Chaque mois de décembre, c’est l’heure de faire le bilan, de livrer son plus beau top de l’année. Pourtant, cette fois un étrange individu s’incruste dans les tops cinéma : Twin Peaks : The Return.

Une série dans un top cinéma ? Quelle drôle d’idée. Mais cela semble ne pas déranger certains médias ou certaines personnes qui n’hésitent pas à carrément hisser une série à la première place de leur classement. Rien que ça. Comme si le format série devait absolument être confondu avec le format cinéma pour gagner enfin (?) le respect qu’il mérite. Comme si, en 2017, la série avait encore à rougir. Mais ce débat existe-t-il vraiment encore ? Non. Hormis pour quelques arriérés qui ne comprennent pas qu’il puisse exister diverses manières de raconter des histoires, de faire passer des émotions. Ne pas être diffusé sur un grand écran, dans la sacro-sainte salle obscure, n’a absolument rien à voir avec la qualité intrinsèque d’un projet. Penser le contraire relève de la plus pure bêtise. Mais mettre Twin Peaks : The Return dans un top cinéma est une ineptie, une fausse bonne idée vaguement rebelle pour s’ériger maladroitement en farouche défenseur d’une cause qui n’en avait pas besoin.

Alors, oui, on voit pourquoi Twin Peaks : The Return a droit aux faveurs d’une frange de la presse spécialisée et de la blogosphère. L’homme derrière ce projet, David Lynch himself, désormais beaucoup trop absent du cinéma, nous manque, leur manque. Cela est presque une forme de compensation de le voir être cité. Là n’est pas la question ! Lynch, aussi immense soit-il, n’a pas sa place dans ces classements. Pas avec une série. Parce que vous l’aurez remarqué, personne ne vient caser une autre série que Twin Peaks. Personne ne vient parler de l’immense saison 3 de The Leftovers, personne ne vient classer une série hype à la Stranger Things. Et David Fincher avec son Mindhunter ? Et Godless qui était pensé comme un film et qui se retrouve sous la forme d’une mini-série ? N’ont-ils pas le droit de prétendre à une place eux aussi ? Allons-y à fond si on décide de tout mélanger !

Ou alors, faisons tout bonnement un classement séries, ou chaque prétendant se bat à armes égales. Car Twin Peaks : The Return n’a pas sa place dans un top cinéma La série est pensée depuis sa conception sur le papier, comme telle (avant d’avoir une extension en film, n’oublions pas que cette licence appartient au monde des séries). C’est aussi simple que cela. Sinon elle ne durera pas 18h. Sinon il n’y aurait pas un générique toutes les 50 minutes. Sinon le scénario ne serait pas écrit de cette façon. Sinon on n’en serait pas à la troisième saison. Entendez bien qu’on ne discute pas de la qualité du produit final – chacun aura son avis, heureusement. Une série reste une série, point barre. Sinon pourquoi ne pas mettre aussi dans nos classements cinéma les jeux vidéos qui sont inspirés du cinéma (les jeux de David Cage) ? Pourquoi ne pas mettre aussi les albums construits comme des films, de l’aveu même de leurs auteurs (Kendrick Lamar l’a fait, entre autre) ? Et les films qui s’inspirent du format série, on les met de quel côté du coup ? Un peu de bon sens.

Donc, bordel, arrêtez de mettre une série dans vos tops cinéma. Car c’est en rattachant sans cesse le format série à un grand frère envahissant qu’on l’empêche probablement d’exister pleinement comme tel. Le plus beau compliment que l’on puisse faire à ce format – et par extension à Twin Peaks : The Return – est de reconnaître sa grandeur simplement pour ce qu’il est. Une série.

Maxime Bedini

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