Bien que son cinéma reste très méconnu et qu’il soit absent du grand écran depuis de longues années, , le papa de , est l’un des invités prestigieux de cette 5ème édition du Festival Lumière. L’occasion rêvée de revenir sur cette oeuvre culte ainsi que sur son éprouvant Wake in fright, réveil dans la terreur, sorti en 1971 et oublié par ses pairs jusqu’à la restauration que nous pourrons admirer en salles au mois de Décembre, ressortie ponctuée d’une édition DVD et Blu Ray qui sera éditée par Wild Side et disponible courant Janvier 2015.

Ted Kotcheff

© Festival Lumière

Voici un panel des questions qui ont été posées par le journaliste Yves Bongarçon ainsi que le public présent durant la (propos traduit en direct par Mary-Noelle Dana).

Vous avez tourné des films au Canada, aux Etats-Unis, en Australie. Est-ce que vous vous considérez tout de même comme un réalisateur américain ?

Je suis un réalisateur du monde ! D’ailleurs, j’aimerais dire à quel point j’adore le mot « réalisateur« . Je déteste le mort « director » en anglais. On dirait que je suis le directeur d’une banque (rires). Je suis venu habiter en Europe car pour moi, il était difficile de faire du cinéma au Canada. A mon époque, ça n’existait pas là bas. Et puis, comme tout artiste qui se respecte, il y a cette part de romantisme à la Hemingway qui nous pousse à voyager en France, en Angleterre, pour essayer de vivre des choses fabuleuses.

Dans les années 60, vous n’avez tourné que 3 films. Pourquoi si peu ?

C’est déjà pas mal ! (rires) Il faut dire que j’ai été séduit par le rythme anglais. Et après chaque film, je tournais une pièce de théâtre. Un film, une pièce. Jusqu’à ce que je décide de tourner Wake in fright.

Malgré le succès du premier Rambo, comment se fait-il que vous n’ayez pas été consulté pour les suites et pourquoi ne pas avoir rempilé ?

Aux Etats-Unis, il y a ce qu’on appelle la Director’s Guild of America (le syndicat des réalisateurs – ndr). Et lorsque la suite d’un film que j’ai tourné est programmée, les producteurs sont obligés de me proposer le script en premier. Le problème, c’est que lorsque j’en ai terminé la lecture, j’étais abasourdi. Je les ai rencontrés et leur ai dit: « Mais ça n’est ni plus, ni moins qu’une relecture de mon film ! Alors que je critiquais le conflit américain au Vietnam, vous faîtes ici l’apologie de la guerre qui s’y est déroulée. C’est n’importe quoi ! Vous n’avez rien compris à mon film !« . Voila pourquoi j’ai refusé de le réaliser.

Selon la rumeur, vous auriez tourné deux fins à Rambo. Pourquoi avez-vous choisi une fin différente à celle du roman que vous avez adapté ? (le film First Blood est une adaptation du roman de David Morrell dans lequel John Rambo meurt à la fin – ndr)

Tout d’abord, j’aimerais vous raconter la genèse du projet pour moi. Près de 1000 personnes rentrés du Vietnam tentaient de se suicider chaque mois. Et un tiers y arrivait, dans des conditions souvent horribles. Utiliser la même fin que le roman aurait été un excellent écho à cette détresse que je ressentais chez ses anciens militaires. Mais à la fin du tournage de la dernière scène où le colonel Trautman met une balle dans la tête de John Rambo (Ted Kotcheff mime le geste à la parole – ndr),  est venu me voir en me disant: « Ecoute, Ted, y’a un truc qui me chiffonne: on le balance du haut d’un hélicoptère, on lance des chiens à sa poursuite, il se répare lui même son bras et là, on l’abat froidement alors qu’il en a bavé ? Y faudrait qu’on tourne une autre fin…« . Pour moi, le personnage était lancé dans une opération suicide et il n’y avait qu’une seule issue possible. Mais j’ai fini par accepter devant les arguments de Sylvester et nous sommes retournés shooter une fin alternative. Le producteur m’a interpellé en me demandant ce que je faisais. Lorsque je lui ai répondu que j’allais tourner une autre fin, il m’a dit: « Non ! On a plus le temps. On a déjà dépassé le budget ! Le film se termine comme vous le vouliez, on ne tourne pas d’autres fins !« . Je lui ai répondu « Donnez-moi 2 heures ! » et 2 heures plus tard, j’étais de retour avec ma fin alternative, celle visible dans le film où John Rambo survit. Durant les projections tests, je me souviens que le public était excité et encourageait John Rambo puis, lorsque survient sa mort, tout le monde se taisait. Et à l’issue des projections, nous récupérions les formulaires de satisfaction remis à l’entrée et les avis étaient sensiblement les mêmes: « C’est le meilleur film d’action que j’ai jamais vu de ma vie…mais la fin est HORRIBLE !« . Devant les retours négatifs sur la fin du film, les producteurs sont venus me voir en disant: « Mais qu’est-ce qu’on va faire ? Tout le monde a détesté la fin…« . Et là, je leur ai répondu en sortant la bobine de la fin alternative: « Si vous voulez, on peut leur passer la deuxième fin que j’ai filmée.« . Le public est rentré de nouveau dans la salle et ont applaudi cette fin.

Quels sont les acteurs ou actrices que vous avez préférés dirigés ? Et lesquels avez-vous détesté ? (la question a été posée par une femme – ndr)

Chérie, je ne déteste personne ! (rires). Les acteurs sont comme mes enfants, je ne peux pas les détester. J’aime tout particulièrement Gene Hackman qui est à mes yeux le meilleur acteur américain qui existe. J’ai adoré travailler avec Sylvester Stallone, Gregory Peck, Jane Fonda qui est éblouissante, Robert Morley qui est un acteur comique sensationnel. Dans ce que je déteste, non, vraiment, il n’y a personne.

 

PS: toutes les réponses et questions viennent de ma mémoire qui s’avère être sélective, mon enregistreur étant en panne à l’arrivée dans la salle. Si d’autres personnes ont assisté à cette masterclass et ont pu enregistré l’intégralité des questions et réponses, je me ferais une joie d’éditer cet article pour les soumettre aux lecteurs.