Le Brussels Short Film Festival fête ses vingt ans ! Un festival de courts-métrages qui se déroule du 27 avril au 7 mai. Retour sur deux jours, avec l’un des moments forts : la Nuit du court.

Initié par Céline Masset et Pascal Hologne, deux amis alors étudiants, le Brussels Short Film Festival (BSFF) fête cette année ses vingt ans. Devenu l’un des rendez-vous incontournables du court-métrage – à l’instar de Clermont Ferrand et Interfilm à Berlin -, le Brussels Short Film Festival offre une programmation riche de plus de 300 films, trois compétitions ainsi que des rencontres entre professionnels. Cette édition anniversaire est marquée par une rétrospective spéciale 20 ans autour de quatre grandes thématiques qui parlent d’elles-mêmes : Tous à poil, Il était une fois il était une fois, Fabuleux destin et On connait la chanson. A cette rétrospective vient s’ajouter trois compétitions internationale, nationale et “next generation” avec les films d’étudiants en cinéma, et à la sélection “Off” de plus de 200 films. Enfin, autres surprises de cette édition, la présence d’un grand nombre d’invités qui ont marqué la vie du Festival, des projections gratuites en plein air, des conférences et des concerts.

Nous y avons fait un petit tour ce week-end, accueillis par un grand soleil et une chaleureuse équipe. Ce qui en Belgique est presque un pléonasme tant l’ambiance y est sympathique.


I am your man de Keren Ben Rafael

Pour se mettre tout de suite dans le bain, autant se mettre “Tous à poil” comme l’intitulé de notre premier programme, aussi drôle que poétique et réjouissant. Était à découvrir Walking on the wild side, l’un des courts du duo Abel et Gordon, I am your man de Keren Ben Rafael avec Vincent Macaigne qui, en plein déménagement, reste “coincé” dans son ex, Point de fuite du belge Olivier Smolders où une prof découvre sa classe nue, le très réussi Cashback de Sean Ellis ou comment tuer l’ennui quand on travaille dans un supermarché, et notre préféré, Naturellement de Christophe Le Masne qui met en scène un couple fraîchement débarqué dans le sud de la France chez des amis pour qui vivre à poil est une seconde nature. Christophe Le Masne, grand habitué du Festival et du format court, était d’ailleurs présent pour présenter deux de ses films retenus pour cette édition spéciale. En deuxième séance, des films en compétition internationale ont été présentés, dont Panthéon Discount de Stephan Castang récompensé au Festival Itinérances d’Alès, Cipka de Renata Gasiorowska un film d’animation polonais couronné du Prix du meilleur film d’animation à Clermont Ferrand, et le délicat Fox de la grecque Jacqueline Lentzou sur le passage à l’âge adulte lié au deuil.

Cipka de Renata Gasiorowska

Après une pause festive autour d’un apéro organisé à l’occasion de leurs 20 ans, la nuit du court a pu démarrer autour de quatre temps forts : un best of en entrée en matière (avec, entre autres, un autre court-métrage de Christophe Le Masne, Les inévitables), suivi d’une “battle” entre deux programmateurs, arbitrée par les applaudissements du public. L’occasion pour les festivaliers de (re)voir La Rupture du regretté Pierre Etaix et de découvrir French kiss d’Antonin Peretjatko au style résolument décalé, ainsi que Junior, le premier court-métrage de Julia Decourneau (réalisatrice de Grave), considérée par le programmateur en compétition comme“l’héritière de Cronenberg et Pialat”. Rien que ça. Enfin le troisième temps fort fut consacré pour sa part à une programmation spéciale L’œil de Links (magazine créé par CANAL +), ainsi qu’à une sélection de courts déjantés concoctée par les organisateurs.

Dimanche, le soleil était encore au rendez-vous, tout comme le public venu nombreux pour la première séance de 14h autour de la compétition internationale. Là encore quelques belles découvertes comme le Scris/Nescris du roumain Adrian Silisteanu : un gitan fait les cent pas dans un couloir d’hôpital en attendant que sa fille mineure accouche et va devoir prouver à l’administration qu’elle est bien sa fille. Entre crise administrative et crise familiale, Scris/Nescris rentre dans nos favoris de cette édition. Une autre séance nous aura laissé pantois avec la découverte de la Next generation, ces étudiants en cinéma (FEMIS, INSAS, IAD…) qui assurent très certainement la relève. Au programme de cette séance, l’impressionnant Watu Wote de Katja Benrath qui met en scène un fait réel, une attaque terroriste d’un bus au Kenya, pour retrouver la seule chrétienne à bord. Un élan de solidarité se soulève pour cacher sa présence. Formidablement mis en scène et interprété, le film a été produit par la Hambourg Media School et promet, on l’espère, une longue carrière à la réalisatrice.

Autre belle découverte : No’ï, un documentaire réalisé par Aline Magrez tout droit sortie de l’INSAS à Bruxelles, entre balade expérimentale et récit sensoriel sur une rue d’Hanoï. La réalisatrice filme les visages, les gestes au travail, les machines et leurs roulements jusqu’à l’arrivée d’une autre machine dans un plan inimaginable. Un film fort et visuellement très beau.

Le Festival, démarré le 27 avril, se tient encore jusqu’au 7 mai prochain, jour de la remise des Prix par les différents jurys. Une bonne excuse, si besoin, pour aller faire un tour à Bruxelles en mai.

Anne Laure Farges

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