« Plongez dans l’enfer d’un week-end d’intégration », nous promet-on avant de lancer , la « fiction interactive » produite notamment par à travers son laboratoire Nouvelles Écritures, Résistance Films et Cinétévé, disponible sur internet à partir du 28 octobre. Au programme, un film d’au moins 45 minutes (le « au moins » a son importance) mettant en scène cent cinquante étudiants en école de commerce, le temps d’un week-end de bizutage à la campagne option sexe, drogue, alcool et humiliations.

Le film s’ouvre sur une séquence Blair Witch-ienne macabre. Trois jeunes, visiblement en pleine fête, tombent nez à nez avec le cadavre de l’un des leurs, flottant dans un étang. La séquence suivante voit la gendarmerie, dépêchée sur les lieux de la beuverie, collecter les smartphones et caméras de chacun. Flashback. L’expérience peut commencer. Car WEI OR DIE est une véritable expérience.

À travers les images récoltées par la police et synchronisées chronologiquement, le spectateur évolue à sa guise dans une timeline interactive. En passant d’une caméra à l’autre, il multiplie les points de vue, découvre de nouveaux personnages, de nouveaux arcs narratifs. Comme dans une sorte de film dont on serait le héros, on échafaude des théories, on se prend à imaginer qui peut bien être dans cet étang, comment il est arrivé là. De fausses pistes (le mystérieux Louis par exemple) en découvertes, cette plongée infernale dans une célébration trash égrène les minutes jusqu’au dénouement, surprenant et cynique à souhait.

En se contentant de jouer au monteur amateur, switchant d’un simple clic de la caméra du « vidéaste officiel du WEI » au smartphone d’un duo comique attachant (Côme Levin et Stéphane Bak, pas mauvais) en passant par les caméras de surveillance et la caméra d’une apprentie journaliste, il faudra donc compter 45 minutes pour arriver au bout de cet éprouvant week-end, en esquivant les batailles de farines, les bizutages abusifs et l’état d’ébriété avancé. Pour tout voir, les petits secrets comme les grandes révélations, pas loin de deux heures sont nécessaires.

Photo du film WEI OR DIE

© Cinétévé

Et c’est là que , le créateur, montre son talent. Non content d’innover sur la forme avec un dispositif narratif inédit, ultra-fluide et puissant, l’auteur et (co-scénariste) réussissent à faire en sorte que les informations importantes et les ressorts de l’intrigue principale soient forcément connus de tous, indifféremment du mode de consommation de l’œuvre et des choix du spectateur dans un rôle de voyeur. WEI OR DIE, très bien écrit, évite par ailleurs une trop grande redondance pour qui voudrait tout voir d’un coup. Côté « plongée dans l’enfer d’un week-end d’intégration », Simon Bouisson manie les clichés avec parcimonie. Tant et si bien qu’entre sa galerie de personnages et la multiplicité des situations qui peuvent parfois paraître abusées, le film reste crédible à tout moment.

La forme aide d’ailleurs à ce réalisme trash. Car, à part les vidéos du « vidéaste officiel du WEI », la plupart des images répondent parfaitement aux codes du found-footage. Ça pixelise par ci, ça bug par là. Et contrairement à certains films du genre, qui cherchent à être cinématographiques malgré la contrainte de la caméra portée façon amateur (Chronicle par exemple qui utilise la télékinésie pour se la jouer drone), Simon Buisson veut ancrer ses plans et ses cadres dans le réel. Celui de jeunes d’aujourd’hui. Aussi, en creux, non content de proposer une intrigue de polar bien ficelée dans une ambiance trash, crédible et pop, WEI OR DIE, questionne notre tendance à la surabondance dans la production d’images permise par la technologie. Il est aussi amusant de voir, lors de deux scènes impressionnantes du film, la différence de perception de la situation selon la simple qualité du cadre ou de définition. Filmées au Canon 5D, la bataille de farine et la soirée semblent épiques, avec juste ce qu’il faut de slow-motion et d’images qui en jettent. En passant sur la Go-pro de Romain ou un smartphone lambda, les scènes paraissent tristes, limite pathétiques ou en tout cas manquant cruellement de panache. La présence d’un « vidéaste officiel » permet d’ailleurs d’évoquer cette mise en scène permanente de la vie à l’œuvre à l’ère des réseaux sociaux (Instagram en est un bon exemple).

« WEI OR DIE ouvre la porte à une nouvelle façon de raconter les histoires, moins linéaire, plus immersive. »

Parlant d’école de commerce, WEI OR DIE, aborde aussi la question du pouvoir et des rapports de force. À travers notamment un personnage mystérieux, celui d’un jeune « fils de ». Rejeton d’un grand patron, côté au CAC40. Et ça parle de bien d’autres choses encore. De sexe, de drogue, de l’injonction à paraître cool, de perspectives d’avenir… Comme un excellent teen-movie.

En réinventant le found-footage, couplé à un procédé proche d’un jeu vidéo comme Her Story (qui invite le joueur à résoudre une enquête de police en fouillant dans une base de données de vidéos), WEI OR DIE est un pas de plus vers l’avenir. Véritable film de son époque – sur la forme – parlant de jeunes de son époque – sur le fond -, il ouvre la porte à une nouvelle façon de raconter les histoires, moins linéaire, plus immersive. On ressort un peu secoué de ce WEI qui dérape. « Irez-vous aussi loin qu’eux ? » demande la baseline du film. Franchement, on ne peut que le conseiller.

À tester sur: wei-or-die.fr

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INFORMATIONS

Photo du film WEI OR DIE

Titre original : WEI or die
Réalisation :
Simon Bouisson
Scénario :
Simon Bouisson, Olivier Demangel
Pays d’origine : France
Sortie :
28 octobre 2015
Durée :
Au moins 45 minutes
Distributeur :
(www.wei-or-die.fr)
Synopsis :
WEI OR DIE, une fiction interactive de Simon Bouisson au cœur d’un week-end d’intégration qui dérape.

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