C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER du réalisateur Alexis Durand-Brault est le premier film présenté à la compétition du Festival Francophone d’Angoulême.

Le film est une adaptation du roman autobiographique de Robert Lalonde par le comédien Gabriel Sabourin, qui interprète Julien, le personnage principal. Le long-métrage a une particularité québécoise, qui échappera sans doute aux « maudits français » : il réunit dans un même rôle de mère à deux âges deux actrices célèbres qui sont mères et filles dans la vie: Denise Filiatrault (considérée comme la « Jeanne Moreau du Québec » selon Dominique Besnehard, délégué général du Festival) qui fait son retour sur les écrans après 27 ans d’absence et sa fille Sophie Lorain. Ce qui explique la ressemblance physique, gestuelle et de phrasé entre les deux actrices et permet une continuité évidente dans le récit.

C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER est un beau film sur la relation entre un homme et sa mère, évoquée sur deux périodes de leur vie : Julien à l’aube de ses cinquante ans et Julien jeune garçon d’une dizaine d’année. Une relation complexe, mêlée de fascination et de rejet envers cette mère. Une femme au fort caractère, qui se voulait libre et rêvait d’une vie de princesse, mais se morfondait chez elle, cuisinant pour ses enfants et dansant au son de la musique de Harry Belafonte. Cette figure emblématique dans l’enfance de Julien fermait les rideaux de ses fenêtres, comme elle fermait métaphoriquement les yeux sur certains actes. Et puis un père absent et pourtant omniprésent.Simple ébéniste, Julien vient de gagner un prestigieux prix canadien grâce au livre qu’il a écrit sur cette relation, exposant paradoxalement au grand public son intimité familiale. Longtemps fâché avec sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, il ne peut partager avec elle le sujet même de son livre. Mais au seuil de la vie de sa mère, le ressentiment de Julien demande des comptes. Car C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER est aussi un beau film sur la mémoire : celle qui se perd dans les méandres de la maladie et rejaillit parfois de façon surprenante, mais aussi celle que l’on sonde inlassablement pour tenter de comprendre sa propre histoire. Julien est en effet taraudé par une question fondamentale à laquelle sa mère n’a jamais répondu car il n’a pas osé l’interroger. Les flash-backs dans le film sont nombreux, permettant de mieux comprendre l’intrigue et le secret qui plombe la vie de Julien depuis si longtemps.

Le réalisateur québécois réussit d’ailleurs la véritable prouesse d’aborder un sujet sensible et tabou au cœur des familles sans jamais le nommer. Il l’évoque par touches suffisamment subtiles, sans démonstration théâtrale. Malgré quelques difficultés à comprendre toutes les nuances et expressions de la langue québécoise, C’EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER se révèle un drame intime particulièrement émouvant.

Sylvie-Noëlle

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[CRITIQUE] C'EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER
Réalisation : Alexis Durand-Brault
Scénario : Gabriel Sabourin, d’après l’oeuvre de Robert Lalonde
Acteurs principaux : Denise Filiatrault, Sophie Lorain, Gabriel Sabourin
Date de sortie : Non connue
Durée : --
4.0Note finale
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