Au menu de premier Compte-Rendu du Festival International du Film Politique qui se tient à Carcassonne : la soirée d’ouverture du festival, la critique du film Au temps où les arabes dansaient et l’interview du réalisateur Jawad Rhalid et la critique de The front Runner.

La Cérémonie d’Ouverture du Festival International du Film Politique  a donc eu lieu en ce début de semaine, en présence des élus et des différents membres de jurys. La définition même du terme “film politique” était évidemment au cœur de cette première édition.

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Pour la comédienne Liliane Rovere, “la politique est partout et celui qui pense qu’il ne fait pas de politique en fait sans le savoir“, quand le comédien-réalisateur François Marthouret estime “puisque notre vie est collective, il n’existe aucun espace humain que le politique peut ignorer“. Pour la comédienne Saïda Jawad “un film politique met en scène la politique” et la productrice Salam Jawad y voit un moyen “d’éveiller les consciences“. La réalisatrice Anne-Laure Bonnel souhaite quant à elle que “ce nouveau festival mette en place des passerelles où individus pourront débattre avec bienveillance, patience, sérénité et intégrité“.

C’est Au temps où les arabes dansaient le documentaire de Jawad Rhalid, en compétition officielle de la sélection documentaire, qui a été présenté en avant-première française en film d’ouverture du festival.

Ma critique de Au temps où les arabes dansaient (★★★☆☆)

Au temps où les arabes dansaient traite de la censure qui touche aujourd’hui les artistes d’origine arabo-musulmane à cause des fondamentalistes. Le réalisateur Jawad Rhalid filme des scènes d’artistes en plein processus de création, tout en montrant des images d’archives de danse, de chant et de cinéma. Le contraste avec ces images montrant l’incroyable liberté d’expression et le rapport au corps décomplexé qui existaient dans les années 60 est fascinant. De même les échanges entre les enfants et leurs mères -dont celles du réalisateur- qui ont connu les deux périodes et souffrent de cette régression, sont passionnants. Pourtant, les choix de certains protagonistes, pays et formes d’art sont d’un intérêt inégal et même si on a bien compris qu’il s’agit d’une mesure de protection, on regrette que leurs noms et contextes n’apparaissent pas. Car cette mise en scène casse un peu le rythme du film et laisse le spectateur dans un flou artistique, au risque de le perdre. Malgré ces quelques défauts, Au temps où les arabes dansaient se révèle un film ambitieux qui aborde subtilement l’héritage et la transmission culturelle et a le mérite d’interpeller d’une autre manière sur les risques du fondamentalisme en Occident.

Mon Interview du réalisateur Jawad Rhalid

J’étais intéressé par les artistes d’origine arabo-musulmane qui ont une expression corporelle comme la danse ou le théâtre. C’était plus facile de les suivre dans le processus de création sur la longueur car on avançait sur leurs questionnements, leurs doutes, leur joie. C’est un documentaire de cinéma, dans lequel le visuel est très important. Je ne voulais pas préciser trop de choses sauf sur mes parents, car les intervenants dans le film sont malheureusement les représentants de la majorité silencieuse, qui parlent même s’ils ont peur et s’autocensurent. L’Islam a toujours cohabité avec l’art, la liberté la sexualité, mais aujourd’hui, il y a une minorité fondamentaliste, salafiste, islamiste, qui menacent et qui fait peur à cette majorité qui se tait.

Ça ne m’apporte rien du tout de savoir comment s’appelle la personne qui intervient, ce qui m’intéresse c’est son propos et ce qu’elle raconte. C’est ce côté universel du film que je voulais imposer au public. La question majeure que soulève le film, c’est jusqu’où on peut aller dans l’expression artistique, notamment d’un point de vue éthique ? Mon film est un engagement politique, et avec mon équipe on se positionne pour tirer le signal d’alarme à propos de ces artistes menacés dans leur liberté d’expression et corporelle, et dire attention demain c’est votre tour !”

Ma critique de The front runner (★★☆☆☆)

The front runner de Jason Reitman revient sur la chute du sénateur américain Gary Hart, favori aux primaires du parti démocrate en 1988. Suite aux révélations sur sa vie privée, il s’était retiré de la course. Le film met en perspective les quatre semaines qui font passer un jeune candidat brillant à un véritable womanizer. C’est un bel exemple qui aborde le début de la prise de conscience de la porosité entre vie publique et vie privée des hommes politiques. Ainsi que le regard de défiance qu’ont pu porter les américains sur un homme qui, s’il est capable de mentir à son épouse, a de fortes probabilités de mentir à son pays. Ce qui est intéressant dans The front runner, c’est le traitement en parallèle de l’équipe de campagne de Gary Hart (Hugh Jackman) et des journalistes qui vont révéler et relater l’affaire. Une équipe très investie, qui se retrouve paumée et déçue d’avoir misé sur ce cheval. Et des journalistes qui s’interrogent sur la notion de la vérité en politique, des limites de leurs métiers, et donc de leur éthique.
Le film ne s’attarde pas sur la nature de la relation du sénateur avec la jeune femme, mais se focalise sur l’homme. Pourtant, on ne croit guère ni à ses regrets, ni à sa pseudo rédemption auprès de son épouse Lee (Vera Farmiga). Et on regrette que le film se termine par une vision à l’eau de rose aussi nunuche et poussive du couple à l’américaine et une morale à deux balles.

A suivre dans mon prochain Compte-Rendu: les critiques du documentaire Je n’aime plus la mer avec une interview de son réalisateur Idriss Gabel, et du documentaire Depuis Mediapart.

Sylvie-Noëlle

Festival International du Film Politique 2018 : Compte-Rendu n°1

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