À lire également, notre critique du film CE SENTIMENT DE L’ÉTÉ.

À l’occasion de la présentation de CE SENTIMENT DE L’ÉTÉ au Festival International du Film Indépendant de Bordeaux en octobre dernier, nous avons rencontré le réalisateur Mikhaël Hers, peu avant qu’il obtienne le Grand Prix du Jury Compétition Longs Métrages et la Mention spéciale du Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma. Il nous avait parlé avec sincérité et humilité de ses intentions dans le film.

Photo du film CE SENTIMENT DE L'ÉTÉ

© Pyramide Distribution

 

 Pourquoi cet intérêt pour le travail sur le deuil ?

Mikhaël Hers : Je ne voulais pas faire un film sur la sidération liée au deuil, mais je voulais traiter du thème de la disparition, de l’absence. On approche le cœur des choses par la périphérie avec le temps qui passe. J’essaye de faire quelque chose qui me ressemble, indispensable mais sans ostentation. C’est ma manière de creuser un sillon, une forme de continuité. Ce sont sans doute mes obsessions : le deuil, le temps qui passe, l’envie de filmer des lieux, la musique. Je voulais faire un film lumineux malgré tout, et c’est le paradoxe de l’été, on ressent encore plus l’absence.

 

Avez-vous lu les travaux sur le deuil des psychiatres Elisabeth Kübler-Ross ou Christophe Fauré ?

M.H : Non, je n’ai pas travaillé sur la question du deuil. Je ne me suis pas documenté, j’ai essayé de ne pas trop théoriser les choses. J’ai préféré abordé le deuil comme une posture, de façon intuitive. Mais je vais peut-être lire ces ouvrages à présent.

 

Qu’est-ce qui vous intéresse autant en filmant des villes (Berlin, Paris, New-York) ?

M.H : Ce qui me touche, ce sont les personnages urbains, la proximité des parcs boisés. Je cherche toujours ce même genre de lieux dans les villes que j’ai aimées. Ce qui donne une forme d’unité au film, avec le parc comme fil rouge. On a tourné dans ces trois villes, dans cet ordre, et on avait à chaque fois l’impression de changer de film et d’en recommencer un nouveau.

 

Pour quelles raisons avez-vous tourné le film en 16 mm et en partie en anglais ?

M.H : Tourner en 16 mm sert la matière, ça la rend plus granuleuse, plus vivante. Quant à la langue, ce n’est pas tant la culture qui m’importe, mais les personnages au sein des pays. J’aime filmer les gens tels qu’ils sont.

 

Parlez-nous de Anders Danielsen Lie et des autres acteurs avec lesquels vous avez l’habitude de tourner.

M.H Anders est un acteur qui aime regarder. Il a un coté un peu opaque, anguleux, qui contraste. Quant à Dounia Sichov et Thibault Vinçon, j’aime voir vieillir les acteurs, et poursuivre l’aventure et le travail de film en film avec eux. Mais j’ai aussi besoin de nouvelles rencontres. Ces deux dimensions sont importantes pour moi.

 

Avez-vous été tenté de faire de ces deux solitudes un couple ?

M.H : Jamais, même si l’ambiguïté était présente malgré moi. Je n’avais pas envie de ça, je leur souhaite d’autres choses.

 

C’est important pour vous de filmer les personnages pendant qu’ils exercent leur métier ?

M.H : Le métier participe de l’incarnation des personnages. Ce qui me motive, c’est d’interpeller un imaginaire. Pour Sasha, j’avais très peu de temps. Elle ne parle pas, mais c’était une belle idée de la faire exister par des choses concrètes, des gestes dans son travail manuel. Pour Zoé, qui travaille dans l’hôtel, je voulais donner une atmosphère, une impression.

 

Que signifierait pour vous de remporter un prix au FIFIB ?

M.H :  Avoir un prix me ferait plaisir, mais ce n’est pas important, ça me concerne assez peu, cette notion de compétition, je ne fais pas des films pour cela.

Propos recueillis par Sylvie-Noëlle

INFORMATIONS

Affiche du film CE SENTIMENT DE L'ÉTÉ

+ Critique
+ Interview de Mikhaël Hers

Titre original : Ce sentiment de l’été
Réalisation : Mikhaël Hers
Scénario : Mikhaël Hers, Mariette Désert
Acteurs principaux : Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Féodor Atkine
Pays d’origine : France
Sortie : 17 Février 2016
Durée : 1h46min
Distributeur : Pyramide Distribution
Synopsis : Au milieu de l’été, Sasha, 30 ans, décède soudainement. Alors qu’ils se connaissent peu, son compagnon Lawrence et sa sœur Zoé se rapprochent. Ils partagent comme ils peuvent la peine et le poids de l’absence, entre Berlin, Paris et New York. Trois étés, trois villes, le temps de leur retour à la lumière, portés par le souvenir de celle qu’ils ont aimée.