Le 16 septembre dernier, Disney a invité le Blog du Cinéma à la toute première projection française de quelques extraits du reboot de Tron, qui sortira en février prochain. Votre humble serviteur a fait le déplacement, sans aucun a-priori, juste pour voir. Il en est ressorti aussi sceptique d’une fosse.

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Les studios Disney en ont décidé ainsi : 28 ans après Tron, ils vont nous sortir Tron 2. « Tron : L’Héritage » pour être précis, ou même « Tron : The Legacy », pour les puristes. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le géant historique du tout-public veut que ça fasse du bruit. C’est dans ce but qu’ils ont récemment convié tout un tas de bloggers et de journalistes à venir assister à une dizaine de minutes d’extraits du film, qui sortira le 9 février.

Prévenir la presse d’une sortie 5 mois à l’avance, ça témoigne tout de même d’une certaine envie de faire du buzz, vous en conviendrez. D’autant que pour cette session en forme de mini-avant-première, ils n’avaient pas fait les choses à moitié : alors qu’on pouvait s’attendre à un évènement assez classique à la « bonjour, voilà vos 10 minutes, au revoir », l’attaché de presse nous a tenu la jambe pendant une période in(dé)terminable, faisant un magnifique discours pour expliquer à quel point le film était génial, à quel point les personnages étaient profonds, à quel point Tron est culte, à quel point les effets spéciaux déployés sont ce qui se fait de mieux en ce moment, et à quel point c’est cool que Daft Punk soit en charge de la B.O. (le seul point à peu près crédible).

On nous a servi avec ça des mini-interviews des acteurs et du réal, et tout un topo sur le jeu vidéo qui sortira pour accompagner le film ; on était alors censés comprendre que Tron est tellement puissant qu’il transcende son medium, ou quelque chose comme ça.

Si on sait lire entre les lignes, ou bien si on est suffisamment cynique ou parano, le message était clair, limpide : tout ce cirque était une séance politiquement correcte de bourrage de crâne à peine déguisée avec l’intention d’en foutre plein la vue à tous les porte-plumes présents dans la salle, pour que le message subliminal s’incruste en belles lettres fluos dans les replis de nos cerveaux : « Tu vas kiffer Tron, tu vas pondre un papier disant que c’est le plus gros évènement cinéma de 2011. »

Dans sa présentation, l’attaché de presse balance quand même que, en termes de révolutions thématique et visuelle, Tron sera un évènement cinématographique aussi important que Matrix à son époque ou Avatar l’année dernière… « Ça peut paraître un peu prétentieux », ajoute-t-il en guise de mea culpa, mais il est trop tard, le péché d’orgueil est déjà consommé, et on se dit que les 10 minutes qu’on va voir ont plutôt intérêt à nous en foutre plein la gueule : avec un melon pareil, la chute n’est jamais très loin.

Et là, c’est le drame : L’Héritage n’a a priori rien d’exceptionnel. Oh oui, il est joli. Vu le budget qui est généralement accordé aux grosses prods de Disney, il peut l’être. Les effets spéciaux sont sympas, le relooking des motos passe bien et le lifting digital de Jeff Bridges (rajeuni par les mêmes procédés qui vieillissaient Brad Pitt dans L’Etrange Histoire De Benjamin Button) est très réussi, mais c’est à peu près tout.

On est déjà blasé de la 3D, qui ne peut plus se suffire à elle-même comme seul argument de vente, et le nouveau personnage principal, avec ses cheveux en l’air, ne sort pas franchement du lot des autres acteurs de son âge. Pourquoi toutes les jouvencelles sont-elles tombées folles amoureuses de Robert Pattinson et de Zac Efron, tandis que personne ne se souvient du nom des jeunots qui jouaient dans L’Apprenti Sorcier ou L’Assistant Du Vampire ? Dur à dire quand on a fini sa puberté… il faut juste croire que le charme n’est pas quelque chose qu’on peut prévoir. Avoir confié le premier rôle de ce reboot à un jeune beau gosse banal sorti de nulle part relève de ce genre de coup de poker : la sauce prendra ou ne prendra pas.

Tron l'héritage 1

A la sortie de la projection, on nous a offert à tous un t-shirt Tron et un yo-yo Tron, dans un sac Tron, presque comme pour nous acheter ou parachever notre bourrage de crâne intempestif. Ce film est clairement un très gros enjeu pour Disney, comme en témoigne cette volonté farouche de créer tout un évènement autour de la sortie plusieurs mois à l’avance et alors que les affiches (hideuses, au passage) ne monopolisent pas encore nos rétines dans les couloirs de métro.

Pour l’instant, l’impression qu’on peut en avoir est celle-ci : le reboot de Tron sera somme toute assez semblable au premier du nom, mais adapté à notre époque. Il sera bourré d’effets spéciaux, de 3D et de lumières qui vont dans tous les sens ; son scénario sera pitoyablement mauvais, mais ça ne sera pas un problème pour les gosses et les geeks qui en auront pris plein les mirettes.

De leur côté, ceux qui attendent du cinéma qu’il soit plus qu’une dépense faramineuse d’argent passeront leur tour, et les moutons seront bien gardés.