Buster Keaton, à l’instar de Charlie Chaplin, a marqué le cinéma comique de son empreinte. Le maître du burlesque nous offre, avec LE MÉCANO DE LA “GENERAL”, l’un des plus grands films de l’histoire du 7e Art.

Maître absolu du burlesque, Buster Keaton a toujours cherché, dans son cinéma, à lier ses trames narratives, souvent minimalistes, à un contexte historiographique méticuleusement choisi, puis vigoureusement déstructuré durant sa représentation comique. On pourra citer pour exemples le triptyque temporel (préhistoire-époque romaine-prohibition) dans Les Trois Ages (1923), ainsi que le Far West dans Ma Vache et moi (1925). Avec LE MÉCANO DE LA “GENERAL” (1926), il décide d’explorer l’univers de la Guerre de Sécession aux États-Unis (1861-1865), avec un rigoureux sens du détail et une inventivité cinématographique rarement égalée, comme l’impressionnante maîtrise du montage parallèle.

Photo du film LE MÉCANO DE LA "GENERAL"Johnnie, un cheminot instable et assez maladroit, a des sentiments partagés pour sa locomotive et sa fiancée, Annabelle Lee. Poussé par l’ardeur amoureuse envers sa chère et tendre, il court s’engager pour l’armée sudiste (qui défend les états ségrégationnistes). A son plus grand regret, et malgré ses nombreuses tentatives qui provoquent les premiers éclats de rire, il n’est pas accepté, car on juge qu’il serait bon de garder des mécaniciens sous la main. S’en suit une « double course poursuite », où quiproquos et cascades s’entremêlent, avec des officiers de « l’Union », armée progressiste nordiste emmenée par Abraham Lincoln, à travers les rails et les paysages désertiques ruraux.Photo du film LE MÉCANO DE LA "GENERAL"La caméra de Keaton bouge peu – avec un usage assez limité du travelling. Lui, par contre, est sans cesse en mouvement. Scientifique du placement dans le cadre, génie du pathétique, du mime, et de l’humour « pince-sans-rire », il sacralise son train comme un terrain de jeu ludique – notamment lors de la scène du canon –, une piste de spectacle où le clown aux cheveux frisés et au front dégarni nous emporte comme dans un rêve, porté par une musique chorégraphique de Joe Hisaishi. Celui-ci se conclut au terme d’une scène finale extraordinaire, où Keaton arrive à unir, dans un énième sursaut comique, deux thèmes résolument dissociables : l’amour et la guerre.

On pourrait supposer que le cadre géopolitique dans lequel Keaton a décidé de placer son personnage n’est qu’un prétexte pour rendre compte de son comique farceur, avec des gags savamment préparés et l’utilisation toujours extrêmement humoristique des objets qu’il possède – bouts de bois, chaussures, sacs, boîtes… Cependant, il est difficile de ne pas voir, dans cette parodie caricaturale et pittoresque de la guerre, un message universel de paix.

Pablo Castillo

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LE MÉCANO DE LA "GENERAL" - En salles le 09/08/2017
Titre original : The General
Réalisation : Clyde Bruckman, Buster Keaton
Scénario : Al Boasberg, Clyde Bruckman, Buster Keaton
Acteurs principaux : Buster Keaton, Marion Mack, Glen Cavender
Date de sortie : 9 août 2017 (ressortie)
Durée : 1h15min
5.0Chef d'oeuvre
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LE MÉCANO DE LA “GENERAL” – En salles le 09/08/2017

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