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A l’occasion de la présentation du jubilatoire BABY PHONE à Bordeaux, nous avons eu le plaisir de rencontrer le réalisateur Olivier Casas, accompagné des deux acteurs qui forment le couple du film Anne Marivin et Medi Sadoun. Une rencontre riche d’échanges sympathiques sur, le couple, les amis, la famille et la vie d’artiste.

Notre critique de BABY PHONE de Olivier Casas

 

Amitiés et mensonges sont-ils compatibles ?

Olivier Casas : Pour moi, amitié et mensonges sont totalement compatibles, car quand on aime les gens, on a toujours plein de raisons de leur mentir ! Et puis, le mensonge est un ressort intéressant dans la comédie, dans lequel on a tendance à s’embourber. La dimension tragique est une forme de rire que j’aime beaucoup. C’est d’ailleurs une position jubilatoire pour le spectateur de ne pas être à la place des personnages qui passent leur temps à trébucher, et de garder avec eux un lien d’empathie. Par exemple, le personnage de Hubert, le père de Ben, est dans une forme de déni, entre la naïveté et la lâcheté, qui passe même pour une forme de sagesse, car il veut absolument éviter les conflits. Il le dit d’ailleurs « une bonne sieste est le secret d’un mariage qui dure ».  Ce qui change parfois la donne de l’amitié ce sont les enjeux et les intérêts qui existent au sein d’un groupe. L’amitié peut alors devenir intéressée, et cela marche dans les deux sens. Simon profite aussi de sa position supérieure dans le groupe et se fait valoriser.

Anne Marivin : Moi ça me semble naturel et de bonne guerre quand un ami a réussi, d’attendre un coup de pouce, je le vois bien dans notre milieu. Si on peut le faire, on le fait.

Parlez-nous de vos personnages.

A.M : Le personnage de Charlotte me parle beaucoup, car quand j’ai tourné le film, je venais d’avoir mon deuxième enfant. Même si aujourd’hui, la parole s’est bien libérée sur la grossesse, il faut bien reconnaître qu’un bébé, c’est quand même un cataclysme dans un couple ! Surtout lorsque l’un des deux mène une vie d’artiste et que l’autre est plus ancré dans la réalité… Ca déséquilibre le tout. Son mari Ben est égocentré et plus rien ne contrebalance les responsabilités qu’elle a au sein de la famille. Charlotte n’a aucune envie de préparer un dîner, elle est en plein burn out ! J’ai eu un peu peur qu’on trouve Charlotte chiante, rabat-joie et antipathique, mais Olivier a fait en sorte, heureusement, qu’on garde de l’empathie pour elle : elle montre sa part d’humanité quand elle dit « avant j’étais plus fun ». C’est juste quelqu’un de cool qui en a ras le bol.

Baby phone

Medi Sadoun : Mon personnage de Ben reste bloqué sur sa musique, sa passion. Il a oublié son couple, son enfant, la charte à respecter pour assurer sa vie de famille. En acceptant le rôle de Ben, j’ai répondu à ma volonté d’acteur de changer de rôles et d’univers, d’être dans un registre plus sérieux. La difficulté, quand le texte est bon, c’est le « à côté du texte » et d’être en tension, de jouer aussi sur les silences, les regards, les malaises… C’est plus difficile, mais c’est aussi plus intéressant.

O.C : Le personnage de Ben ne rassure pas du tout Charlotte, qui est devenue malgré elle la cheftaine de la famille ! Il est passif avec ce qui lui arrive pendant le dîner car tout s’écroule autour de lui et le laisse sans voix. Il lui faut du temps pour prendre conscience et réagir à ce qui lui arrive… Mais sa communication passe par la musique, qui est sa vérité… Car je suis persuadé qu’il y a au fond de chacun de nous une discipline artistique qui sommeille et ne demande qu’à éclore.

Parlez-nous de la scène du piano.

M.S : Je ne dirais pas si ce sont mes mains qui jouent, car c’est ça la magie du cinéma !

A.M : Cette séquence est un enjeu important pour Charlotte à ce moment là du film. Le morceau m’a vraiment émue et ce qui se dit dans cette scène me parle beaucoup. Je ne pense pas quand je joue si c’est moi ou le personnage qui est ému, mais rires et pleurs sont transcendés par mon visage et mon physique, qui sont mes outils de travail.

Peut-on dire que votre film est féministe ?

O.C : Oui c’est certain, le film est féministe ! J’ai travaillé le scénario avec Audrey Lanj, mon épouse. Je pense qu’on a exorcisé certaines difficultés de couple grâce au scénario, et on s’est beaucoup amusé. Le babyphone branché toute la journée est un mouchard permanent, qui met tout le monde face à ses dossiers. J’espère que cette comédie, qui se veut originale, sera même bénéfique à certaines couples. On pense même que tout le monde pourra s’identifier, notamment dans le rapport avec ses propres parents.

A.M : Le film est féministe dans la mesure où Charlotte décide de prendre les choses en main, se venge et gagne sa liberté. Et puis, c’est rare, mais le film montre aussi un homme qui pardonne à sa femme et prend conscience qu’il est en partie responsable, et ça c’est la touche féministe de la scénariste.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

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