Le FIFIB – édition 2015 qui s’est tenu du 8 au 14 octobre, célébrait cette année les héros, et même les héroïnes. Les femmes étaient à l’honneur aussi bien dans cette sélection, que du côté des membres du jury de la compétition des Longs métrages, avec la Présidente Valéria Golino, , et Clémence Poésy.

Nous avons eu la chance d’interviewer longuement Céline Sciamma, réalisatrice de Naissance des pieuvres, Tomboy et plus récemment Bandes de filles ou encore coscénariste de Bird People de Pascale Ferran. Elle nous a parlé avec sincérité de son engagement et de sa passion du cinéma, du sens de sa participation au FIFIB, de ce que représente les prix pour elle et de ses projets.

Que signifie pour vous être membre d’un jury de festival ?

Céline Sciamma : Je choisis le lieu et le moment de ma participation à des jurys, je l’ai déjà fait à la Semaine de la Critique à Cannes ou à La Roche-sur-Yon et j’apprécie la jeunesse du FIFIB. Un festival qui se passe sur un temps très court, permet de s’écarter du monde, d’engager son regard. Ce n’est pas une pause, au contraire on est en mouvement tout en se questionnant sur le cinéma, quel que soit la qualité et la vocation des films.

Mon idée d’être jurée, c’est faire preuve de bienveillance pour le travail des réalisateurs, de le respecter, même si je ne suis pas d’accord avec le film. Je suis consciente du temps qu’on passe à faire un film et paradoxalement, moi qui met la barre très haut pour mes propres films, je suis plus indulgente avec les autres. D’une manière générale, je suis engagée dans le travail des autres, via les commissions au CNC notamment. ( NDLR : elle est présidente depuis 2014 de la Commission Nouveaux Médias du Centre National du Cinéma et de l’image animée )

Qu’espérez-vous trouver au Fifib, qui  revendique d’être à la fois étrange, drôle, engagé et romantique ?

C.S : Le festival propose un beau programme, résistant et politique ; il y a en effet une urgence à être vigilant, à se questionner. Je n’attends rien en particulier, j’ai envie d’être ravie par l’univers d’un réalisateur. Le cinéma, pour moi, c’est ouvrir des espaces de dialogue. J’ai plus une exigence de pensée que de facture. Mais le FIFIB, c’est aussi l’animation des lieux, et je trouve plaisant de pouvoir rencontrer des réalisateurs, même si je suis soumise à mon droit de réserve !

Que pensez-vous de l’idée de l’indépendance au Cinéma ?

C.S : On associe souvent l’indépendance à la notion de la liberté. C’est une grande question :  l’indépendance représente-t-elle la liberté? Il faut quand même de l’argent pour être libre ! Aujourd’hui, on évolue dans un système en transition, qui doit réinventer un équilibre entre indépendance et exception culturelle, en France comme en Europe. C’est la question même du prototype du film : la liberté, c’est aussi avoir le droit de pouvoir inventer ses règles au sein de contraintes : le cinéma est vraiment un endroit de résistance.

affiches montage

Votre film Bande de filles (Girlhood) a été sélectionné cette année dans la catégorie Spotlight au Festival de Sundance, qui célèbre l’indépendance. Que retenez-vous de cette expérience américaine ?

C.S : Il y a une part fantasmagorique absolue à se confronter au territoire américain ! La question de l’indépendance pensée par Robert Redford, que j’ai eu la chance de rencontrer, est clairement politique et du côté de la sécurité des réalisateurs et j’ai ressenti une vraie solidarité entre nous tous. Les expériences sur ce continent sont puissantes, il y a vraiment une dynamique des nouveaux médias, des nouveaux possibles de narration. Ils sont vraiment pionniers à Sundance.

C’était important aussi pour moi de participer à ce festival culte parce que l’histoire que raconte mon film avait une forte résonance avec la représentation de la population noire aux États-Unis. Le film a reçu un très bon accueil, à Sundance puis ensuite à New York , même si j’ai failli ne pas pouvoir arriver à temps pour cause de tempête de neige !

Ça représente quoi pour vous d’avoir un prix à un festival ?

– C.S : Ça compte bien sûr, ça fait plaisir, ça donne du courage. Mais c’est à un instant T, ce n’est pas un accomplissement dans l’absolu. Dans mes premières compétitions, j’étais fébrile d’être jugée, j’avais peur d’une sanction. Aujourd’hui, je ne suis pas déçue de ne pas avoir de prix, c’est déjà bien de faire partie d’une sélection de films. Ce qui compte pour moi, c’est un équilibre idéal entre la reconnaissance des professionnels, la critique du public et celle de l’étranger. Et jusqu’à présent, je reconnais avoir eu de la chance, j’ai toujours rencontré le public, je n’ai pas eu à faire face à un accident industriel et je n’ai donc pas eu besoin de mettre en place de dynamique consolatrice.

« Le cinéma, c’est ouvrir des espaces de dialogue et il y a une urgence à être vigilant, à se questionner. »

Quel est votre rapport aux critiques de films ?

C.S : Les critiques regardent et pensent sur les films, ce n’est pas une sanction d’opinion. La critique est parfois prescriptrice. Mais c’est aujourd’hui un objet en mutation, avec une micro critique via Twitter. Je ne tweete pas moi-même, mais je vais voir ce qui s’y dit.

Vous allez souvent au cinéma ?

C.S : J’ai beaucoup d’appétit pour le cinéma, mais je n’y vais pas souvent, je fonctionne par période. Le dernier film qui m’a ravie c’est Vice Versa !

Quels sont vos projets ?

C.S : Je ne fonctionne pas avec des projets de réalisation de films pensés d’avance, tant que je n’ai pas fini d’accompagner jusqu’au bout mes films, comme Bande de filles que j’ai présenté dans une quarantaine de salles, suivi de débats.

Je suis aussi scénariste, c’est une autre place qui me permet de me confronter aux univers d’autres réalisateurs. C’est beaucoup de travail, mais j’aime écrire et j’aime l’idée d’un artisanat de l’écriture. J’ai ainsi co-scénarisé Quand on a 17 ans de André Téchiné (sortie en salles le 30 mars 2016). Je travaille aussi sur le scénario du premier film de Jean-Baptiste de Laubier (dit Para One), qui a composé les musiques de mes films.

+ La sélection du FIFIB 2015.
+ Lire notre palmarès et bilan du FIFIB 2015.
+ Lire notre interview de Valéria Golino, présidente du Jury de la Compétition Longs Métrages du FIFIB 2015.

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