Au menu de mon quatrième journal de bord du Festival de Sundance : les très bons films vus en cette dernière ligne droite du Festival .

C’est la dernière ligne droite! Le profil des festivaliers a d’ailleurs un peu changé depuis la semaine dernière, laissant place à de nombreux groupes d’amies qui manifestent leur enthousiasme par de bruyants cris de joie. Aujourd’hui, c’était le traditionnel Volonteer appréciation day, qui demande au public de toutes les projections d’applaudir les 2000 volontaires du Festival après la projection d’un petit film de remerciement qui leur est spécialement dédié.
Je vous livre mes critiques de trois très bons films : MONSTER en US Dramatic Competition ainsi que BEIRUT et DAMSEL en Premières.

Ma critique de BEIRUT (★★★★☆)

Courtesy of Sundance Institute.

Enfin un peu d’action à Sundance! Rien d’étonnant à cela quand on sait que le scénariste de BEIRUT est Tony Gilroy, le réalisateur spécialisé dans l’espionnage et les Jason Bourne ! Car BEIRUT est un thriller politique très dynamique qui tient le suspense jusqu’au bout avec des moments forts d’explosion et meurtres imprévisibles. Le contexte et les enjeux sont bien posés dès le début, projetant violemment le spectateur à Beyrouth, lors de deux moments clés. D’abord en1973 avant la guerre civile et la liberté dans laquelle cohabitaient toutes religions confondues et dans le chaos de 1982. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de ce pays ou du Moyen-Orient, les enjeux politiques et religieux peuvent paraître nébuleux. Difficile de raconter cette histoire sans dévoiler les tenants et aboutissants, si ce n’est qu’un homme est personnellement impliqué dans cette histoire pendant les deux périodes : Mason, diplomate américain (Jon Hamm très en retenue), sa femme (la française Leila Bekhti) et un vieil ami kidnappé pas une vieille connaissance qui demande sa présence. La caméra s’attache aux pas de cet homme meurtri devenu alcoolique et négociateur dans le privé. Rappelé par les Etats-Unis, il revient, avec l’aide d’une attachée culturelle (Rosamund Pike) sur les lieux de son passé douloureux, avec lequel il fera la paix et sans doute son deuil.

Ma critique de MONSTER (★★★★☆)

Courtesy of Sundance Institute

Le réalisateur Anthony Mandler s’est inspiré pour son premier film du roman de Walter Dean Mayers. La caméra du réalisateur suit le jeune Steve depuis son arrestation à son procès pour complicité de meurtre. MONSTER est un film puissant sur le regard que porte les différents protagonistes sur cette affaire et la façon dont il évolue.
D’abord le regard accusateur que portent sur Steve la police et peut être les jurés en le traitant de “monstre” au même titre que ceux qui ont commis le crime. Puis le regard bienveillant que continuent à lui porter ses parents terrifiés de ce qui peut lui arriver. Le regard empathique que porte sur lui son avocate qui va tout faire pour le sortir de là et faire éclater la vérité. Le regard incrédule que porte Steve sur lui-même, sur ce qui lui arrive et comment il y est arrivé, en observant sa conscience
Et enfin le regard que Steve offre en tant que futur cinéaste, caché derrière sa caméra et apprenant dans son école de cinéma, comme le font tous les réalisateurs, à raconter des histoires.
MONSTER, porté par Kelvin Harrison Jr. (croisé dans Birth of a nation et Mudbound) se révèle un film poignant. Il embarque le spectateur empathique avec une mise en scène dynamique et originale des images du procès et de la vie de Steve.  Comme lui, on a la peur chevillée au corps, on pleure, on souffre et on est jusqu’au bout à ses côtés !

Ma critique de DAMSEL (★★★★☆)

Courtesy of Sundance Institute

DAMSEL possède tous les codes du western, si ce n’est que les clichés habituels du genre sont tous inversés. Sam (Robert Pattinson excellent par son jeu d’acteur plein de dérision) est romantique et un peu mythomane sur les bords. Il veut sauver à tout prix sa fiancée Pénélope (Mia Wasikowska) qui a été kidnappée, avec l’aide d’un homme qui se présente comme un prêtre (l’un des réalisateurs David Zellner).
Les frères David et Nathan Zellner (qui sont à la fois scénaristes, réalisateurs, producteurs et acteurs) ont parfaitement réussi à rendre leurs personnages surprenant. Ils ne se révèlent finalement jamais ce qu’ils paraissent être, ce qui permet de très amusants retournements de situation. Car on rit beaucoup dans DAMSEL, aussi bien grâce aux dialogues subtils qu’aux situations visuellement drôles ou clairement pathétiques de cette bande de pieds nickelés, un peu dans la même veine que O’Brother des frères Coen. Il y a aussi de beaux portraits de l’Ouest sauvage américain – Le film a été tourné dans les montagnes de Park City, – et un hommage particulier à toutes les gueules cassées des pionniers, piliers de bar et autres prostituées, mais aussi à tous les animaux qu’on pouvait croiser dans ces contrées lointaines !

The Egyptian Theater, Main Street, Park City

Il me reste encore plusieurs films à voir jusqu’à samedi 27 janvier, incluant des séances de rattrapages rajoutées pour la presse pour des films qui ont été appréciés en début de Festival. Car tout le monde s’accorde à dire que cette année, Sundance est un très bon cru et que les films sont vraiment bons… j’ai bien fait de venir ! De là à dire qu’ils seront tous distribués en France, je n’en suis pas certaine !

Sylvie-Noëlle

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