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Nous avons rencontré l’équipe du film LES COWBOYS à l’occasion de la présentation du film en avant-première à Bordeaux. Étaient présents les deux interprètes principaux François Damiens (Alain) et Finnegan Oldfield (Kid), ainsi que le réalisateur de ce très beau film réaliste et poignant, Thomas Bidegainégalement co-scénariste de deux films sortis récemment : Dheepan de Jacques Audiard et Ni le Ciel ni la Terre de Clément Cogitore.

Les échanges ont été passionnants, non seulement parce que nos trois Cowboys revendiquent leur totale implication sur ce projet, mais aussi parce que l’évidente complicité tissée entre les trois nous a permis d’avoir un autre regard sur le film.

 

Pouvez-vous nous expliquer la naissance du projet ?

– Thomas Bidegain : Je regardais les films de cowboys et d’indiens avec mon grand frère, et je portais cette idée d’utiliser une communauté pour parler d’une autre. Bien sûr, La prisonnière du désert ou Rio Bravo m’ont inspiré. Il y avait à l’époque des années 90 l’affaire du gang de Roubaix, et j’ai eu envie de raconter notre première guerre mondiale à nous, celle rythmée par les attentats de Londres, Djakharta, Madrid, comme dit celui que j’appelle “l’Homme du train” – le type du Ministère- : “on ne savait pas au début”. Bien sûr, les musulmans que j’évoque dans le film sont la métaphore des indiens de ma jeunesse.
Ce qui m’intéressait, c’était de raconter une transition. Kelly part et l’équilibre du monde en est bouleversé. Et il faudra plusieurs générations pour retrouver cet équilibre.

 

Vous ne donnez jamais de date précise dans votre récit, pour quelles raisons ?

– Thomas Bidegain : On voit au tout début l’année 1994. J’ai voulu raconter mon histoire comme une légende avec un début, raconté par l’indien, l’ami de Kid. Mais après, je n’ai volontairement pas mis de chapitrage, et on se repère dans le temps au gré des informations et des attentats, un peu comme si Kelly nous envoyait des cartes postales du fracas du monde. J’aime mettre le spectateur dans cette position, dans laquelle je lui demande de participer, de s’impliquer dans l’histoire, d’être atteint lui même par ce passage de temps, sinon ce serait trop facile ! Le cinéma, c’est une machine à passer le temps, j’aime les paliers qui nous amènent peu à peu dans le film. Ma proposition du film est en trois actes, avec un début et une fin, mais au milieu, on ne sait pas où on va.

 

Vous qui avez l’habitude de co-scénariser, quel est le déclic qui vous a fait passer à la réalisation ? Est-ce parce que vous n’avez pas trouvé de réalisateur susceptible de porter votre scénario ?

– Thomas Bidegain : Tous les bons réalisateurs étaient pris ! (rires) En fait, j’avais envie de réaliser ce film, de travailler avec les comédiens, de les voir s’impliquer dans un processus d’incarnation, ce qui n’est pas du tout le cas quand on est scénariste ou dialoguiste. C’est beaucoup de travail aussi, mais j’ai eu pour la première fois une vision d’ensemble avec ce film.

Les Cowboys montage 3

Pouvez-vous nous parler de vos personnages ?

– Thomas Bidegain : Nicole, la mère, connaît mieux sa fille que Alain, elle est du côté de la vie, elle doit s’occuper de son autre enfant, Kid. Alain, lui, est narcissique, il va tout perdre dans cette histoire, même sa famille. Parallèlement, Kid, son fils va s’ouvrir au monde et trouver une famille. Je ne savais pas trop sous quel spectre l’aborder : un ado taiseux ? Un ado qui éclot ? Un jeune homme qui devient père, et ça, c’était le challenge d’y croire, mais grâce à son jeu, Finnegan a très bien su faire évoluer le personnage.
Le jeune est une vraie figure dans les westerns : dans sa quête, Kid va réconcilier les deux communautés et devenir un vrai cowboy.

– Finnegan Oldfield: C’est vrai que ce passage à l’âge adulte qui lui-même a un enfant me faisait un peu peur. Parler anglais n’a pas été facile non plus : John C Reilly s’est bien fichu de mon accent d’ailleurs !

 

Comment travaillez-vous avec les acteurs ?

– Thomas Bidegain : Je fais confiance aux acteurs. Je suis persuadé qu’il faut se connaître pour bien travailler ensemble, c’est même primordial parce qu’on passe beaucoup de temps ensemble sur un tournage. On est partis en vacances ensemble avec François pour voir comment on allait fonctionner ensemble.
Je crois même que c’est relativement intime de tourner. Avec François, on a beaucoup échangé sur nos pères et avec Finnegan, comme j’ai un fils de 19 ans, sur les fils.

– François Damiens : Il n’y a aucun côté dictateur chez Thomas, on parle beaucoup, il a le verbe facile.

– Finnegan Oldfield : Moi, personne ne m’a invité en vacances !

 

Dans quels pays avez-vous tourné ?

– Thomas Bidegain: J’ai 3 niveaux en creux dans mon film : la famille, Kelly et les endroits où l’on vit et dans lesquels on évolue. D’habitude, pour représenter le Pakistan, on tourne plutôt au Maroc. Mais moi je voulais une lumière qu’on voit rarement au cinéma, un exotisme qu’on n’a pas l’habitude de voir : on a tourné au Rajasthan, avec de longues scènes à cheval.

“J’aime demander au spectateur de participer et de s’impliquer dans mon histoire, d’être atteint lui-même par le passage du temps”

 

C’est Raphaël qui a composé votre musique ?

– Thomas Bidegain : C’est un ami d’enfance de ma femme, on a beaucoup parlé et travaillé ensemble. La bande originale va sortir bientôt. Quant à la chanson américaine qu’interprète François, elle raconte vraiment le film.

 

François Damiens, choisissez-vous désormais des rôles plus dramatiques ?

– François Damiens : Non je n’ai pas vraiment la volonté d’aller vers des rôles plus dramatiques, je dépends du désir des réalisateurs ! Pour moi, ce qui est important, ce n’est pas forcément le scénario, c’est d’avoir confiance dans le réalisateur, ce qui n’est pas si fréquent. Ce que je voudrais, c’est faire une bonne comédie comme, pourquoi pas, la Famille Bélier  (NB: Thomas Bidegain a participé à l’adaptation de La famille Bélier, dans laquelle a tourné François Damiens)

 

Votre actualité est chargée, pouvez-vous nous en parler ?

– Thomas Bidegain : Avec la sortie de Dheepan, les cérémonies du Festival de Cannes dont j’ai écrit les deux discours de Lambert Wilson, Ni le Ciel ni la Terre et maintenant LES COWBOYS, oui, c’est une année bien remplie! Je suis en cours d’écriture d’un scénario avec Jacques Audiard.

– Finnegan Oldfield : le film de Eva Husson Bang Gang sort en effet en janvier.

 

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