Photo de Guillaume Brac © Thierry Bonnet - Ville d'Angers

Lors de la toute première séance de conférence de l’année universitaire, aucun intervenant n’a été prévu. A la place, les enseignants ont décidé de nous projeter le film Un Monde Sans Femmes, précédé du court-métrage Le Naufragé. Deux films réalisés et écrits par Guillaume Brac. Étant donné qu’une grande majorité des étudiants ont aimé les deux films, les enseignants chargés du cycle de conférences ont invité Guillaume Brac. C’est donc le Jeudi 7 Mars que nous avons eu la chance de rencontrer et de discuter avec Guillaume Brac.

En premier lieu, le réalisateur français nous confie qu’il pense qu’il est “dangereux de parler de son travail, pour ne pas le réinventer”. Il affirme que cela arrive souvent, à beaucoup de cinéastes, lors d’interview. Aussi, Guillaume Brac est jeune, il s’est trouvé intimidé dans cet amphithéâtre avec tous ces étudiants à son écoute. Mais l’atmosphère et l’ambiance étaient relativement très cool.

  •  La construction de la cinéphilie

Le réalisateur de Un Monde Sans Femmes n’est pas issu d’une famille de cinéphiles. Ses parents allaient évidemment au cinéma, mais les Samedi soir. Comme les sorties que l’on fait en famille le weekend pour se décontracter, pour relâcher le tout encaissé durant une semaine. Mais Guillaume Brac devait attendre d’être majeur avant de pouvoir accompagner ses parents…

En effet, il aurait énormément aimé aller au cinéma avec ses parents, car il s’est trouvé inréressé par le cinéma dès sa jeunesse. Et comme il le disait si bien, il est devenu cinéphile d’une manière très inhabituelle : il s’est construit sa cinéphilie avec la télévision. Il aimait regarder les westerns tel que Rio Bravo. Il a notamment beaucoup appris sur le cinéma avec “une émission que présentait Eddy Mitchell sur France 3”.

Mais il ne se sentait “pas capable de réaliser des films”. Dans sa jeunesse, il rêvait plutôt de “devenir écrivain, ou même critique de cinéma”. Il en est même venu à devenir le président du ciné-club de La Chaussée. Et s’en est suivi les études en cinéma. Certains le savent déjà, mais il faut le préciser une nouvelle fois, car cette période fut importante pour décoller dans sa carrière actuelle. Guillaume Brac a passé le concours de la FEMIS, et il l’a intégré dans la filière… production.

Photo du film LE NAUFRAGÉ

  •  La naissance du réalisateur

A force de côtoyer des étudiants de la FEMIS de la filière réalisation, Guillaume Brac sentait qu’il voulait faire de la mise en scène. Et c’est grâce à ses amis et à quelques petites combines qu’il en est venu à réaliser des courts-métrages. Ainsi, pour son projet de fin d’études, il a produit le court-métrage d’un ami en filière production et réciproquement. De ce fait, Guillaume Brac et son ami, de la filière production, ont validé leur diplôme et sont devenus réalisateurs.

Avec le frère de l’actrice Anaïs Demoustier, il fonda la société de production nommée Années Zéro. En parallèle, il obtint des postes de deuxième assistant sur deux longs-métrages. Mais il avoue que “cela fut une expérience compliquée” (lourdeur, stress, tension, … à cause du grand nombre de personnes travaillant sur le tournage). Mais cela ne lui a pas empêché “d’apprendre énomément de choses” à propos de la production d’un film au moment du tournage.

  •  Direction la côte picarde

Découvert par hasard, Guillaume Brac est tombé sous le charme de Ault-Onival. Il a donc décidé d’y tourner ses films Le Naufragé ainsi que Un Monde Sans Femmes. Pour le scénario, Guillaume Brac l’a écrit lui-même et a reçu l’aide de la Région Picardie, d’un montant de 24 000€. Un coût qu’il a divisé en plusieurs parties pour que lui et trois amis puissent filmer leurs courts-métrages à Ault. Mais comme l’aide budgétaire lui a été versée, Guillaume Brac a du en conservé un peu plus de la moitié pour son film.

Une fois que tout fut prêt, Guillaume Brac a pu commencé à tourner. Ce qu’il faut savoir concernant ses deux films (tournés en 2009 et été 2010), c’est que les habitants de Ault-Onival ont intégrés les films. Et certains ont même des répliques (madame Picard, le patron du bar Bouboule, le vigil à la discothèque, le vendeur sur le marché, …). Et il confirme que cela fut “un grand plaisir que de travailler et d’intégrer ces personnes au film” (les membres de l’équipe, 11 au total, logaient chez l’acteur d’un rôle secondaire).

Pour mieux capter la beauté du paysage et pour rendre l’histoire plus belle à raconter, Guillaume Brac s’est lancé un défi : tourner en 16mm. Et concernant les lieux où les scènes ont été tournées, il affirme que “le principe était de partir des lieux pour construire les scènes”. En effet, c’étaient des endroits qui “guidaient l’écriture”. Comme pour la scène du marché, Guillaume Brac y a emmené sa compagne pour lui faire découvrir ses coups de coeur. Il a absolument voulu faire une scène avec le marché : la volonté de le voir avec les personnages féminins, de le confronter à elles.

Photo (2) du film UN MONDE SANS FEMMES

  •  Les dessous du tournage

Au départ, il n’y avait aucune envie de faire un diptyque. Cette idée est venue environ six mois après Le Naufragé. Guillaume Brac voulait alors faire “un film de plage” et il trouvait que reprendre le personnage de Sylvain était une bonne idée. Ce qui a réjouit l’acteur Vincent Macaigne, ami de longue date de Guillaume Brac : “Vincent (Macaigne) était content de creuser le personnage”. Pour les autres personnages, notamment les habitants d’Ault jouant leurs propres rôles, il y avait beaucoup d’improvisation, quelque chose que Guillaume Brac a beaucoup aimé.

En ce qui concerne le personnage de Sylvain, Guillaume Brac confirme qu’il “s’est inspiré de Vincent Macaigne pour écrire le personnage”. On pourrait alors dire que l’acteur a indirectement participé au scénario. De plus, Guillaume Brac a ajouté de sa propre personnalité au personnage de Sylvain. C’est ce qui rend surement le personnage tellement vrai et attachant. Le cinéaste avait une raison pour faire cela : il a en effet “du mal à écrire un personnage sans un visage en tête”.

De ce fait, il a choisi Laure Calamy pour interpréter le rôle de la mère. Une actrice que Guillaume Brac connaissait depuis quelques années avant Un monde Sans Femmes. Il n’y a que la jeune Constance Rousseau qui a passé une audition pour avoir le rôle. Mais il y avait un problème de taille : “les deux actrices n’ont pas une grande différence d’âge et ne se ressemble pas du tout”. Donc pour faire croire à une relation mère-fille, il fallait user d’audace et de conviction.

Mais le hasard a bien fait les choses. Guillaume Brac nous a raconté une petite anecdote concernant les deux actrices sur le tournage. Un jour, au moment de filmer une scène avec les deux actrices, le réalisateur s’est aperçu qu’il avait oublié la cassette pour la caméra. Il a donc fallu qu’il s’absente pendant une bonne heure. A son retour, il était surpris et heureux : les deux actrices s’étaient créées une complicité sans s’en rendre compte : “on aurait dit qu’elles se connaissaient depuis des années”.

Guillaume Brac a également précisé que la durée du film n’avait pas été prédéfinie. Il faisait un film de la durée qu’il voulait vu que l’argent qui a servi a financé le film venait aussi de l’argent gagné avec Le Naufragé. En conséquence de ce détail non prédéfini, il y avait une liberté totale au montage : “des scènes ont été coupées”. Mais alors, pourquoi couper des scènes s’il n’y avait pas de durée fixée ? Réponse logique : “pour éviter du gras, éviter de perdre de vue le film et son intérêt”.

Photo (1) du film UN MONDE SANS FEMMES

  •  Influences et clins d’oeil

Dans son film, Guillaume Brac voulait “éviter la psychologie”. Il ne voulait pas un film pour faire réfléchir. Il voulait montrer un réalisme français. Et comme on a pu souvent le lire dans des critiques sur le film, il y a quelque chose du cinéma d’Eric Rohmer là-dedans. Guillaume Brac n’a pas caché qu’Eric Rohmer et Jacques Rozier sont des références pour lui. Il n’a pas caché qu’il ne veut pas faire du cinéma américain, qu’il veut faire du français : “je suis un réalisateur français”.

Ainsi, il nous expliqua que le film Le Rayon Vert de Rohmer est une influence pour lui. Mais il affirma qu’il n’a pas voulu faire du Rohmer ou du Rozier. Il n’y a que dans la fabrication qu’il s’est inspiré de ces deux réalisateurs français. Il confia également que ses réalisateurs favoris, avec Rohmer et Rozier, sont tous français : Pialat, Eustache, Rivette. Guillaume Brac nous a confirmé que ses inspirations pour le film sont plutôt venues de comédies. Mais ce ne sont que des inspirations, jamais il n’a essayé de faire la même chose. Il s’agit des films 40 ans Toujours Puceau et de Supergrave. Des films qu’il qualifie de “très drôles” et “excellents”.

Au niveau des clins d’oeil, Guillaume Brac a beaucoup joué sur les couleurs. Par exemple, quand Vincent Macaigne porte un polo de marin et que Laure Calamy porte un tee-shirt avec des rayures bleues horizontales. Ou alors dans la scène où Vincent Macaigne et Laure Calamy se prennent la main : drôle et touchant à la fois.

  •  L’après Un Monde Sans Femmes

Après le succès de Un Monde Sans Femmes, Guillaume Brac a été “contacté par de nombreux producteurs”. Mais beaucoup d’entre eux ne lui plaisaient pas, soit pour les projets d’avenir ou alors pour la peur d’être enfermé dans une carapace où il serait privé de liberté. Mais ce qu’il craignait le plus, c’est qu’il ne voulait pas resté enfermé dans l’effet produit par Un Monde Sans Femmes. Oui, il aime énormément son film, mais il veut faire autre chose et ne pas rester sur un style.

Finalement, Guillaume Brac a trouvé une bonne société de production pour ses films. Il s’agit de la société Rectangle, qui a produit le film La Guerre est Déclarée de Valérie Donzelli. Et c’est Alice Girard qui produit son prochain film intitulé Tonnerre. Vincent Macaigne est de retour sous la direction de Guillaume Brac, dans un tout autre rôle que celui de Sylvain. Et le film promet d’être rafraichissant : en effet, nous avons pu voir (en exclusivité) une scène du film qui est en ce moment au stade du montage.

[évènement] Rencontre avec Guillaume Brac

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