L’Homme Tranquille, de John Ford, un des rares refuges du cinéaste dans son Irlande natale, est une merveille de simplicité et d’émotions.

Quand on évoque le cinéma de John Ford, l’imaginaire collectif se nourrit instantanément des plans légendaires de l’Ouest américain, de ce vaste terrain de jeux orangé qu’est Monument Valley, majestueux, mystique, et de son souverain, l’inévitable John Wayne. Pourtant, le véritable coin de paradis Fordien se trouve à des milliers kilomètres de là, au cœur de l’Irlande natale, verdoyante, fertile et luxuriante. C’était déjà le lieu magique du déchirant Qu’elle était verte ma vallée, qui s’ouvrait en forme de souvenir glorifié, comme une image d’Épinal d’un modeste cottage préservé des malheurs de ce monde. Et alors que L’Homme Tranquille fut repoussé à de maintes reprises, il aura fallu près de quinze ans et toute l’opiniâtreté de Ford aidé de ses acolytes pour que le film puisse voir le jour en 1952. Dès lors, nous voilà à nouveau embarqués dans la grande famille Fordienne.

Photo du film L'HOMME TRANQUILLE

Quand John Wayne arrive des États-Unis, silhouette fringante et un homicide involontaire à son actif, c’est avec la mémoire d’une enfance inondée par le soleil d’Irlande qu’il se glisse tout naturellement au sein du cercle, l’accueillant comme un membre parfaitement légitime de la respectueuse Inisfree. La bière coule ainsi à flots dans la pénombre d’une taverne illuminée par les seuls chants criés à l’unisson de la fameuse communauté. Encore et toujours ce motif central, obsessionnel, que l’on pourrait décliner dans toutes les œuvres de l’intéressé. Mais chez John Ford, les questions sont amendées, revues et corrigées au fil du temps, et donc, au fil des films. Jamais un cinéaste n’a aussi bien saisi avec autant de tendresse que de complexité les mouvements conflictuels d’un groupe d’individus cueilli par ses propres rancœurs.

L’Homme Tranquille tient plus de l’homme tourmenté par son passé…

L’objet de la discorde, la technicologénique Maureen O’Hara, pointe alors le bout de son nez et la communauté, fragilisée de l’intérieur, est appelée à se ranger d’un côté ou de l’autre. Dès lors, la machine Fordienne siffle tous azimut, comme à son habitude, se joue de précieux détails qui modèlent l’ouvrage d’une immense beauté (le chapeau, la course, le voile, la dot, le cimetière). L’Homme Tranquille tient plus de l’homme tourmenté par son passé, qui rêve d’un futur où le soleil brillerait pour tout le monde sans exceptions, porté par un John Wayne toujours aussi bouleversant et la détonante Maureen O’Hara. Ford imaginait une histoire d’amour “entre adultes”, il nous délivre une fresque mélancolique, emplie de tendresse, débordante de drôlerie comme seul ce cinéaste de génie en est capable. Et dans L’Homme Tranquille, tous les fidèles de John Ford s’en donnent à cœur joie. Nous aussi.

Sofiane

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L'HOMME TRANQUILLE (1952), un des plus grands succès de John Ford - Critique
Titre original : The Quiet Man
Réalisation : John Ford
Scénario :Frank S. Nugent
Acteurs principaux : John Wayne, Maureen O'Hara, Barry Fitzgerald
Date de sortie : 6 Juin 1952
Date de reprise : 9 Mai 2018
Durée : 2h09min
4.5REJOUISSANT
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L’HOMME TRANQUILLE (1952), un des plus grands succès de John Ford – Critique

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