A l’occasion de la présentation de VENDEUR  (notre critique, ICI) à Bordeaux, nous avons eu le plaisir de rencontrer le réalisateur Sylvain Desclous, accompagné de Pio Marmaï, qui incarne Gérald. Ils ont évoqué avec emphase et fierté le film et leur façon de travailler.

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Quel est le point de départ de votre film? 

– Sylvain Desclous : Je voulais dresser le portrait d’un homme très professionnel, admiré de tous, mais qui était paradoxalement une figure solitaire absolue. Ce qui m’intéressait, c’était montrer l’envers du décor de la réussite, les sacrifices. On connaît tous un Serge dans notre entourage! 

Pourquoi avoir choisi de faire évoluer vos personnages dans ce milieu des vendeurs de cuisine? 

– S. D J’avais vu un documentaire sur ces vendeurs de cuisine, le lieu de vie des clients. Les vendeurs sont comme les acteurs, il y a les meilleurs comme les pas très bons. Un vendeur joue, il endosse le costume le temps de la vente. Sans être péjoratif, il éprouve parfois même plus de plaisir à jouer qu’à réaliser la vente! Il doit savoir écouter, accompagner le client et son désir. Il ne passe pas en force. 

Pouvez-vous nous parlez du personnage de Gérald ? 

– S. D : Le personnage de Gérald est universel, il permet de se projeter dans la question “qu’est-ce que je fais de ma vie?”. La frontière est ténue: quand je commence à avoir de la reconnaissance dans un job que ne plait pas plus que ça, comment est-ce que je fais pour revenir à la passion? 

– Pio. Marmaï : C’est un mec de ma génération, qui à 30-35 ans s’effondre et par défaut est obligé de se tourner vers un plan de secours, la vente. C’est ce qui m’avait frappé à la lecture du scénario, c’est ce dépit avec lequel on exerce un métier même si on n’est pas passionné. Et puis on le voit qui commence à y prendre du plaisir, il est grisé. Du coup, il n’est pas assez méfiant, ce qui le rend touchant, humain. J’y ai vu un parallèle avec mon métier de comédien, il faut être vigilant et conserver la passion! 

C’était un choix de faire de Gérald un restaurateur quand son père Serge est cuisiniste ? 

– S. D : Même si j’adore la bouffe, je m’en suis rendu compte assez tardivement! Bien sûr, ce n’est pas anodin d’avoir le père commerçant et le fils artiste. C’est sa manière de dire “je ne veux pas être comme toi, mais je ne suis pas loin de toi!”. Mais ces deux là ont du mal à se parler, comme Serge avec son propre père. C’est à l’ancienne, avec des cercles-vicieux de non-dits. Mais j’aime à croire que si le film avait continué un peu, leurs liens se seraient resserrés. 

Parlez-nous de l’ambiance dans laquelle vous faites évoluer Serge ? 

– S. D : Sans faire un documentaire sur les cuisines, je voulais évoquer cette sorte de poésie des “non lieux” que l’anthropologue Marc Augé a décrits, ces zones commerciales qui se ressemblent toutes. Je me suis aussi fait plaisir avec une lumière particulière et avec la bande-son!

Comment avez-vous travaillé avec vos co-scénaristes ? 

– S. DIls m’ont accompagné à des moments clés, quand j’éprouvais une certaine fatigue, m’aidant à mettre en mouvement. C’est Olivier Lorelle qui m’a encouragé à me recentrer sur le rapport père-fils, et Agnès Feuvre qui a eu l’idée du problème de santé de Serge. 

Vos acteurs disent que vous parvenez à créer la confiance sur le plateau, quel est votre secret?  

– S. D: J’essaye d’être sur le plateau comme je suis dans la vie, d’être à l’écoute et ouvert, d’accueillir les propositions des acteurs. 

– P. M : Il nous donne de l’amour! C’est un très bon metteur en scène, qui permet la rencontre et a une façon de travailler en douceur, j’ai besoin de cette douceur. Il est patient, nous accompagne, nous laisse respirer. On construit avec lui, mais en prenant le temps. C’est important pour moi de pouvoir surprendre, de bousculer les attentes du metteur en scène! Sylvain a une vraie dimension de mise en scène, poétique, un vrai regard de cinéaste. 

De quelle manière réagirez-vous à la critique si d’aventure elle n’est pas aussi bonne que vous l’espérez?  

– S. D: Je respecte la critique si elle est argumentée, étayée. Elle peut apporter un autre regard, être constructive, nous donner envie de défendre le film, et de rentrer avec plaisir dans un débat. Je pense souvent aux réflexions du livre de Bergman “Laterna Magica” et sur le temps de la critique ramené au temps de la création Je suis fier de mon film!

– P. M : Il faut que le travail du metteur en scène et de fabrication du film soit un minimum respecté. C’est délirant de classer un film comme un produit de consommation! 

Pio, faites-vous le choix d’aller désormais vers des rôles plus dramatiques ?  

– P. MJe fais des aller-retours entre les drames et les comédies, j’évite les comédies racoleuses. Mais j’ai la chance de pouvoir choisir d’aller vers des metteurs en scène et des films qui me font du bien et d’éviter la facilité de la répétition dans un type de rôles. De toute façon, je déteste me voir à l’écran! 

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

INFORMATIONS

Affiche du film VENDEUR

 

Titre original : Vendeur
Réalisation : Sylvain Desclous
Scénario : Sylvain Desclous avec la collaboration de Olivier Lorelle, Salvatore Lista et Agnès Feuvre
Acteurs principaux : Gilbert Melki, Pio Marmai, Pascal Elso, Sara Giraudeau, …
Pays d’origine : France
Sortie :  4 mai 2016
Durée : 1h29
• Genre : Comédie dramatique
Distributeur : Bac Films
Synopsis :
Serge est l’un des meilleurs vendeurs de France. Depuis 30 ans, il écume les zones commerciales et les grands magasins, garantissant à ses employeurs un retour sur investissement immédiat et spectaculaire. Il a tout sacrifié à sa carrière. Ses amis, ses femmes et son fils, Gérald, qu’il ne voit jamais. Et sa santé. Quand Gérald vient lui demander un travail pour financer les travaux de son futur restaurant, Serge hésite puis accepte finalement de le faire embaucher comme vendeur. Contre toute attente, Gérald se découvre un don.