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Nous avons rencontré Léa Fehner, la réalisatrice inspirée du brillant LES OGRES à l’occasion de sa présentation en avant-première à Bordeaux. Elle nous a parlé avec beaucoup de gentillesse et de sincérité de son enfance, source d’inspiration du film, et du tournage avec la véritable troupe de théâtre itinérant flamboyante de ses parents.

 

Parlez-nous de votre envie de réaliser ce film ?

Léa Fehner : J’ai grandi sur les routes dans les années 1990, aux côtés de mes parents qui ont décidé de tenter l’aventure, héritée des forains et du théâtre de Molière. Ils avaient envie de porter le théâtre là où il n’y en n’a pas, ils ont un appétit de jeu et de partage. Pour autant, le film reste une fiction inspirée des hommes et des femmes de mon enfance, qui ont un goût excessif de la vie et qui ont tenté le rêve du collectif. C’est un mélange de la réalité âpre et violente et de burlesque. J’avais envie de traduire le souffle romanesque de ces choix de vie. Je voulais aussi montrer que les choses ne sont pas univoques et ne sont pas d’un seul tenant dans la vie en communauté. C’est un film avec ses paradoxes : d’un côté la fête du groupe, le mouvement, l’agitation et de l’autre le besoin de respiration de chacun à l’extérieur.

 

Pourquoi ce titre Les Ogres ?

L F Je voulais un titre énergique, qui rappelle l’appétit joyeux, tonitruant, fracassant des artistes. Ce sont des gens qui ont un désir profondément vivant, une envie de tout, une envie de croquer la vie de façon vorace ! Ils ont la foi intime de penser que le mélange spectacle-vie se nourrit l’un de l’autre, et que plus le spectacle est fort, plus la vie est intense. Il y a un aspect rabelaisien, monstrueux avec les ogres, une démesure, un certain panache ! Et puis un ogre va jusqu’à manger ses propres enfants. J’avais dans l’idée de réveiller, de mener le film tambour battant, de ne pas policer cette vie. J’espère que ce ne sera pas trop bruyant pour le public.

 

Comment avez-vous choisi les acteurs, dont votre propre famille, et comment s’est passé le tournage ?

L F : Au départ, ce n’était pas prévu de faire jouer ma famille. J’ai travaillé mon scénario et réfléchi à la dramaturgie des sentiments plutôt qu’à celle des événements. Puis j’ai éprouvé le besoin de l’enrichir au contact de la troupe de mes parents : l’Agit. Rechercher une cohérence porteuse de sens entre le scénario et la réalité était important pour moi, c’était une difficulté que j’avais rencontrée sur mon premier film (NDLR: Qu’un seul tienne et les autres suivront) Les artistes se sont mis à improviser, et ils se sont naturellement retrouvés sur le tournage, car la tournée itinérante était transposable dans le film. On a gardé tous leurs prénoms mais on a évité le risque du psychodrame en faisant jouer mes parents ! La troupe a éprouvé une grande joie à faire le film, et la vie sur le tournage était plus forte grâce à cette complicité.

Adèle Haenel, Marc Barbé et Lola Duenas font eux aussi du théâtre. Pas le même genre, mais ils ont en commun une curiosité de l’autre. Ce mélange de provenances a donné lieu à de belles rencontres et a apporté du plaisir au groupe. Ce que j’aime chez Adèle, c’est qu’elle parvient à combiner cette puissance et cette légèreté, ce côté solaire et ce côté insolent. Très engagée et soucieuse de penser juste et fort, elle n’éprouve aucune envie d’occuper la place centrale d’un film. Mais elle choisit ses rôles pour faire partie d’une aventure.

photo du film LES OGRES

Pyramide Distribution

Comment avez-vous travaillé avec vos deux co-scénaristes ?

L F : J’ai d’abord travaillé avec Catherine Paillé, que j’appelle ma “Dame fiction” : on était en ping-pong permanent entre la matière de mon enfance et son envie de s’amuser. C’était un défi continuel de travailler sur les caractères des personnages, leur malheur, leur mauvaise foi. Je me suis posée la question dans l’écriture du scénario si je devais intégrer les soucis d’argent et de précarité du métier mais comme ils sont omniprésents, j’ai préféré insister sur le côté de la vie intense de ces Princes de la Nuit, qui sont de toute façon en galère le lendemain.  Puis j’ai montré le travail à la troupe, ce qui m’a permis d’intégrer leurs improvisations. Brigitte Sy est arrivée à la fin, elle avait à cœur de parler de la part d’enfance des personnages tout en prenant garde de ne pas les faire basculer dans l’immaturité. 

 

Pouvez-vous nous parler du couple de Mona (Adèle Haenel) et Déloyal (Marc Barbé) ?

L F : Déloyal a une blessure douloureuse, et il utilise la provocation comme un appel au secours. Il y a un mélange étrange en lui, de pudeur, d’excès, d’exhibitionnisme et de transgression. Il n’ose pas envisager l’avenir. Au contraire, le personnage de Mona donne mais il lui faut beaucoup de force pour être avec un homme qui charrie autant de blessures. Elle est dans la jeunesse et dans la vie, elle n’en a rien à faire du deuil. Elle tire Déloyal vers la vie, par un mélange d’immaturité et de sagesse. 

 

Vous avez trouvé votre propre voie dans le cinéma ?

L F : On a parfois besoin de se détacher de ce qui nous a fait pour pouvoir y revenir ensuite. Enfant, j’étais très impressionnée par ces grandes gueules de la troupe de mes parents, très épris de liberté et très orgueilleux. J’ai été comme les enfants dans le film. Je crois qu’il faut trouver son propre chemin, sa propre tribu. J’avais ainsi une très belle troupe de techniciens sur Les Ogres, avec beaucoup de bienveillance sur le tournage.

 

Vous avez co-écrit un court-métrage avec Deniz Gamze Ergüven lorsque vous étiez à la Fémis, quel regard portez-vous sur son parcours avec Mustang ?

L F : On ne s’est pas vues depuis plusieurs mois parce qu’elle a beaucoup été à Los Angeles. je trouve qu’elle a réalisé un très beau film sur l’insolence, qui lui ressemble.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

INFORMATIONS

affiche Les ogres


Titre original : Les Ogres
Réalisation : Lea Fehner
Scénario : Lea Fehner, Catherine Paillé, Brigitte Sy
Acteurs principaux : Adèle Haenel, Marc Barbé, François Fehner
Pays d’origine : France
Sortie : 16 mars 2016
Durée : 2h24min
Distributeur : Pyramide Distribution
Synopsis : Ils vont de ville en ville, un chapiteau sur le dos, leur spectacle en bandoulière.Dans nos vies ils apportent le rêve et le désordre.Ce sont des ogres, des géants, ils en ont mangé du théâtre et des kilomètres.Mais l’arrivée imminente d’un bébé et le retour d’une ancienne amante vont raviver des blessures que l’on croyait oubliées.Alors que la fête commence !

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