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À lire également, notre critique du film LES INNOCENTES.

À l’occasion de la présentation de LES INNOCENTES à Bordeaux, nous avons eu le plaisir de rencontrer la réalisatrice Anne Fontaine, juste avant son départ pour le Festival de Sundance, qui a sélectionné le film dans la catégorie Première sous le titre AGNUS DEI. Était également présente l’interprète principale du film Lou De Laâge. Elle nous ont parlé avec émotion et passion du rôle de Mathilde, de leurs ressentis face à la spiritualité des sœurs et à la capacité de travail des actrices polonaises.

Lou De Laâge (LES INNOCENTES)

© Sylvie-Noëlle, Le Blog Du Cinéma

 

Quelle est l’origine du film et du sujet ?

– Anne Fontaine : les Frères Altmeyer, producteurs du film, m’ont proposé un traitement écrit par les deux jeunes scénaristes Sabrina B.Karine et Alice Vial, qui avaient rencontré Philippe Maynial, le neveu de Madeleine Pauliac. J’ai ensuite lu son journal de bord décrivant les faits survenus en Pologne, et j’ai décidé de faire mes propres recherches historiques et j’ai retrouvé la trace des sœurs du couvent. J’ai ensuite retravaillé le scénario avec Pascal Bonitzer, avec une interprétation plus romanesque.
J’ai été saisie, happée par le sujet, riche d’un point de vue de la condition humaine. Il touche aux femmes, à la guerre, au viol qui est une arme de guerre. Le thème évoque la spiritualité, la foi. Il interpelle les deux mondes : le religieux et le laïc. Il y a chez ces sœurs, qui sont aussi des femmes, une volonté incroyablement puissante de se sortir de cette situation, une solidarité entre elles, presque solaire, pour trouver l’espérance.
LES INNOCENTES aborde aussi le thème de la transgression, qui fait prendre des décisions qui amènent les personnages vers la lumière : la jeune médecin avec sa hiérarchie, la Maîtresse des Novices et la Mère Supérieure. C’est une histoire éprouvante, qui pose beaucoup de questions. 

 

C’est la deuxième fois que vous réalisez une reconstitution historique.

– A.F : Je n’avais en effet jamais traité de fait historique avant Coco avant Chanel. Nous avons trouvé un vieux couvent abandonné en Pologne, et avons reconstruit une partie des décors pour être en immersion totale. J’ai également tenu à ce que Vincent Macaigne porte un corset pour se tenir droit, parce que c’était la tenue de l’époque.

 

Pouvez-vous nous parler de ce qui vous touche chez ces sœurs ?

– A.F : J’ai moi-même effectué deux retraites chez les Bénédictines. J’aime cette vie en communauté, ce rapport à la ferveur, au doute. Je le dis d’ailleurs dans le film : “la foi, c’est 24 heures de doute et 1 minute d’espérance !”. Je suis très touchée par la fragilité, le rapport au corps, qui ne s’exprime pas dans la religion. J’ai aussi discuté avec de nombreuses sœurs, et le renoncement à la maternité est très douloureux pour elles. J’ai essayé de garder une part de mystère sur les visages voilés, de ne pas fermer les êtres dans des explications. On a beaucoup travaillé sur l’éclairage, la lumière, avec Caroline Champetier, que je connais bien. Je voulais garder cet état de suspension, capter quelque chose de l’ordre de l’indicible.
Mais je me suis autorisée à aller à la fin du film vers cette allégorie de vie, un peu plus enchantée que cette histoire éprouvante. J’ai ainsi voulu montrer les bébés dans la pouponnière, scène véridique telle que je l’avais moi-même vécue lorsque j’étais au Vietnam. 

 

Vous avez déjà présenté le film, au Vatican je crois ?

– A.F :Oui je l’ai présenté il y a quelques jours, devant une Communauté de cent religieuses. Elles étaient bouleversées, m’ont dit que l’attitude de la Mère Supérieure n’aurait pas dû être aussi erronée et que le film était thérapeutique ! 

 

“J’aime cette vie en communauté, ce rapport à la ferveur, au doute.”

 

Pouvez-vous nous parler du personnage de Mathilde Beaulieu et du choix de Lou De Laâge pour l’interpréter ?

– A.F : La vraie Madeleine n’était pas communiste, j’ai rajouté cela pour Mathilde. Je ne suis pas certaine que Mathilde soit athée. Elle est confrontée à une situation sanitaire d’une part et à l’obscurantisme d’autre part, mais elle ne cède ni au compassionnel, ni à la panique. Elle est dans l’action. Elle est touchée par la nonne qui prie dans la neige après son refus de l’aider, et c’est sa première transgression. Peu à peu, elle va protéger leur secret, avec délicatesse leur donner du réconfort. Et elle recevra également leur soutien lorsqu’elle-même subira un quasi-viol.
J’ai fait beaucoup d’essais avec des actrices, mais j’ai choisi Lou parce qu’elle a cette grâce, cette ciné-génie, cette fraîcheur, cet angélisme d’une certaine façon. Elle a une lumière très forte en elle, elle peut exprimer en un regard une émotion de Mathilde. Son personnage a son propre mystère et ne l’exprime pas par des mots, mais va évoluer tout au long de l’histoire, faire son propre apprentissage.

– Lou De Laâge : Puisque Mathilde est médecin, il était important pour moi d’observer et de connaître la technique, j’ai donc travaillé avec une sage-femme, appris à toucher des ventres. C’est un très beau rôle. Mathilde est une femme moderne pour son époque, elle est rigoureuse par son métier, pas si froide, mais sérieuse. Et puis peu à peu, elle s’ouvre. Elle a foi dans la vie. J’ai essayé de réfléchir à la façon dont Mathilde va grandir et je me suis posée la question, non pas de la spiritualité, mais de ce qui moi, dans cette histoire, me touchait.

 

De quelle façon Anne Fontaine dirige-t-elle ?

– L.D.L : Anne Fontaine sait exactement là où elle veut aller. Elle est très constante, très stable, parle peu. Elle donne des informations très précises et très concises : “ sois sérieuse, sois droite, sois pragmatique“.

 

Pouvez-vous nous parler de l’histoire que vit Mathilde avec Samuel ?

– A.F : J’ai fait de Samuel un médecin juif qui a perdu toutes sa famille dans les camps de concentration. Le faire intervenir est une façon oblique de parler du drame humain. Vincent Macaigne apporte au personnage une légèreté, un cynisme qui cache une affectivité. L’amour entre lui et Mathilde n’est pas conventionnel, c’est une relation moderne atypique, telle qu’on peut en croiser en temps de guerre.

Photo du film LES INNOCENTES

© Mars Distribution

 

Quelles étaient les conditions de tournage en Pologne et de quelle manière les actrices polonaises travaillent-elles ?

– A.F : L’immersion était difficile dans ce lieu et avec les trente actrices et l’équipe polonaises, mais cela a renforcé nos liens. Travailler avec les deux Agata (Buzek et Kulesza), c’est comme rouler en Ferrari. Ce sont de grandes actrices, qui ont une une grande implication dans le sujet et l’ont traité avec beaucoup de finesse. 

– L.D.L : Nous avons tourné à Orneta à trois heures de Varsovie, pendant deux mois, six jours sur sept, avec des journées de travail de douze heures. Nous avons répété pendant dix jours avant le tournage, cela nous a permis de nous rencontrer, de rêver cette histoire. Il n’y avait pas de maquillage, et je me suis servie de la fatigue pour incarner Mathilde, elle était bénéfique à son cheminement.
Les actrices polonaises sont des monstres de travail ! Elles dissèquent le scénario pour le maîtriser totalement, et pas seulement la trajectoire de leurs personnages, mais de toutes ! Ce n’était pas vraiment un problème de ne pas parler la même langue, je crois que cela a même aidé à rendre les rapports plus vrais.

 

Que ressentez-vous en allant au Festival de Sundance, qui a donné comme titre au film AGNUS DEI ?

– A.F : En fait, Agnus Dei est le titre original du film, puis je l’ai changé. Mais Les Innocentes en anglais, ça ne donnait pas bien. C’est très chouette d’aller aux États-Unis après la Pologne, d’autant que c’est la première fois que le festival sélectionne un film qui est sous-titré en anglais.

 

Quels sont vos projets ?

– L.D.L : Je vais jouer au théâtre, les Contes de Michel Ocelot, avec la compagnie Mars que j’ai montée avec des amis. Je n’ai pas de projet cinéma, j’ai le luxe de pouvoir choisir et de savoir pour quelles raisons je fais le prochain film. 

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

INFORMATIONS

Affiche du film LES INNOCENTES


+ Critique
+ Interview de Lou De Laâge et Anne Fontaine

Titre original : Les innocentes (Agnus Dei)
Réalisation : Anne Fontaine
Scénario : Sabrina B.Karine et Alice Vial, adaptation et dialogues de Anne Fontaine et Pascal Bonitzer, d’après une idée originale de Philippe Maynial
Acteurs principaux : Lou De Laâge, Agata Buzek, Agata Kuleska, Vincent Macaigne
Pays d’origine : France, Pologne
Sortie : 10 février 2016
Durée : 1h55min
Distributeur : Mars Distribution
Synopsis : Pologne, décembre 1945.
Mathilde Beaulieu, une jeune interne de la Croix-Rouge chargée de soigner les rescapés français avant leur rapatriement, est appelée au secours par une religieuse polonaise.
D’abord réticente, Mathilde accepte de la suivre dans son couvent où trente Bénédictines vivent coupées du monde. Elle découvre que plusieurs d’entre elles, tombées enceintes dans des circonstances dramatiques, sont sur le point d’accoucher…

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