Laurent Courtiaud et Julien Carbon sont deux types incroyablement sympathiques, et je l’affirme avec d’autant plus de scrupules que j’avais écrit ma critique des Nuits Rouges du Bourreau de Jade avant même de les avoir rencontrés pour la première fois, lors d’une mémorable avant-première au Nouveau Latina, sur fond de Dry Martini bien corsé… L’interview ci-dessous a été réalisée le lendemain de la sortie du film en salles, une sortie que vous avez probablement raté en raison d’une exploitation injustement minimaliste (mais c’est aussi ce qui fait le charme du cinéma de genre), et je vous l’offre aujourd’hui à l’occasion de sa récente sortie en Blu-Ray/DVD. Alors que notre entretien ne devait à la base durer qu’un petit quart d’heure, les deux réalisateurs et moi-même avons eu le loisir de discuter pendant presqu’une heure entière ; le fait mérite d’être souligné, car les interviews qui se prolongent ne sont pas monnaie courante…
Carbon et Courtiaud y évoquent leur début dans le milieu, leurs années de galère, leur passion pour le cinéma hong-kongais et, inévitablement, leur amour pour leur grand maître, Tsui Hark.

Commençons très simplement : comment vous vous êtes rencontrés ?

JC : On s’est rencontrés en 90 à Belleville, dans le quartier Chinois. Il y avait un vidéoclub qui louait des cassettes pirates de films de Hong-Kong, et comme c’était totalement illégal, ils louaient très rarement à des Français… Laurent et moi, on pensait chacun être les seuls Français à y aller, jusqu’au jour où on s’est croisés. On a commencé à discuter, puis on est devenus copains.
LC : Julien venait juste de cofonder Butterfly Warriors, le premier magazine sur Hong-Kong, et j’avais acheté le premier numéro, donc je connaissais son nom.

Et a quel moment vous vous êtes mis à écrire des scénarios ensemble ?

LC : On a d’abord travaillé chacun de notre côté pendant 5 ans. Julien travaillait pour Jean-Pierre Dionnet sur Canal, et moi j’étais réalisateur multimédia et prof à Louis Lumière. On allait régulièrement à Hong-Kong, à nos frais, pour rencontrer les gens qui faisaient le cinéma qu’on aimait et essayer d’en parler ici, de communiquer notre enthousiasme et notre intérêt.

En tant que journalistes ?

LC : Oui, on écrivait pour plein de canards : Ecrans, Mad, Impact, Cinéphage, Première… Personne d’autre n’en parlait, alors qu’on connaissait John Woo, Tsui Hark et Wong Kar-wai depuis la fin des années 80.
JC : Tu sais, en 91 John Woo est venu à Paris avec Chown Yun-fat, Leslie Cheung et Cherie Chung pour tourner Once A Thief [« Les Associés » en VF, ndlr], et y avait personne ! On était les seuls à aller sur le tournage. Ils filmaient la scène du début avec Leslie, sur le Pont des Arts, et il n’y avait aucun journaliste français qui venait voir ça. Ils ne les connaissaient pas, et ça ne les intéressait pas. Et à l’époque de Days of Being Wild, Julien a été à la première à Hong-Kong, puis quand le film est sorti en cassette là-bas, on l’a montré à des distributeurs français, ça ne les intéressait pas. On nous disait « Wong Kar-wai… c’est de la merde ! »
Même des gens qui plus tard se sont battus pour acheter ces films, à l’époque ils te disaient « mais on dirait un peu un sous-Antonioni ». On a entendu des distributeurs dire à propos de The Lovers, le film de Tsui, « bah nous on n’achète pas de l’opérette hein. » Après évidemment tous ces gens-là on complètement changé d’attitude, et ils se présentent parfois comme des grands défenseurs du cinéma asiatique.

Et c’est l’écriture journalistique qui vous a menés à l’écriture scénaristique ?

LC : On avait des envies d’écriture et de réalisation depuis longtemps. J’avais fait des études de ciné dans ce but-là, mais on tournait un peu autour du pot, alors on a commencé à écrire ensemble, un premier scénario. On a tenté de le montrer un peu en France, mais on nous disait «c’est un film de genre, ça se fait aux Etats-Unis ou à Hong-Kong, mais pasici ». A cette époque-là, en 94, y a quasiment que Besson qui avait fait du film de genre… Enfin, Christophe Gans avait fait Crying Freeman, mais il était en anglais et tourné au Canada, donc c’était pas vraiment la démonstration de l’ouverture sur le cinéma de genre français.

Ca fait a au moins montré la voie à suivre : pour faire un truc cool, il faut changer de pays.

LC : C’est ça : on est allés à Hong-Kong, à l’occasion d’une rencontre avec Tsui, et on a lui a remis 2 histoires qu’on avait écrites, pour qu’il nous dise si à son avis c’était quelque chose qu’on pourrait vendre là-bas. On est rentrés en France, et il nous a rappelé 2 semaines plus tard pour nous dire qu’il avait lu les histoires et qu’il y en avait une qui lui plaisait. Il nous a demandé si on voulait venir à Hong-Kong pour l’écrire pour lui… on a dit oui !

Tu dois vraiment sentir que t’es à un tournant de ta vie quand Tsui Hark t’annonce qu’il veut bosser avec toi, non ?

JC : Ouais, d’autant que c’était une période où nos multiples voyages par passion nous avaient mis dans des situations financières terrifiantes… Moi j’étais interdit bancaire et Laurent était carrément poursuivi par les huissiers. Quand Tsui prend une décision, il la prend vite et faut que ça aille vite, alors on avait 15 jours pour être à Hong-Kong. Donc on a tout laissé derrière nous, on a fait nos valises et on est parti. On a fait ce script en 3 mois, puis il nous a demandé de faire un autre truc, alors on a prolongé de 6 mois, puis encore de 6 mois, puis on a décidé de rester. 15 ans.

Et on connaît la suite : le prix avec Johnnie To pour Running out of Time et les collaborations avec Wong Kar-wai, mais ce qui interpelle un peu plus dans votre filmo c’est de voir que vous avez aussi bossé sur de l’animation japonaise, avec Lupin III et Golgo XIII…

LC : Ouais, mais c’était pour Tsui aussi.
JC : C’était à l’époque où il préparait ses Van Damme, il essayait de présenter des projets un peu tous azimuts à l’étranger… Il avait déjà été en coproduction avec la Toho [une grosse boîte de prod jap, ndlr] pour Wicked City, donc il était en bon rapports avec eux.

Celui de Yoshiaki Kawajiri ?

JC : C’est ça, mais la version que Tsui a fait en film, c’est un bis absolument hallucinant, avec Tatsuya Nakadai déguisé en cochon sur un avion en carton, c’est démentiel, mais c’est… bizarre. Ce truc-là avait été produit par la Toho, et comme il était toujours en relation avec eux, et il voulait présenter plusieurs projets, dont Lupin faisait partie. La Toho voulait aussi adapter Golgo, donc on a commencé à travailler là-dessus avec Tsui, on a fait un script complet, mais sa vision était très différente de celle de la bande dessinée, et c’est pour ça que la Toho a refusé de le produire… Quand on a commencé à travailler sur Golgo, on s’est retapé tous les épisodes, et on a tout relu, mais en fait la vérité c’est que Tsui n’aime pas beaucoup Golgo. C’est un tueur macho, très silencieux, qui de temps en temps cogne une baigne à une fille et après va remplir des contrats… il comprenait pas le truc de l’exutoire pour les mecs qui travaillent au bureau et qui ont besoin de se détendre un peu en lisant ça. Ca lui plaisait pas, donc il voulait faire un Golgo plus féministe …

Mais c’était plus Golgo, dans ce cas.

JC : Ouais, c’était plus Golgo. C’était rigolo, vachement bien, mais c’était plus le même personnage. Ensuite on a présenté un Godzilla, au moment où ils ont relancé la franchise, parce que c’était le rêve de Tsui de faire un Godzilla ; mais finalement c’est Kitamura qui l’a eu.
LC : A l’époque Tsui était aussi en contact avec la Warner, et comme ils savaient pas trop quoi faire de Batman vu la direction que ça prenait, ils étaient ouverts pour un Robin ou un Nightwing… Mais Tsui s’en fout de Robin, lui il voulait faire un Batgirl, donc on a écrit un Batgirl, mais les Américains nous ont dit « ouais c’est cool, mais nous ce qu’on veut c’est Robin… »

Donc au final des tonnes de projets qui n’ont pas abouti…

JC : Oui, mais c’est ça d’être scénariste de développement, et de toute façon quand tu travailles pour Tsui il développe toujours une dizaine de projets en même temps… Il se trouve que finalement sur tout le travail qu’on a fait avec lui, le seul truc sur lequel on a notre nom c’est Black Mask II, alors qu’on n’a pas fait le script, juste une première version qui n’a absolument rien à voir avec le film fini… Si on est au générique c’est juste parce qu’on a été lui filer un coup de main en Thaïlande pendant le tournage
LC : En réalité c’était Ringo Lam qui devait réaliser, et Tsui devait seulement produire. C’est quand Tsui a mis des catcheurs dans le film et a commencé à changer des trucs que Ringo d’un seul coup a dit « aaah euh je crois que j’ai piscine ou un truc comme ça, enfin je vais pas être libre pour les 6 prochains mois, salut les gars ! » et il est parti. Ensuite Sony Pictures, qui avait mis de l’argent dessus, a exigé d’avoir des scénaristes américains, et on s’est retrouvés éjectés. Ca nous a énervés, mais c’est la règle du jeu… Donc c’est eux qui ont fait le scénario actuel, et juste au moment où Tsui a commencé le tournage il a dit « de toute façon j’aime pas le scénario des Américains, venez, on va le réécrire », mais c’était trop tard. Le scénar était pas très bon, mais c’était pas forcément la faute de ces gars-là. Tsui leur avait donné des directions qui étaient difficilement gérables, barjos, et en plus il changeait tout au fur et à mesure qu’il tournait, c’était du n’importe quoi total. Mais c’était rigolo, parce que tu vois pas ça tous les jours des éléphants qui écrasent des voitures et Traci Lords…
JC : Il [moi, ndlr] connaît pas Traci Lords, il était pas né quand Traci Lords travaillait…
LC : Il a entendu parler quand même, il s’est documenté, c’est un professionnel !

Mais justement, après avoir passé 15 ans à bosser uniquement comme scénaristes, qu’est-ce qui vous a poussé à passer le cap et à réaliser vous-même Les Nuits Rouges au lieu de simplement vendre le scénario ?

LC : En 2007, on venait de passer 2 ans à perdre notre temps sur un film français. En fait c’est un producteur français, Eric Névé, de la Chauve-Souris, qui nous avait proposé au début, en 2003 ou 2004, d’écrire un film français qui serait tourné à Hong-Kong. Il savait qu’on avait gagné un prix, il avait vu des films de Johnnie To et se disait c’était des films qui coûtaient pas cher… Donc il nous appelé et nous a demandé si ça nous intéressait de faire un polar français qui se passerait à Hong-Kong. On avait envie de réaliser depuis longtemps, et c’était l’occasion, alors on lui a dit « Uniquement si c’est nous qui le réalisons. » S’il y a un film français qui se tourne et qui se fait à HK, c’est nous qui nous en occupons ou personne, ou en tout cas ils le feront avec d’autres. Le projet à commencé à se monter, de l’argent a été réuni, ça devait se faire avec Romain Duris et Marina Foïs… Les choses se sont mises en place là petit à petit, c’est allé assez loin puisque les ¾ du budget ont été levés, les acteurs que je viens de citer avaient donné leur accord, donc c’était pas des rêves, et puis ça s’est cassé la gueule au dernier moment.
JC : Comme beaucoup de projets français
LC : Une des raisons principales, c’était que Névé s’est rendu compte que l’idée théorique de faire un film français à Hong-Kong façon Johnnie To, c’était bien, mais ça voulait dire aller sur place, travailler à la hong-kaise, envoyer de l’argent et le filer à des Chinois qui vont faire tous leurs trucs en Cantonais…
JC : Et en plus il y avait le fait qu’on n’ait pas tourné d’images avant pour les rassurer. C’est aussi la preuve que même si t’as un parcours à Hong-Kong avec des réalisateurs prestigieux, pour ces gens-là en France, ça vaut rien.
LC : On nous disait « Mais Running out of time, qui l’a vu ? » Alors on disait « bah écoutez en France peut-être peu de personnes, mais on a été N°1 au box-office en Chine pop, donc ça fait plus de gens que Bienvenue chez les ch’tis… »

Mais pourtant à ce moment-là John Woo, Tsui Hark et Ringo Lam avaient déjà fait des trucs aux Etats-Unis…

LC : Ouais, c’était en train de venir.
JC : C’était en train de venir, HK était déjà sorti, tout ça, les films étaient disponibles, la situation avait déjà changé, mais pour ces gens-là…
LC : Y avait une grosse différence entre les gens qui fabriquent le cinéma en France et les journalistes ou les techniciens, qui sont des gens plus passionnés. On a rencontré des gros producteurs, tu vois…
JC : A l’époque on avait eu une rencontre surréaliste avec Claude Berri, qui voulait qu’on écrive ce qu’ils veulent tous : un polar avec des cascades fait par des hong-kongais, mais avec des acteurs français dedans. L’idée lui avait sûrement été soufflée par d’autres gens, et quand on lui parlait des gens de Hong-Kong avec lesquels on avait bossé, ça ne lui disait rien, alors que c’était un des plus grands producteurs français, et que tous ces films étaient déjà dispos en France. Donc on s’est dit soit on reste dans le système, on repart 3 ans à relancer un projet en se disant que l’issue sera peut être aussi nébuleuse que la première fois, soit on monte notre propre boîte. Et l’opportunité s’est présentée lorsqu’on a trouvé des investisseurs privés à Hong-Kong, qui étaient prêts à nous suivre pour faire un film. C’est comme ça qu’on a commencé à monter Les Nuits Rouges.
LC : Ensuite on a trouvé un peu d’argent, et on a pu travailler avec Carrie parce que c’est une très bonne amie de notre partenaire dans la société, Kit Wong.

Et Carrie Ng c’est déjà un bon argument pour lever des fonds à Hong-Kong.

LC : Oui, c’est quand même un actrice qui a une forte notoriété, donc ça aide. On en a parlé à Alexis Dantec de French Connection, qu’on connaissait parce qu’à l’époque il faisait partie des gens qui étaient prêts à investir sur le film qui s’était pas fait. Et c’est lui qui nous a proposé de faire une coprod, pour lever de l’argent à Canal + dans la case French Frayeur, à condition que le film ait des personnages français et 50% de dialogues en français. A ce moment-là, on avait juste l’idée d’un thriller fétichiste un peu pervers avec Carrie en tueuse super lookée au milieu, un film avec des très belles femmes… Tous les ingrédients étaient là, mais rien n’était encore écrit, donc on s’est lancé sur l’écriture en sachant qu’on allait essayer de s’amuser un petit peu à jouer sur le traitement du face-à-face Occident/Asien puisque c’était une étape obligatoire pour avoir l’argent. Mais c’était intéressant, puis c’est ça le truc du B aussi, tu joues sous contrainte, il faut faire au mieux avec les cartes qu’on te donne …

Et donc, la présence d’actrices françaises au cast c’est donc purement une contrainte économique ?

JC : Au départ oui, mais vraiment pour nous c’était intéressant, parce qu’après le succès de Tigre et Dragon, on nous a plus souvent demandé de développer ces histoires d’Occidentaux qui arrivent à HK, ou l’inverse. Dans Les Nuits Rouges on a essayé de garder tous les clichés de l’Orient mystérieux qu’on attend de voir, mais de les prendre un peu à rebours, ce qui n’est jamais le cas dans ces films là… On savait que le film serait construit autour de Carrie, et qu’elle aurait des adversaires, et même si on devait inclure une française, on l’a pas vécu comme une contrainte, car comme c’est arrivé bien avant le début de l’écriture, on a pu construire le film autour.

Justement, ce côté série B est une des grandes forces du film, et on a vu plus d’un réal – John Woo ou Tsui Hark, pour ne pas les citer – qui sont moins bons avec plus d’argent. Qu’est-ce qui aurait changé si vous aviez eu plus de budget ?

JC : Je pense que si on avait eu plus d’argent, le projet aurait été pareil au niveau esthétique, mais y aurait eu un petit plus d’action, qu’on aurait pu se payer. Il aurait été mieux s’il y avait eu plus de sous, encore plus beau.
LC : Ca aurait été exactement le même traitement, la même qualité, ça ya pas de raison, mais après on a construit le projet par rapport à l’enveloppe budgétaire qu’on pensait pouvoir avoir, donc si on avait eu un tout petit plus d’argent, on aurait fait bouger les choses un petit peu plus, on aurait mis plus d’action… On avait déjà prévu d’en mettre, mais on n’a pas pu parce que notre actrice française ne pouvait pas la tenir, on s’est rendus compte dès le début du tournage avec elle qu’il allait falloir prendre un angle plus figé, plus posé. On a réalisé qu’elle ne serait pas suffisamment physique, gracieuse et intéressante pour pouvoir le faire face à Carrie, donc c’était pas la peine. Donc si on avait eu un peu plus d’argent ça n’aurait pas forcément changé grand-chose de ce côté-là, et si on avait eu beaucoup plus d’argent on aurait certainement fait un autre film complètement. Peut-être fait un wu xia pian ou un fim avec une poursuite en voiture ou un bon gunfight… C’est des choses qui nous intéressent, mais ça ne sert à rien si on peut pas les faire de façon intéressante.

Vu que vous étiez des fréquents collaborateurs de Tsui Hark, pourquoi ne pas l’avoir impliqué dans le projet ?

JC : Parce que c’est vraiment la dernière chose qu’on voudrait je pense… Comment dire ça ? Pour nous c’est comme un père, quelqu’un qui est très important dans nos vies. Mais c’est aussi quelqu’un qui est très dur et très directif dans le travail, et s’il produit ton film, c’est plus le tien… Si tu veux défendre une idée face à lui et qu’il est pas d’accord, tu sais bien qui va gagner.
LC : Il n’a aucune patience. C’est un grand maître, et c’est le chef. Il veut tout contrôler, comme Wong Kar-wai, et c’est une bonne chose, maintenant qu’on a produit notre film et qu’on a vu comment ça s’est passé aux diverses étapes, on comprend pourquoi ces gens-là sont aussi exigeants et aussi tyranniques: parce que c’est la seule solution pour que le film ressemble quand même à ce que tu veux. Mais si Tsui est sur le plateau, qu’il vient te voir et que t’as le malheur de tourner une scène d’une façon qui lui va pas, il te pousse et il la fait à sa façon. C’est pour ça qu’on a donc a préféré le faire dans notre coin …

En cachette ?

JC : Nan, pas en cachette ! On lui avait dit, puis il nous a soutenus et tout, il était très gentil. Je pense qu’il est assez fier justement qu’on se soit démerdés tout seuls. On connaît des proches collaborateurs de Tsui qui ont voulu passer à la réalisation et qui ont eu beaucoup de problèmes d’entente avec lui, on veut pas que ça nous arrive, parce qu’on l’aime trop, on l’admire trop… Alors même si évidemment il t’amènerait beaucoup de choses, certainement plein de conseils très judicieux, on sait aussi que sa manière d’intervenir fait que tu peux pas être maître chez toi : s’il débarque sur le plateau tout le monde se met au garde-à-vous, c’est une tuerie.

La fin des Nuits Rouges semble dire que tout n’est pas fini… C’est juste une impression ?
Non bien sûr, on l’a construit déjà comme ça, le fait qu’elle s’en aille à la fin ça appelle une suite, et quand on a conçu le personnage, avec son imperméable, c’était vraiment pour en faire une figure de serial à la japonaise, ou un genre de Bob Morane pour les adultes, avec une Miss Ylang-Ylang très sexy…

Justement, Carrie Ng est assez sensuelle dans votre film, sans pour autant qu’elle soit explicitement sexualisée à outrance… Vu qu’elle a fait ses armes dans des films à tendance sexploitation, vous n’avez pas été tenté de la faire se déshabiller ?

JC : En fait on a beaucoup parlé de ça avec elle au début. On savait qu’on voulait écrire un film pour elle, et on avait la volonté de créer une silhouette graphique de fille en manteau, à la Sasori. On voulait faire un personnage immédiatement reconnaissable, avec une arme bien particulière… L’idée c’était de présenter les attributs d’un personne qui reviendra dans d’autres aventures, dès le début on avait prévu ça. On aime beaucoup Carrie, et même si ses catégories III sont très amusants, ça passe plus très bien la rampe à revoir aujourd’hui. Naked Killer, c’est pas génial, c’est pas un grand film.
LC : Puis c’est assez vulgaire.
JC : C’est assez vulgaire, et c’est justement ce qu’on voulait éviter. Carrie a une beauté très sensuelle, plus féminine que la beauté chinoise habituelle. On avait parlé justement de Naked Killer parce que le personnage des Nuits Rouges est assez équivalent. On voulait créer le lien entre les deux, comme un beau Naked Killer, qu’il y ait le côté truc de genre, mais qu’elle soit montrée vraiment très belle, au sommet de sa beauté, alors que dans Naked Killer et dans pas mal de catégorie III elle est traitée de manière vulgaire…
LC : On voulait faire le In the mood for love du catégorie III. Modestement.
JC : Voilà, on voulait que ça soit très joli, qu’elle soit à son avantage, et qu’on retrouve la noblesse, la subtilité, puis le côté cruel et en même temps très sexy de Pei Ti dans Confessions intimes d’une courtisane chinoise, de Chu Yan. Tout ça elle l’a complètement en elle, et jusqu’à ce qu’on fasse ce film, bien qu’elle ait déjà exploré pas mal ce genre de rôles, elle l’avait pas poussé comme ça.

Donc une dernière question sensuelle : le lit de suffocation, qui est très bien, vous en avez fait quoi ? Vous vous le partagez, vous l’avez revendu à un club SM ?

LC : Pourquoi, ça t’intéresse ? Tu veux venir l’essayer ? On l’a démonté, il est dans un entrepôt, mais on l’a gardé parce que c’est une machine qui fait quasiment 1 tonne donc malheureusement on peut pas se promener avec, ni l’installer chez nous. Ca nous a évité de nous disputer pour savoir qui allait le garder en tout cas… Il fallait qu’il fonctionne à tous les niveaux : le baldaquin qui monte et qui descend, c’est un truc vraiment en métal à moteur pour éviter que ça vibre et qu’il y ait vraiment cette impression de poids qui vient s’écraser, et puis le système d’aspiration pour obtenir l’effet de succion et d’emballage sous vide, qui fonctionne vraiment.
JC : Ca c’était long à concevoir, parce que justement comme la surface du lit est très grande, fallait une aspiration très puissante pour arriver à obtenir un bon effet graphique. Fallait surtout que la silhouette reste bien dessinée par l’aspiration. C’est le travail de conception qui a été le plus long pour l’équipe de construction, parce que on a passé quasiment un mois à le préparer. Et on l’a essayé nous-mêmes avant de mettre la petite Japonaise dedans… Pour être sûr que ça soit pas dangereux.
LC : Chacun notre tour, en apnée…
JC : Ca a fait beaucoup rire l’équipe.

Y a des vidéos de ça ?

LC : Oui il y en a, on verra si on les met dans les suppléments du DVD, parce que c’est pas super glamour…
JC : Moi quand je suis dedans, ça fait un peu Casimir, c’est moins joli que quand c’est la Japonaise.

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Bande-annonce (VOST) | Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade

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[interview] Julien Carbon et Laurent Courtiaud pour Les Nuits Rouges du Bourreau de Jade

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