WINTER SLEEP est un représentant par excellence du cinéma de Cannes : long, métaphysique, esthétique et un peu chiant quand même.

Toutefois, plusieurs choses y sont très intéressantes : déjà, comme l’indique l’affiche, plusieurs plans de  sont beaux à tomber cul nul de sa chaise. La composition de ceux-ci place généralement un personnage (souvent le même), au milieu de paysages immenses mais sirupeux ou rectilignes, reflétant comme une photographie d’un sentiment ou d’une émotion.
Il faut voir Aydin marcher lentement au milieu de ces falaises de pierres, ressemblant à s’y méprendre à la joue rocailleuse de ma grand-mère.
Je sais pas vous, mais moi, ça m’évoque la nostalgie, le passage des années, les regrets. Tout ça, en UN plan d’UNE minute.

Mais aussi, il faut préciser que cette maestria esthétique est finalement peu présente en regard des 3h16 que dure le film. Elle est certes judicieusement placée, pour ainsi indiquer par ces tableaux impressionnistes l’état d’âme de notre (nos) personnage(s), mais le cœur véritable du film, lui,  réside dans des digressions métaphysique sur le bien, le mal, la portée d’un acte, la perception de l’autre, la richesse, la pauvreté, le partage du savoir, l’humiliation volontaire ou non, le respect, la transmission, etc.

Photo du film WINTER SLEEP © Nuri Bilge Ceylan

Photo du film WINTER SLEEP ©

Nuri Bilge Ceylan reproduit une vision qui paraît exhaustive (3h16 !) des émotions et réflexions qui habitent ce village de montagnes turques et il le fait très bien.
En fait, WINTER SLEEP pourrait être une série télé sous la forme de plusieurs épisodes, imaginons même : 6.
Comme dans la mini-série de Jane Campion, TOP OF THE LAKE.
Car, avec elle, WINTER SLEEP partage le goût pour l’intrigue mystérieuse ébauchée en début de métrage qui s’évapore pour laisser la place aux réflexions existentielles, aux portraits d’hommes et femmes complexes et sans concessions et aux visions à couper le souffle.
Chaque épisode serait le centre d’une ou deux digressions précises, l’auteur pourrait même encore plus développer son point de vue sur les thèmes qu’il souhaite.

« Un film plastiquement irréprochable et dans le fond passionnant, mais dont le rythme n’épouse absolument pas l’ambition. »

En l’état, le film m’a paru incroyablement long, sous forme de scénettes très intéressantes indépendamment mais beaucoup trop inégales lorsque mises à la suite les unes des autres.
La construction trop cyclique (discussion dans un salon, personnage qui marche dans la nature, re-discussion dans un salon…) empêche toute véritable surprise, provoque la somnolence.
La prédominance des scènes intérieures y étouffe la liberté promise d’emblée. Pourtant ces moments sont loin d’être inutiles. Ils constituent une vraie réflexion sur l’état du monde, à vue de femmes et d’hommes.

Mais il s’agit en fait d’un film réservé, comme souvent en sélection officielle, à une élite qui refuse toute accessibilité et préfère s’emmurer avec l’auteur dans un monde philosophico-esthétique finalement calibré et codifié, où la surprise n’existe plus vraiment.

CASTING
Titre original : Kis Uykusu
Réalisation : Nuri Bilge Ceylan
Scénario : Ebru Ceylan, Nuri Bilge Ceylan
Acteurs principaux : , ,
Pays d’origine : Turquie
Sortie : 13 Aout 2014
Durée : 3h16mn
Distributeur : Memento Films Distribution
Synopsis : Le patron d’un hôtel touristique cherche à donner un nouveau sens à sa vie à travers la réflexion intellectuelle et le rapprochement aux autres.
BANDE-ANNONCE