Troisième numéro de notre rubrique RETOUR SUR… Et cette fois, on profite des fêtes de fin d’année pour remonter dans le temps et parler de Black Christmas. Un film d’horreur qui se déroule à Noël, dont la particularité est d’être considéré comme le premier slasher de l’histoire.

En 1978, John Carpenter secoue le petit monde du cinéma horrifique avec son premier film. L’histoire est très simple et va faire date : un homme affublé d’un masque blanc déambule dans une petite bourgade américaine en dézinguant tous les malheureux qui croisent sa route. Vous l’aurez reconnu, il s’agit d’Halloween, une œuvre aujourd’hui reconnue comme culte pour de biens bonnes raisons. Si on a tendance à le considérer comme le slasher qui a lancé le genre, on oublie parfois qu’il y avait avant un autre film, moins fort mais dont l’importance dans la temporalité des faits n’est pas à négliger.

Le film de Carpenter avait l’astucieuse idée de se dérouler à Halloween, une période marquante et particulièrement adéquate pour déballer les arguments d’une histoire sanglante. 4 ans auparavant, Bob Clark a eu une idée similaire, moins évidente sur le papier mais tout aussi maline : salir la magie de Noël. Ainsi né Black Christmas. En pleines vacances, les filles d’une confrérie universitaire restent ensemble dans leur résidence pour les fêtes de fin d’année. Un cinglé les prend pour cibles et passent plusieurs appels téléphoniques afin de déverser des seaux d’insultes. Ce qui les amusait dans un premier temps va sérieusement les effrayer lorsque l’une d’entre elles disparait sans raison. Une enquête commence pour la retrouver pendant que les cadavres s’accumulent.Considéré comme le premier film d’un sous-genre qui a connu quelques balbutiements par le passé (le Psychose d’Hitchcock contient de nombreux élément qui y font penser, par exemple), il ne coche pourtant pas toutes les cases qui caractérisent fondamentalement un slasher. Comme l’arme du crime ! Ici, jamais le tueur n’utilisera un couteau ou une lame. Il commet des meurtres, certes, mais ne porte pas non plus de masque. Des critères parfaitement remplis par Halloween, ce qui explique pourquoi on lui accorde plus d’importance et on l’identifie immédiatement comme un slasher – en laissant à part toutes les qualités intrinsèques infiniment supérieures par rapport au film de Bob Clark. D’ailleurs, c’est davantage le succès commercial d’Halloween (70 millions de dollars au box-office de l’époque) qui lance par la suite ce courant horrifique alternatif.

Au lieu de camoufler son tueur sous un déguisement de Père Noël, Bob Clark le condamne à l’obscurité. Quelque part, caché dans un recoin de la résidence pour étudiantes. Il passe son film, là, dans l’ombre, à attendre. Pendant que les autres, dehors, s’époumonent dans le froid pour retrouver la trace de la jeune femme disparue. C’est probablement là que le film est le plus saisissant, dans sa description d’un Mal plus proche qu’on ne le pense. À l’image de cette ouverture, en vue subjective, où le tueur pénètre dans les lieux sans que personne ne le remarque. De plus, Bob Clark n’a aucune recul sur le genre, puisqu’il en écrit les premières pages. Les personnages ne sont pas « éduqués » pour réagir comme s’ils avaient déjà vu des dizaines de slashers dans leur vie fictive. C’est pour ça que Black Christmas est ancré dans un premier degré avec aucune distanciation vis-à-vis du genre. Nous sommes très loin d’un post-modernisme à la Scream. Ici, tout doit être perçu sans aucun filtre.Donc, pourquoi Black Christmas n’a pas réussi à se faire une place au Panthéon, comme Halloween ? Pourquoi, l’un est toujours cité, quand l’autre est souvent oublié ? Pour avoir la réponse, il faut regarder ce que les deux films offrent d’un point de vue artistique. Et c’est là que Black Christmas perd le plus de points. Malgré quelques morts sympathiques et des séquences avec le tueur pas trop mal pensées, le film a du mal à se tenir sur toute la longueur. À cause d’un récit qui se perd, s’oublie. Tout l’intérêt réside à l’intérieur des murs de la résidence. Dès que l’on en sort, l’enquête devient lourde et sans rien de croustillant à se mettre sous la dent. Bob Clark n’a pas la science de la mise en scène d’un Carpenter, et ne sait pas insuffler par le biais de son découpage une montée en tension satisfaisante. Sans compter que les dialogues ne sont pas écrits avec une grande adresse – sur ce point, Black Christmas annonce toute cette vague de slashers peuplés de personnages débiles.

En le revoyant de nos jours, avec tout ce que le genre a proposé depuis, on est forcé de trouver le film assez faible. S’il n’avait pas cette place précise dans la chronologie de l’émergence du slasher, il serait facilement passer (encore plus) à la trappe auprès du public. Bob Clark avait compris certaines choses avant l’heure, sans pour autant sublimer les composants entre ses mains. Il n’est pas un chef cuisinier de génie qui, avec des ingrédients simples, peut dégainer un plat d’exception. John Carpenter, lui, l’est. Il le prouve en reprenant certains éléments de Black Christmas (consciemment ou pas) pour leur donner un relief encore plus délicieux. À commencer par son ouverture, là aussi en vue subjective, qui suit les faits et gestes du jeune Myers. Bob Clark a d’abord esquissé un brouillon plein de ratures, Carpenter a ensuite peint une toile sur laquelle même le Temps n’a pas la moindre once d’emprise, 40 années après. Et il en sera certainement de même pour les 40 prochaines.

Maxime Bedini

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