Pour son second film, WOMAN AT WAR, Benedikt Erlingsson dresse le beau portrait d’une femme forte, connectée avec la nature et engagée pour sa défense.

Avec WOMAN AT WAR, le réalisateur Benedikt Erlingsson et son coscénariste Ólafur Egill Egilsson donnent encore la preuve, s’il en était besoin, que deux hommes peuvent parfaitement imaginer un magnifique personnage inspirant de femme forte et indépendante. Benedikt Erlingsson, qu’on a rencontré lors de la présentation de son film au Festival du Film International de La Rochelle, pense d’ailleurs que l’art et la façon de raconter les histoires doivent se situer au-delà du genre. Il avait surtout l’envie de composer pour une fois “une héroïne qui ressemblerait à Jeanne d’Arc avec l’esprit d’Artémis” et a eu la bonne idée de lui adjoindre des amis mais aucune “histoire d’amour ou de sexe, tellement cliché“.Photo du film WOMAN AT WAR
Le portrait que le réalisateur dresse de cette guerrière activiste des temps modernes, en lutte contre une multinationale qui produit de l’aluminium mais détruit la nature environnante, est particulièrement réussi. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, à travers le parcours de cette femme déterminée et intrépide, le réalisateur offre au spectateur la possibilité de mieux connaître l’Islande, sa culture, ses rites et la vie de ses habitants. Les actions que mène Halla (Halldóra Geirharðsdóttir) pour défendre une cause écologique qu’elle estime juste, sont ainsi tout à fait en phase avec la très forte connexion que les islandais entretiennent avec la Mère Nature.

Car “La Femme des Montages”, comme Halla se nomme elle-même, puise précisément son énergie dans la nature. On la voit souvent allongée sur le sol, les mains dans la terre, le nez dans la bruyère et la mousse, qu’elle respire et qui l’inspirent. Pour le réalisateur, “Halla a une mission très difficile car elle est persuadée qu’elle est en guerre contre les vilains capitalistes qu’elle accuse de dégâts irrémédiables”.

Oscillant habilement entre film politique, film féministe et fable, WOMAN AT WAR interroge la conscience des spectateurs sur l’avenir de la Terre

Mais on est loin ici de la lutte environnementale et des revendications groupées. Il y a certes Baldwin, qui travaille pour le gouvernement, et avec lequel elle échange sur les stratégies à mener. Il est un peu dépassé par les risques parfois inconsidérés que Halla, sûre de son bon droit, prend seule. Même sa sœur jumelle Ása n’est pas dans le secret des sabotages. Benedikt Erlingsson a fait ce choix scénaristique de la gémellité, auquel on peut d’ailleurs reprocher certaines facilités, car il avait besoin de “montrer deux façons de voir le monde et d’envisager une solution: une violente, par le biais des actions radicales de Halla, et celle non violente de Ása, qui entreprend un travail sur elle-même afin de pouvoir changer le monde”. Il avait d’ailleurs envisagé pendant un temps de trouver des jumelles comédiennes, avant d’offrir les deux rôles à la formidable Halldóra Geirharðsdóttir.Photo du film WOMAN AT WARL’autre point culturel fondamentalement différent de notre culture latine abordé dans WOMAN AT WAR, c’est la difficulté à montrer ses émotions. Le réalisateur dit lui-même dit que “le fait que les gens n’expriment pas ce qu’ils pensent, laisse pas mal d’espace pour imaginer ce qui se passe dans leurs têtes et pour raconter des histoires dans un style nordique”. Et c’est ce qu’il parvient à très bien faire en extériorisant de façon métaphorique et musicale les sentiments de Halla. Trois musiciens d’une fanfare évoluent ainsi avec leurs instruments autour de l’héroïne, essentiellement pendant les scènes d’action et de sabotage. Ils deviennent parfois même des personnages qui inter réagissent avec Halla et croisent son regard. Puis il y a le cœur des trois chanteuses ukrainiennes, que l’on voit surtout lorsque Halla éprouve de la tristesse. C’est pour le réalisateur le symbole de “l’esprit de la Mère Nature, dont les chants le touchent en plein cœur”.

Car l’Ukraine joue une part importante dans l’histoire de WOMAN AT WAR, et pas seulement parce que le film est une coproduction ukrainienne. Pour Benedikt Erlingsson “cette nation au cœur de l’Europe n’a pas vraiment changé, elle est en guerre et a laissé de nombreux orphelins“. Et il s’avère justement que l’autre mission de Halla, c’est de sauver une petite orpheline ukrainienne en l’adoptant. Deux autres personnages sont très touchants et sources de sourires. Ainsi le cousin éloigné qui aide Halla dans son combat et le jeune migrant qui, tel un running gag, se retrouve toujours au mauvais endroit et au mauvais moment. Le regard qu’il porte sur les autochtones est même assez réjouissant. Oscillant habilement entre film politique, film féministe et fable rassérénante, WOMAN AT WAR encourage sans prosélytisme les spectateurs à interroger leur conscience, voire à se mobiliser, sur ces questions environnementales préoccupantes pour l’avenir.

Sylvie-Noëlle

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WOMAN AT WAR, beau portrait d'une femme engagée - Critique
Titre original : Kona fer í stríð
Réalisation : Benedikt Erlingsson
Scénario : Benedikt Erlingsson, Ólafur Egill Egilsson
Acteurs principaux : Halldóra Geirharðsdóttir, Jóhann Sigurðarson
Date de sortie : 4 juillet 2018
Durée : 1h40 min
4.0Salutaire
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