Du 2 au 11 septembre 2016 a eu lieu la 42e édition du Festival du film américain de Deauville. Au programme, quatorze films en compétition, des hommages rendus à l’actrice Chloë Grace Moretz, aux acteurs et réalisateurs James Franco et Stanley Tucci et plusieurs avant-premières (Comancheria, Free State of Jones, Infiltrator, War Dogs). Cette année nous y étions, grâce à l’amicale collaboration d’, le bouquet de chaînes consacrées aux séries et au cinéma du groupe de télécommunications Orange. au festival du film de Deauville ? Il est vrai que naïvement on peut, encore aujourd’hui, ne pas penser à la possible présence du groupe sur ce genre d’événement. s’étant surtout fait une renommée en matière de série, diffusant (entre autres) les programmes sériels de la chaîne américaine HBO.

C’est justement pour rééquilibrer les choses entre le cinéma et les séries que le groupe a décidé de redevenir partenaire du festival nous expliquait Guillaume Jouhet, directeur général d’OCS : « On a commencé à être partenaire du festival il y a près de huit ans. On a arrêté après quelques années, même si on était présent à d’autres niveaux (pour faire l’acquisition de films par exemple). Et puis il y a maintenant deux, trois ans, après avoir changé de nom (Orange Ciné Série devenant OCS) on est redevenu un des principaux partenaires du festival avec qui on se concerte beaucoup pour lier la programmation à nos choix de diffusion. » En l’occurrence une forte attention au cinéma indépendant américain (mais aussi le catalogue de Sony Pictures par exemple). Cette année, OCS accompagnait deux films à Deauville ; réalisé par l’acteur Don Cheadle en 2015, présenté à Deauville en avant-première (il sera diffusé le mardi 1er novembre à 20h40 sur OCS City), et le documentaire Et la femme créa Hollywood, des sœurs Clara et Julia Kuperberg, disponible en replay sur OCS Go.

Deauville : Et la femme créa Hollywood

Et la femme créa Hollywood

Ce documentaire justement aura été particulièrement pertinent pour le festival. Car qui dit cinéma américain, dit avant tout Hollywood, du moins dans l’esprit collectif. Et la femme créa Hollywood revient de manière assez factuelle sur la présence importante de femmes dans le cinéma, comme réalisatrices, scénaristes ou même productrices, avant les année 1920. Entre historiennes et images d’archives témoignant de la présence des femmes, le film s’avère plutôt classique dans sa forme mais néanmoins pertinent, principalement quand vient la période de l’industrialisation du cinéma. Prenant conscience du marché en développement, les hommes, notamment via les syndicats nouvellement créés, mettrons rapidement les femmes sur la touche. Bien que sa durée d’une cinquantaine de minutes contraint à parfois rester en surface du sujet, le film vient combler un manque dans l’enseignement général de l’histoire du cinéma. En effet, si des noms comme Lumière, Méliès ou  Griffith sont souvent mis en avant, celui d’Alice Guy, première réalisatrice de l’histoire du cinéma,  reste bien moins connu. Au-delà de son aspect « réhabilitation », Et la femme créa Hollywood ouvre vers l’avenir et l’espérance de revoir les femmes mieux représentées et considérées.

Deauville : montage Miles Ahead / Born To Be Blue

Miles Ahead /

De son côté, le genre du biopic musical aura tiré son épingle du jeu durant Deauville. Avec Miles Ahead et Born To Be Blue, le festival a permis d’explorer la face sombre de deux icônes du jazz – le premier film sur Miles Davis (1926-1991), le deuxième sur Chet Baker (1929-1988). L’un et l’autre trompettistes, qui ont œuvré à peu près au même moment (Davis à partir du milieu des années 1940, Baker, par ailleurs chanteur, à partir du début des années 1950). Le festival a bien fait de présenter les deux films le même jour (mardi 6 septembre), l’un à la suite de l’autre. Ceci permettant de comparer deux films du genre réalisés de manière très différente, mais également de faire mieux comprendre les styles des deux musiciens. Bien sûr, les deux films ne traitant pas de la même période (les années 1970, pour Davis, les années 1960 pour Baker), la comparaison musicale n’entre pas en jeu – Miles Davis débutant sa période électrique, tandis que Baker est dans la tradition du jazz acoustique. Seulement il était intéressant de voir comment les deux films sont influencés, dans leur conception, par la musique même des musiciens.

On retrouve en effet dans Miles Ahead quelque chose de très énergique et de virtuose, avec un montage toujours dynamique, suivant le mouvement de la musique qui accompagne tout le film. De son côté Born To Be Blue, tout en abordant le genre du biopic avec une réalisation plus classique, fait preuve de personnalité, notamment dans ses passages en noir et blanc où se confondent les fantasmes et rêveries de Baker, et le film sur sa vie dans lequel il devait tenir son propre rôle, finalement annulé après que le musicien a été passé à tabac par son dealer. Le film reste cohérent pour montrer la descente aux enfers tragique de ce personnage rongé par la drogue. Le seul bémol qu’on pourra alors faire à la programmation du festival concerne l’ordre de diffusion des deux films. Car après avoir vu Miles Ahead, Born To Be Blue, apparaît forcément un peu terne. Le film de Don Cheadle, qui interprète Miles Davis, étant une vraie boule d’énergie, il aura emporté tout sur son chemin.

Deauville : Ira Sachs, Anna Rose Holmer et Matt Ross

Ira Sachs, et Matt Ross © Olivier Vigerie

Pour ce qui est des films en compétition, le festival a récompensé Brooklyn Village d’Ira Sachs (Grand Prix) ainsi que Captain Fantastic de Matt Ross (Prix du Jury et Prix du Public), Le Teckel de Todd Solondz (Prix du Jury et Prix Kiehl’s de la Révélation) et The Fits d’Anna Rose Holmer (Prix de la Critique). On retiendra aussi durant cette semaine l’opposition entre le public et la critique concernant Certain Women, le nouveau film de Kelly Reichardt. Une œuvre sensible et souvent belle mais pour le moins hermétique à un public potentiellement moins cinéphile. Un public qui trouva alors davantage son compte avec les feel-good movie Captain Fantastic et Sing Street de John Carney. De notre côté, on gardera en tête Transfiguration, œuvre hybride saisissante de Michael O’Shea, tandis que Transpecos de Greg Kwedar nous laissa de marbre.

montage Deauville : Captain Fantastic / Certain Women / Brooklyn Village / Transfiguration

Captain Fantastic / Certain Women / Brooklyn Village / Transfiguration

Enfin, même si le cinéma reste la priorité à Deauville, voilà maintenant sept ans que le festival s’est tourné vers les séries télévisées en proposant une séance spéciale dédiée à une série. Somme toute logique tant les séries se sont rapprochées du cinéma depuis plusieurs années. Certains y voient même un nouveau lieu de liberté pour les cinéastes et scénaristes qui peinent à s’exprimer au milieu des blockbusters, des remakes et suites. La série est donc de plus en plus à prendre en considération comme une œuvre cinématographique. Preuve en est cette année avec la projection de The Night Of (dont nous vous parlions déjà ici) au festival. Une série qui, comme beaucoup d’autres, se rapproche fortement du cinéma, autant dans sa réalisation que son format (une mini-série avec une conclusion à la fin). De quoi attirer les festivaliers vers un autre univers tout en gardant une cohérence d’ensemble.

Pierre Siclier