Du 4 au 9 septembre 2018, le PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival) s’est tenu au cinéma Max Linder, et comme pour l’édition 2017, Arkham, notre homme de terrain, était sur place pour nous rapporter les moments forts du festival.

Entre deux nuages de gaz lacrymogènes, qu’il était agréable de pouvoir se réfugier dans le cinéma Max Linder où se tenait la semaine dernière la huitième édition du PIFFF (Paris International Fantastic Film Festival). En plein samedi noir dans la lumière ville, les maîtres de cérémonie Cyril Despontin et Fausto Fasulo se réjouissaient de constater qu’il en fallait un peu plus aux aficionados de cinéma de genre(s) pour les dissuader de se déplacer. Quand on vient pour encaisser sur grand écran des récits paranoïaques et crépusculaires, avec des invasions extraterrestres, des zombies et des folies contagieuses, on ne se laisse pas aussi facilement séduire par les prédicateurs de la peur collective qui vous assure, non sans ridicule, que vous devez resté barricadé chez vous si vous tenez à la vie. Au PIFFF, les peurs on les choisit, on les affronte et on les dissèque entre spectateurs complices après chaque séance sur le trottoir du boulevard Poissonnière.

Un événement annuel comme le PIFFF est une occasion de prendre le pouls du cinéma de genre en France, et s’il serait hardi de considérer son état de santé actuel des plus vigoureux, on peut néanmoins envisager son avenir proche avec optimisme si on en croit les signaux encourageants dont le festival se fait l’écho. Outre Achoura et Tous Les Dieux du Ciel, deux productions nationales en compétition cette année, qui ont su allier frissons et émotion, on pouvait également laisser trainer une oreille du côté du GrandPrix Climax pour jauger du l’humeur actuelle de la profession. Le jury, composé par des figures montantes du genre français, tels que Dominique Rocher (La Nuit a dévoré le monde) et Coralie Fargeat (Revenge) ont eu l’audace de décerner le GrandPrix du Scénario au projet le plus ambitieux et le plus épique parmi les cinq finalistes, à savoir Fortes Têtes de Pierre Cachia et Johan Rouveyre, épopée celte avec une tête coupée qui refuse de se taire.

Lors de la masterclass qui a suivi la remise du prix, les membres ont partagé leurs expériences respectives dans la thématique « premier film : film de genre ». Ainsi Leo Karmann, réalisateur et scénariste de La Double Vie de Simon (sortie prévue en 2019), a eu l’occasion de parler de son combat long de sept ans avant de pouvoir enfin tourner le récit fantastique qui lui tenait à cœur. Sans établir de généralité sur le parcours des cinéastes français, le cas de Leo Karmann est révélateur d’une évolution notable entre le moment où il a écrit la première version de son script et aujourd’hui, où ce script est devenu un long-métrage. Là où il y a sept ans, Karmann et consorts se retrouvaient face à des producteurs frileux, ils rencontrent aujourd’hui une nouvelle génération de décideurs près à entendre qu’un projet français revendique l’influence des productions Spielbergiennes et plus largement du cinéma Amblin des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.

Du côté des courts-métrages, la sélection française faisait montre d’une belle diversité dans la gradation des genres, allant d’un fantastique héritier direct de la nouvelle littéraire du dix-neuvième siècle avec Les Appelés de Matthias Couquet, à la science-fiction métaphysique façon Arthur C.Clarke avec Nine Billions Names of God de Dominique Filhol. On regrettera cependant que la plupart de ces films apparaissent davantage comme des cartes de visites visuelles que comme des œuvres réellement abouties et percutantes. On saluera tout de même les diverses propositions esthétiques et les directions artistiques soignées, notamment celles de Belle à Croquer signé Axel Courtière et celles de Thymesis, réalisé par Jordan Caudron. Dans le premier cas, il s’agit d’une fable à mi-chemin entre le cartoon et les clips musicaux des années quatre-vingt, où Lou De Laâge apparaît en carotte des plus appétissantes. Dans le cas de Thymesis, on se retrouve clairement dans cette zone de la science-fiction qui questionne avec angoisse notre rapport aux technologies, dans la lignée de Black Mirror.

Belle à croquer (Axel Courtière)

Le PIFFF c’est également l’occasion de découvrir ou de redécouvrir sur grand écran des films cultes et des chefs-d’œuvre oubliés. Côté film culte, les spectateurs ont pu déguster Vorace le western dégénéré d’, qui nous rappelle avec gourmandise que le cannibalisme est décidément très cinégénique. En présentant le film, Cyril Despontin savoure cette occasion rare de pouvoir diffuser ce moment de cinéma atypique sur l’écran du Max Linder, près de vingt ans après sa sortie : « Quand j’ai débuté dans les festivals, les distributeurs nous signalaient quand une copie était en numérique, aujourd’hui au contraire, ils doivent nous préciser quand le film sera projeté en pellicule, comme c’est le cas pour cette séance exceptionnelle. »

Côté chef-d’œuvre oublié, là encore les programmateurs ont réussi leur coup en proposant au public Next of Kin, une perle rare signée , un réalisateur tout aussi rare, et restée quasiment invisible en France depuis sa sortie en 1982. Comme , Next of Kin est une production atypique et donc fascinante, que l’on aurait tendance à rattacher à l’Ozploitation (cinéma d’exploitation australien des années soixante-dix et quatre-vingt). Ici, nous sommes pourtant loin des motifs habituels du cinéma de genre australien et entrons dans un premier temps dans une atmosphère gothique, progressivement réinventée par une mise-en-scène expérimentale aux ralentis traumatisants.

Next of Kin (Tony Williams, 1982)

N’oublions pas que le I de PIFFF signifie International, et le festival tient cette promesse en proposant des œuvres barrées et subversives provenant des quatre coins du globe, généralement présentées en première française. Ce fut le cas cette année pour , polar urbain de , hommage assumé aux films de yakuzas des seventies, prenant place à Hiroshima au moment où la guerre des gangs atteignait son paroxysme. Avec son personnage central de flic presque aussi déchaîné et vicieux que les gangsters qu’il affronte, Blood of Wolves fait partie de ces films hallucinants et hallucinés dont le Japon a le secret, mais paraît pourtant presque sobre et sage à côté de Punk Samurai Slash Down de .

On quitte alors les yakuzas pour les samouraïs, dans un récit qui explose totalement le carcan de la fresque historique et solennelle pour s’engager dans un absurde échevelé, peuplé de singes et de personnages hauts en couleurs.

Punk Samurai Slash Down (Gakuryû Ishii)

Mais le Japon ne fut pas le seul pôle cinématographique à l’honneur lors de cette huitième édition, et la Scandinavie entendait bien elle aussi imposer ses œuvres chocs au public parisien. En témoigne Lords of Chaos de , qui laisse ses spectateurs hébétés par la spirale de la violence, en retraçant l’histoire de la scène black métal qui terrorisa la Norvège dans les années quatre-vingt-dix.

Dans signé par le collectif Crazy Pictures, c’est la Suède qui est terrorisée par des attaques chimiques et militaires d’autant plus angoissantes qu’on en ignore la source réelle. On ne peut qu’écarquiller nos yeux ébahis en découvrant ce film catastrophe regorgeant d’actions et d’effets spéciaux, en sachant que le collectif suédois disposait d’un budget d’à peine deux millions d’euros.

The Unthinkable (Crazy Pictures)

Cette année, du duo américain  et a raflé les trois prix dédiés aux longs-métrages, comme quoi les deux cinéastes accompagnés de leur merveilleuse actrice Lexy Kolker n’ont pas fait le voyage pour rien. Mais nous reviendrons plus en détails sur ce chaînon manquant entre X-Men et Midnight Special, ainsi que sur quatre autres films qui ont fait sensation au PIFFF, dans un prochain article.

Palmarès longs-métrages

Œil d’or (prix du public) : Freaks de Zach Lipovsky et Adam B. Stein
Prix des lecteurs Mad Movies : Freaks de Zach Lipovsky et Adam B. Stein
Prix Ciné Frisson : Freaks de Zach Lipovsky et Adam B. Stein

Palmarès courts-métrages

Œil d’or du court-métrage international (prix du public) : Baghead d’Alberto Corredor Marina
Œil d’or du court-métrage français (prix du public) : Belle à croquer d’Axel Courtière
Prix du Jury court-métrage français : Déguste de Stéphane Baz
Prix Ciné Frisson : Belle à croquer d’Axel Courtière

Arkham

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