La 41e édition du bat actuellement son plein dans le Sud de la France. Présentant chaque année de plus en plus de films forts et engagés, le festival dévoile les pépites de réalisateurs reconnus mais aussi de jeunes cinéastes provenant des 4 coins du bassin méditerranéen. L’occasion de faire un point sur ce cinéma encore trop peu connu du grand public.

Papicha (2019) de Mounia Meddour récolte un merveilleux accueil depuis sa présentation au dernier Festival de Cannes. Tourné en Algérie, le film envoûte actuellement la presse et le public et officialise son chemin vers les Oscars 2020. Si le film a été censuré dans son propre pays de tournage sans aucune raison « officielle », comment ce genre de films indépendants peut-il fonctionner chez nous ? Les spectateurs commenceraient-ils à s’intéresser, réellement, à un cinéma plus proche ? Un cinéma tourné parfois, à deux pas de chez eux.

©Cinemed 2019

Dans sa programmation, le Festival du Cinéma Méditerranéen de dévoile cette année des films provenant de nombreux pays proche de la mer Méditerranée. Cette vaste étendue d’eau salée qui a séduit les plus grands, de Luc Besson avec Le Grand Bleu (1997) à avec certaines scènes de ses , a toujours su inspirer les cinéastes au fil du temps. Beaucoup présent dans les productions indépendantes ces dernières années, le cinéma méditerranéen attire autant par la richesse de ses sujets que ses paysages. Et on en a la preuve cette année à Montpellier. Les films projetés proviennent de Turquie, de France, de la Grèce, du Maroc, du Portugal, de Belgique et même de Palestine pour n’en citer que quelques-uns.

Présenté en film d’ouverture cette année, le nouveau film du réalisateur grec Costa-Gavras : Adults in the Room (2019) ne déroge pas à la mission de mettre en avant le talent des réalisateurs du bassin méditerranéen. Passionnant drame politique adapté du témoignage de Yanis Varoufakis sur la crise grecque, le film aborde l’état de l’Europe et les solutions pour la sortir de la crise dans laquelle elle est plongée.  Sorte de « tragédie grecque des temps modernes », il présente deux des caractéristiques présentes constamment dans le cinéma méditerranéen indépendant : le drame et les convictions politiques humanistes. Egalement dévoilé lors de la dernière Mostra de Venise, le film interpelle par la violence des échanges. Comme l’a dit Marie-Noëlle Tranchant : La vraie qualité politique du film est peut-être là: il nous passionne pour l’Europe plus qu’aucune campagne électorale, mieux qu’aucune déclaration politique. 

Si le cinéma méditerranéen a eu son heure de gloire au Festival de Cannes, c’est aussi grâce à Il Traditore / Le Traître (2019) de qui est présenté en avant-première au Cinemed cette année.  De retour avec ce films de gangsters vertigineux, le réalisateur italien connu pour son fascinant Les Poings dans les Poches (1966) signe une oeuvre de cinéma sombre, lucide et captivante à l’image d’un certain Coppola. Comment ne pas penser au cultissime Le Parrain (1972) auquel le film fait écho, sans toutefois  – à l’instar de son confrère – glorifier ou rabaisser la mafia italienne. Bellochio filme cette « grande famille » avec un regard égal et humain.

L’Italie, souvent représentée au Cinemed (avec Sole (2019) de Carlo Sironi en compétition cette année et l’hommage rendu à Paolo Virzì) confirme que depuis les années 90, son cinéma connait un souffle nouveau avec des oeuvres intimistes comme Dogman (2018) de Matteo Garrone, La Chambre du Fils (2001) de Nanni Moretti couronné d’une Palme d’Or ou encore le sulfureux Call Me By Your Name (2017) de Lucas Guadagnino.

Gomorra (2008) ©Fandango, Rai Cinema, Sky

Parce que la France est également l’un des pays qui a la chance de voir border ses plages par la Méditerranée (douce pensée à Agnès Varda au passage), c’est André Téchiné, 76 ans, qui est l’invité d’Honneur cette année à Montpellier. Icône gay Outre-Atlantique depuis Les Roseaux Sauvages (1994), le cinéaste est habitué à mettre en valeur les atouts des côtes méditerranéennes à travers des thèmes impactants : le djihadisme, le sida, les migrants… Habitude qui prouve une fois de plus, la volonté (volontaire) du cinéma méditerranéen de faire passer des messages fort à ses spectateurs. Admiré de Martin Scorsese, rien de moins, Téchiné à également fait jouer un autre cinéaste habitué à filmer cette « fameuse » grand bleue : Abdellatif Kechiche. Lui qui dépeint les paysages de Sète comme personne dans Mektoub My Love : Canto Uno (2016) ou La Graine et le Mulet (2007).

Tout pays confondus, le cinéma méditerranéen de ces dernières années nous a offert de belles pépites. On pense notamment à Razzia (2017) de Nabil Ayouch d’ailleurs présenté à l’époque au Cinemed, Mustang (2015) de Deniz Gamze Ergüven ou le drame égyptien Asmaa (2011) de Amr Salama. Côté animation, Ernest et Célestine (2015), Ma Vie de Courgette (2016) ou La Fameuse Invasion des Ours en Sicile (2019) ont eu aussi confirmé des talents méditerranéens.

Les Chevaux de Dieu (Nabil Ayouch,2012) – Youth (Paolo Sorrentino,2015) – Douleur et Gloire (Pedro Almodóvar,2019) – La Villa (Robert Guédiguian,2017)

Fort est de constater que le cinéma et les cinéastes méditerranéen relèvent haut la main le défi premier du septième art : surprendre, informer et faire réfléchir. Et c’est avec des festivals comme le Cinemed ou La Semaine de la Critique, que chaque année de nouveaux talents émergent. Les prochains naitront entre des sorties attendues comme Benedetta de Paul Verhoeven ou le prochain film portugais d’Ira Sachs. Alors Mesdames, Messieurs, laissez-vous emporter dans un cinéma particulier près d’une mer toujours plus bleue, toujours plus belle… la Méditerranée, chère à Tino Rossi.

Robin Goffin

Envie d’en découvrir plus sur le cinéma méditerranéen ? Je vous conseille :

  • Divines (2016) de Houda Benyamina
  • Much Loved (2015) de Nabil Ayouch
  • Dogman (2017) de Matteo Garonne
  • Les Nouveaux Sauvages (2015) de Damián Szifron
  • Talons Aiguilles (1992) de Pedro Almodóvar
  • La Belle et la Meute (2017) de Kaouther Ben Hania
  • Quand on a 17 ans (2016) de André Téchiné
  • Canine (2009) de Yórgos Lánthimos
  • Le Poirier Sauvage (2018) de Nuri Bilge Ceylan
  • Les Bienheureux (2017) de Sofia Djama

Article réalisé à l’occasion de la 41e Edition du Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier (Cinemed)