Avec 180 films et 400 séances au programme, impossible de tout voir. Fatalement, le festival Lumière est une affaire de choix.

C’est le fondement même de Lumière : être un festival pour tous. A Lyon, neuf jours durant, chacun peut y trouver son compte en fonction de ses envies. Certains, bien informés, s’échangent les rumeurs sur la présence potentielle de telle ou telle célébrité à telle ou telle séance. C’est comme ça qu’une poignée d’élus a pu profiter, ce dimanche 15 octobre à 6 heures du matin, d’une masterclass improvisée par Guillermo Del Toro, au terme de la nuit qui lui était consacrée. Trois quart d’heure d’une rare générosité de l’avis de tous ceux qui ont eu la chance d’y assister. Les autres, comme moi, dormaient profondément en attendant les séances du matin.

Photod du Labyrinthe de Pan

Photo du Labyrinthe de Pan

L’une des particularités de Lumière est d’être éparpillé dans plusieurs cinémas de Lyon et de la métropole. Pour composer son programme, il faut prendre en compte plusieurs paramètres. Parmi eux, la distance séparant les cinémas entre deux séances. De la projection du matin, souvent, découle le reste de la journée. Ce dimanche, c’est au Comoedia, emblématique salle lyonnaise, que j’ai commencé, avec Blast of silence, sorti en France sous le nom de Baby boy Frankie.

BLAST OF SILENCE (1961) de Allen Barron

Affiche de Blast of SilencePolar noir à la limite de la série B, Blast of silence, de et avec Allen Barron (qui a plutôt fait carrière à la TV par la suite), raconte l’histoire d’un tueur à gage qui débarque de Cleveland à New-York au moment de Noël pour un dernier contrat. Rattrapé par son passé, tout ne se passe pas comme prévu. Héro taiseux, rues de New-York  filmées à hauteur d’hommes et tension jusqu’au bout sont les ingrédients de ce film qui, loin d’être anecdotique, rappelle Cassevetes et préfigure le cinéma de Scorcese.

Un film que préfigure le cinéma de Martin Scorsese.

Il est évident que les films de gangster en noir et blanc ne sont pas du goût de tous. Heureusement, Lumière propose des genres très différents. Le festival s’adresse ainsi aux familles, à travers, notamment, une programmation jeune public de plus en plus étoffée. Cette année, Disney est à l’honneur et c’est comme ça qu’on s’est retrouvé à plus de 4.000 spectateurs, à la Halle Tony Garnier, pour revoir Le Roi Lion sur grand écran.Photo séance Le Roi Lion Lumière 2017

LE ROI LION (1994) de Roger Allers et Rob Minkoff

Le Roi Lion Lumière 2017Si je préfère garder pour moi l’intensité du frisson ressenti au moment de la mort de Mufasa, j’en profite pour rappeler que plusieurs grands classiques de Disney, en lien avec la France (Les Aristochats, le Bossu de Notre-Dame, Ratatouille, les 101 Dalmatiens) sont à l’affiche de Lumière.

“Disney a toujours été lié à la France. D’ailleurs, Walt Disney est originaire de France, du village de d’Isigny, en Normandie”, n’a pas manqué d’appuyer Jean-François Camilleri, patron de Disney France, invité à présenter la séance du film culte, adapté librement d’Hamlet.

C’est là l’autre marque de fabrique du festival : la plupart des séances sont présentées par des réalisateurs, producteurs, acteurs ou artistes amoureux du cinéma. On peut donc construire son programme en fonction des invités. Ce soir-là, au Comoedia, certains venaient voir Alfonso Cuaron présenter l’un des films de son ami Del Toro : Le Labyrinthe de Pan.

Alfonso Cuaron présente Le Labyrinthe de Pan

Alfonso Cuaron présente Le Labyrinthe de Pan

LE LABYRINTHE DE PAN (2006) de Guillermo Del Toro

Affiche du Labyrinthe de Pan Cuaron sortait tout juste de l’avant-première de The Shape of Water, du même Del Toro, et n’a pas manqué de bâtir un pont entre les deux œuvres : “C’est la continuation visuelle et thématique du Labyrinthe de Pan“, a-t-il lancé, expliquant de Pan était sans doute la forme la plus mature du style Del Toro.

Selon Alfonso Cuaron, “dans chacun de ses films Guillermo Del Toro offre un aperçu de son enfance. C’est très généreux de sa part”

Un style qui explore des concepts fondateurs comme le temps, l’autorité, l’innocence ou encore la différence, à travers ces créatures qui traversent son cinéma de part en part, pour personnifier nos peurs les plus profondes ou raconter les opprimés, les exclus… Le Labyrinthe de Pan contient tout cela. Entre conte fantastique et critique de l’oppression, le film n’a rien perdu de sa puissance et, d’après Cuaron, en dit long sur Del Toro : “dans chacun de ses films, vous voyez un aperçu de son enfance. C’est très généreux de sa part”.

CHUNGKING EXPRESS (1994) de Wong Kar-Wai

Affiche de Chungking ExpressL’ultime façon de composer son programme durant Lumière, c’est de s’attarder sur certaines sélections. Wong Kar-Wai étant sacré Prix Lumière, il paraissait nécessaire de s’attarder sur sa filmographie. Ça tombe bien, le Comoedia diffusait Chungking Express, l’un de ses premiers films.

Diptyque sur des amours impossibles, chronique de rendez-vous manqués, Chungking Express est un film incroyable. La virtuosité de Wong Kar-Wai, caméra à l’épaule, est telle que du mouvement continuel naît une forme de calme. Armé de son grand angle, le réalisateur est au plus près de ses personnages, tous très attachants et traduit la tension à grands coups de ralentis saccadés. Énergique, excitant, Chungking Express déroule, tout en fluidité, un message primordial sur l’importance éternelle des rencontres éphémères et de la spontanéité. C’est drôle, émouvant, ça virevolte dans une sorte de ballet envoutant et c’est sans doute la première claque de mon festival à moi.

Etienne

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