Comme l’écrivait à juste titre Pierre le mois dernier, dans son article sur les Séries TV, une des nouvelles tendances de la télévision est l’adaptation de films en séries. Eh oui, pourquoi s’échiner à trouver de nouveaux concepts pour alimenter des heures de programmes, quand il suffit d’emprunter ceux que le cinéma n’a utilisé que pour une heure et demie ou deux heures de métrage. Que l’on regrette le manque d’inspiration des scénaristes TV, ou qu’on se réjouisse de retrouver Le Transporteur et le tueur masqué de Scream sur petit écran, chacun d’entre nous peut faire travailler son imagination et concevoir ce que pourrait donner l’adaptation de nos films préférés en séries. Voici donc une liste de dix films auxquels les producteurs TV n’ont pas encore pensé, mais qui pourraient donner lieu à des séries.

LE TALENTUEUX MONSIEUR RIPLEY

Sorti en 1999, réalisé par Anthony Minghella, avec Matt Damon, Gwyneth Paltrow et Jude Law.
Déjà présent dans Plein Soleil de René Clément, l’énigmatique personnage des romans de Patricia Highsmith a tout pour séduire le téléspectateur au fil des épisodes. A l’instar du Hannibal de Thomas Harris qui a su se faire une place sur la télévision américaine durant trois saisons, Ripley possède de nombreuses facettes et une intelligence redoutable qui opérerait comme un jeu de séduction, entre fascination et répulsion. Ripley, c’est l’instinct de survie poussé à son paroxysme ; ses actes vont souvent à l’encontre de la morale, parfois à l’encontre de la loi, et c’est pour cela qu’il réussit toujours à s’en sortir et à piéger les autres.

CONJURING, LES DOSSIERS WARREN

Sorti en 2013, réalisé par James Wan, avec Vera Farmiga, Patrick Wilson et Lili Taylor
Comme son sous-titre l’indique, le scénario de Conjuring est inspiré par une affaire sur laquelle a officié le plus célèbre couple de démonologues des États-Unis, Ed et Lorraine Warren. Dans les années 2000, Patricia Arquette interprétait le rôle titre de la série Médium, déjà inspirée (très librement) par la carrière de la médium Allison Dubois auprès de la police de Phoenix. Je vous invite à consulter les pages internet se référant aux fameux dossiers auxquels les Warren ont participé entre les années soixante-dix et quatre-vingt dix pour constater qu’il y a matière à quelques terrifiants épisodes.

THE SKULLS, SOCIÉTÉ SECRÈTE

Sorti en 2000, réalisé par Rob Cohen, avec Joshua Jackson, Paul Walker et Hill Harper
La société secrète mentionnée dans le titre est plus précisément une confrérie d’université comme il en existe dans la plupart des établissements américains. A ceci près que les Skulls sont inspirés de la fascinante confrérie des Skulls and Bones, célèbre pour œuvrer dans les arcanes de la prestigieuse université Yale. Bon nombre de politiciens et hommes d’affaires américains (dont la dynastie Bush) auraient été membres de cette puissante société secrète, donnant cours aux rumeurs les plus folles quant à ses rituels et son influence sur des générations d’élites. Imaginez donc un jeu stratégique permanent à la House of cards dans un décor à la How to get away with Murder.

ABSOLUTELY ANYTHING

Sorti en 2015, réalisé par Terry Jones, avec Simon Pegg, Kate Beckinsale et Sanjeev Bhaskar
Absolutely Anything avait tout pour réjouir les amateurs d’humour british : la présence des Monty Python, Simon Pegg et Robin Williams au casting, un concept de comédie permettant l’accumulation de gags cartoonesques…Et pourtant, une majeure partie du public a été déçue. Terry Jones n’a pas su tirer profit au maximum de ce scénario où des extraterrestres offre à un humain lambda, le pouvoir de faire absolument tout ce qu’il veut. Résurrection des morts, présidence des États-Unis pour quelques secondes, conquête de la femme de sa vie…les possibilités offertes par le concept se succèdent trop rapidement et n’ont au final pas beaucoup d’influences sur la vie de notre héros ordinaire. Une déclinaison par la télévision anglaise permettrait un meilleur développement de toutes ces péripéties absurdes.

L’ASSISTANT DU VAMPIRE

Sorti en 2009, réalisé par Paul Weitz, avec Chris Massoglia, John C.Reilly et Salma Hayek
Sorti entre deux épisodes de Twilight, à l’époque où les adaptations de sagas littéraires pour adolescents commençaient à envahir les écrans, L’assistant du vampire est quasiment passé incognito aux box-offices américain et français. Pourtant cette aventure initiatique ayant pour cadre un théâtre de créatures étranges, avait de quoi séduire le public visé grâce à son bestiaire fantastique et son sens de l’autodérision fort à propos, prenant totalement à contre-pied la figure du vampire telle qu’elle est traitée ces dernières années. La saga imaginée par Darren Shan comporte douze tomes, soit de quoi alimenter une série quelque part entre Penny Dreadful et la Famille Addams.

CLOUD ATLAS

Sorti en 2012, réalisé par les Wachowski et Tom Twyker, avec Tom Hanks, Halle Berry et Jim Sturgess.
Adapté d’un roman fleuve de David Mitchell (un chef d’oeuvre !), Cloud Atlas fait le pari ambitieux d’entrelacer six récits, se déroulant chacun à une époque et dans un lieu différent. Les six histoires n’en forment en réalité qu’une seule, celle d’une humanité aux personnages connectés les uns aux autres à travers les siècles, par leurs parcours et leurs ressentis. Avec ces cinq siècles d’Histoire et son réseau de personnages, l’univers de Cloud Atlas est suffisamment riche pour donner lieu à une série où se mélangerait épopée romantique et science-fiction politisée.

L’ARNACŒUR

Sorti en 2010, réalisé par Pascal Chaumeil, avec Romain Duris, Vanessa Paradis et François Damiens.
En 2010, L’Arnacœur réunit plus de trois millions d’entrées au cinéma. Succès public donc, mais également succès critique, puisque la presse avait alors analysé la mécanique de cette comédie romantique comme étant l’une des plus efficaces jamais pensée. Il faut avouer que le concept du film est aussi malin que celui des œuvres américaines qu’il prend pour modèle. Alex gagne sa vie en séduisant les jeunes femmes et les détournent de la mauvaise influence de leurs compagnons, à la demande d’un parent ou d’un ami soucieux du bonheur de la demoiselle. Et un concept pour le format quatre-vingt dix minutes du lundi soir de TF1, Un !

PULP FICTION

Sorti en 1994, réalisé par Quentin Tarantino, avec John Travolta, Uma Thurman et Bruce Willis.
En 2014, HBO proposait une formule originale avec sa série policière Fargo: adapter non pas le scénario d’un film, mais plutôt son ambiance et son traitement d’une intrigue sordide par l’humour noir. Hommage réussi aux frères Coen, la série convoque ainsi leur style d’écriture caustique en évitant la redite d’une histoire racontée vingt ans plus tôt sur grand écran. On pourrait ainsi appliquer la même formule à d’autres films cultes signés par des cinéastes non moins cultes. Si d’après moi, il est inutile de raconter une nouvelle fois les intrigues entremêlées de Pulp Fiction, je fais néanmoins partie de ceux qui retrouveraient avec plaisir l’univers mafieux de Tarantino, riche en dialogues savoureux et en références pop et pulp.

UN JOUR SANS FIN

Sorti en 1993, réalisé par Harold Ramis, avec Bill Murray, Andie MacDowell, Chris Elliott
Le concept du personnage prisonnier d’une date a déjà fait ses preuves dans différents genres, comme récemment dans la science-fiction avec Edge of Tomorrow . Déjà en 2006, la série Daybreak proposait de traiter le phénomène par l’angle du polar, avec un personnage principal contraint de revivre inlassablement le jour du meurtre dont il est accusé à tort. Mais hélas la série fut annulée au bout de six épisodes, et cette audace spatio-temporelle est depuis considérée comme étant des plus risquées. Si l’on considère le concept sous l’angle comique du film d’Harold Ramis, il y a de quoi accumuler les gags et enrichir la journée perpétuelle du héros de nouveaux enjeux et de nouvelles tentatives pour s’en évader.

INCEPTION

Sorti en 2010, réalisé par Christopher Nolan, avec Leonardo Dicaprio, Joseph Gordon-Levitt et Ellen Page.
Ben oui, quand on a le scénario génial des frères Nolan comme matière première, on peut élaborer une série qui crée l’événement. La série pourrait être envisagée comme un prequel au film, ou une version alternative, dans laquelle Dom et ses acolytes cambrioleraient l’esprit d’un rêveur différent à chaque épisode. La possibilité d’une inception constituerait le fil rouge de la série, réinventant ainsi son concept quand celle-ci risquerait de s’installer dans la routine. A chaque épisode, la mise en place d’un plan, puis son exécution. Une sorte de Mission Impossible onirique, finalement.

 

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