le réalisateur Cédric Kahn sait de quoi il parle, ayant lui-même vécu avec ses parents dans une communauté rurale de « marginaux », comme les appellent les gens qui ont la télé. Le film fait écho à son précédent, Une vie meilleure, dans lequel les personnages cherchaient à améliorer leur condition en enchaînant les crédits à la consommation. Ici, la solution choisie est l’extrême inverse et rejette justement toute forme de consommation ou de modernité.

Le danger, quand on s’attaque au biopic ou au film de faits divers, c’est d’illustrer platement la version connue des faits. Et une dépêche AFP de 1h45, c’est un peu long. De fait, on a le droit à l’enlèvement des enfants par le père, qui partent ensuite vivre dans la nature. Point. Vous connaissez toute l’histoire. Cédric Kahn a tout de même su élever sa mise en scène au-dessus de celle d’un téléfilm bien qu’une petite musique horripilante sur des scènes de vie soit censée signaler le temps qui s’écoule. Pour le reste, la photo naturaliste très à propos et la direction d’acteurs est aussi une réussite.

Photo du film Vie sauvage

Photo du film Vie sauvage © Carole Bethuel

Dans un film français, donc sans scénario, c’est en effet l’interprétation qui va faire le tri entre les bons films et ceux avec Francis Huster. On ne peut que constater que le principal défi du film, travailler avec des enfants, a été relevé haut la main par le réalisateur. Les deux petits sont parfaitement crédibles et naturels. Leur version adolescente oppose le brun calme, à l’intensité remarquable, aux coups de gueule du blond contre son père, un peu plus convenus, sans être ratés.

« On imagine sans mal ce qui a convaincu Kassovitz dans ce personnage qui rejette ses pairs et le système dans son ensemble. »

Pour les deux parents, le plus dur était de réussir à les embaucher, ensuite leur talent parle tout seul puisqu’il s’agit de et Mathieu Kassovitz. Oubliez Marion Cotillard et Leonardo Di Caprio, la meilleure actrice française de sa génération et le meilleur acteur du monde, ce sont eux. Si dans un premier temps, on s’amuse de les voir comme rarement, avec les cheveux longs et sales des marginaux, ils sont encore une fois d’une justesse irréprochable.

On imagine sans mal ce qui a convaincu Kassovitz dans ce personnage qui rejette ses pairs et le système dans son ensemble, en lutte contre tout le monde et qui préfère vivre dans son coin. L’un de ses fils lui dit d’ailleurs « Tu fais chier, t’es toujours en guerre! » et c’est un peu ce qu’on aurait envie de dire à l’acteur, parfois, même si ses coups de gueule sont justifiés. Une large majorité du cinéma français est en effet mauvaise et pire, paresseuse mais quand on s’en donne la peine et/ou les moyens, le résultat n’a pas à rougir de la comparaison.

CASTING
Réalisation :
Scénario : Nathalie Najem, Cédric Kahn, d’après l’œuvre de Laurence Vidal, Okwari Fortin, Shahi’Yena Fortin, Xavier Fortin
Acteurs principaux : , Céline Sallette,
Pays d’origine : France
Sortie : 29 octobre 2014
Durée : 1h46
Distributeur : Le Pacte
Synopsis : Philippe Fournier, dit Paco, décide de ne pas ramener ses fils de 6 et 7 ans à leur mère qui en avait obtenu la garde.
Enfants puis adolescents, Okyesa et Tsali Fournier vont rester cachés sous différentes identités. Greniers, mas, caravanes, communautés sont autant de refuges qui leur permettront de vivre avec leur père, en communion avec la nature et les animaux.
BANDE-ANNONCE