Le 15 janvier se sont clôturées les inscriptions pour la 5e édition du Nikon Film Festival. Sur les 1091 courts-métrages présentés (sur le thème “Je suis un choix” et d’une durée comprise entre 30 et 140 secondes) , 50 films ont été présélectionnés (la liste ici) pour concourir dans les différents prix qui seront remis le 12 février. Dans cette liste Je suis une moustache, Je suis Uterly Stupid, Je suis choisie et Je suis à l’heure avaient déjà été remarqués dans notre article du 21 décembre 2014 qui annonçait le festival. A ces films s’ajoutent dans cette préselection Je suis un migrant, Je suis un règlement de contes, Je suis toujours un choix, Je suis en concurrence, Je suis un scénario et Je suis une gonzesse pour former notre top 10.
Alors qu’il reste aux internautes jusqu’au 11 février pour voter et désigner le Prix du Public, nous avons rencontré entre deux sessions de délibérations, deux des membres du jury du festival. est responsable des programmes courts de Canal +, et  chef opérateur. Ils nous livrent dans cet interview leurs impressions sur le , sur les films présentés et leur regard sur l’univers du courts-métrages.

 

Pouvez vous nous résumer chacun votre parcours ?

-Vincent Muller : Je suis chef opérateur. J’ai fais une école de cinéma, à Bruxelles, qui s’appelle l’INSAS et où j’ai obtenu un diplôme d’image. J’ai d’abord été pendant dix ans assistant opérateur avant de devenir, il y a dix ans, chef opérateur de télévision. J’ai beaucoup travaillé pour Canal+, par exemple sur les séries Braquo, Platane, Hard… C’est d’ailleurs grâce à Platane que j’ai rencontré Eric Judor et avec qui je suis en préparation pour La Tour Montparnasse infernale 2.
-Pascale Faure : Moi je travaille sur Canal depuis pas mal d’années après être passée par France Télévision et des festivals. Il y a dix ans j’ai repris la tête de la section des courts et créations. Je suis aussi productrice d’émissions comme L’Œil de Links, Mensomadaire et avant cela L’Œil du Cyclone.

En parlant de votre travail chez Canal+, pourquoi la chaîne, qui est notamment partenaire du festival, porte-t-elle un intérêt aux courts-métrages ?

-P.F. : Dans le court-métrage il n’y a pas de retour sur investissement qui soit autre qu’artistique. L’idée c’est de faire des portes d’entrées aux jeunes talents. Bien sûr on n’investi pas énormément d’argent dans le court-métrage, ça n’est pas une industrie, mais il y a une volonté de la chaîne d’investir sur des films et des écritures de scénario. On est actuellement en train de réfléchir à un lien entre le format court et le long pour faire basculer l’un dans l’autre.

D’où vient votre intérêt pour ce type de format ?

-P.F : Par hasard en fait. J’ai découvert le court-métrage par l’émission de France 2 : L’Histoire courte. C’est là que j’ai vu Star Suburb (1982), un film de science-fiction assez mythique réalisé par Stéphane Drouot, et les films de Pascal Aubier. En voyant ces films je me suis dis j’adore cette forme. J’ai ensuite eu la chance de pouvoir en diffuser à la télévision et me faire recruter par Canal pour ça. Je trouve que c’est une passion exigeante parce qu’il faut s’intéresser à tout ce qui sort. C’est une cinématographie hyper émergente donc il faut être ouvert à tout ce qui se fait et ne jamais rester sur des acquis.

Vincent, je suppose que vous avez travaillé sur des courts-métrages.

-V.M. : Oui j’en ai fais beaucoup. C’est d’ailleurs en faisant le film Pièce détaché (2006) de Sébastien Drouin que m’a vie a changé. Avec ce film de science-fiction j’ai rencontré l’équipe avec laquelle je suis toujours depuis huit ans, j’ai trouvé un agent, des réalisateurs m’ont contacté… Ca a vraiment été un jalon dans ma carrière. Et je continue d’en faire. En général un par an, mais à condition qu’on tourne en province, qu’on habite tous dans la même maison et qu’on ait un grand écran pour regarder des films et jouer à Guitar Hero (rire) !

Le rapport avec un réalisateur est-il différent sur un court ou un long ?

-V.M. : Souvent les réalisateurs de courts-métrages sont des jeunes gens donc il faut les rassurer. Mais c’est aussi le cas pour avec des réalisateurs de longs.
-P.F. : Oui de notre côté lorsqu’on reçoit des réalisateurs de courts on a plus de latitude pour parler de leur projet, de leurs doutes.
-V.M. : C’était le cas avec la Nouvelle Trilogie initiée par Gilles Galud sur Canal+ que j’ai fais pendant trois ans. Le concept est de prendre des jeunes réalisateurs de courts et de les transporter dans le monde de la télé en leur disant de faire une série en toute liberté, mais à condition que ça soit leur première expérience. On les met alors dans les mains d’une équipe soudée qui va les suivre.

Aujourd’hui, et le festival le prouve, tout le monde a les moyens, par la qualité d’image d’appareils photos ou de téléphones, de faire un film. Qu’en pensez vous ?

-V.M. : Moi je filme avec un appareil photo, comme sur Platane par exemple. Je pense qu’on a intérêt à suivre cette évolution. Maintenant on peut utiliser décemment des appareils de plus bas de gamme. Avec la démocratisation de la vidéo il y a un choix plus large de formats et de matières. Moi j’adore que la fabrication soit de plus en plus simple. Même si dans les détails c’est plus compliqué. Mais que ça soit ouvert à tous.

Le festival compte exactement 1091 films, c’est énorme !

-V.M. : On pense que comme tout le monde a accès au court, ça va le dénaturer. Mais je pense que c’est l’inverse. Dans un grand éventail les gens intéressants vont ressortir d’autant mieux. Et c’est ce qu’on remarque dans les classements des jurés. Il y a un peloton de films d’une excellente qualité qui ressortent, sur lesquels on peut discuter. Et ça c’est possible s’il y a mille personnes qui ont fait un film.

”C’est magnifique pour une jeune personne d’être diffusée à la télévision et en salle. Le prix c’est ça en fait, c’est d’être vu.”

Y a-t-il tout de même parfois des répétitions de thème ou de style ?

-V.M. : Ce que je remarque beaucoup, c’est les permutations de personnages. Beaucoup de scénarios commencent le plan avec une personne et finissent avec une autre. Ca fait parti des astuces de montage. Si je devais déclarer un thème ça serait la permutation. Il ne s’agit plus de la relation d’un homme à un autre, mais d’un être humain à un nombre d’êtres humains. C’est ce que j’ai remarqué sur Je suis Célib’ ou Je suis tambour battant. Il y a cette astuce de montage que je trouve très intelligente.
-P.F. : C’est hyper dur comme exercice de style, moi je suis admirative des propositions qu’on a vu. Il y a des pures idées de mise en scène. Et même si parfois des sujets ne sont pas forcément pertinents, les astuces de réalisation sont incroyables.

Vincent, en tant que chef opérateur, parvenez-vous à faire abstraction d’une qualité d’image moins travaillée ? Et finalement que recherchez vous dans un film ?

-V.M. : Je me laisse surprendre. Mon échelle de valeur n’est pas amateur ou pro, ni bien filmé ou mal filmé. Moi ce que j’adore c’est les liens visuels entre les plans. C’est ça le cinéma. Créer des liens invisibles dans la vie et les montrer à l’image. Il y en a qui sont un peu mal filmés, mais les allusions sont tellement justes que je trouve ça super. Par exemple Je suis tambour battant a une recherche graphique très riche. Même si c’est maladroit on sent la direction.
-P.F. : Pour moi lorsqu’il y a UNE grande qualité dans un film, ça me suffit. Le reste peut s’améliorer mais au moins une c’est finalement rare.

Qu’est-ce qui pourrait être amélioré sur les films proposés et pour les prochaines éditions du festival ?

-V.M. : Un des problèmes des petits films c’est le son. C’est la grosse lacune pour l’instant. On a des idées et des qualités visuelles excellentes mais souvent c’est là que ça pèche.

Le festival est ouvert autant aux amateurs qu’aux semi-professionnels. Que pensez vous de cette ouverture au plus grand nombre ?

-V.M. : Que du bien. C’est magnifique pour une jeune personne d’être diffusée à la télévision et en salle. Le prix c’est ça en fait, c’est d’être vu. Avant Internet il n’y avait pas beaucoup de moyens pour montrer son travail à des millions de personnes. Maintenant il y a une espèce d’engouement à faire des films, à expérimenter, d’être poussé à la création.
-P.F. : Moi j’ai vu le festival démarrer, grandir et s’élever à un niveau impressionnant. Désormais, le Nikon Film Festival apparaît comme un enjeu. En cinq ans, il s’est imposé comme un curseur. Et d’un point de vu professionnel avec ce festival je sais que j’aurai de la matière pour faire des pré achats pour Canal+.

Comment êtes-vous devenus membres du jury ?

-P.F. : C’est parti d’une envie de collaboration tout simplement. Je proposais de faire un Prix Canal+ et du coup ils m’ont demandé de faire parti du jury. On a également décidé avec la chaîne de lui dédier une émission, Microciné, le 8 mars, durant laquelle on diffusera une partie des films. Une sorte de top 15 avec des interviews des réalisateurs.
-V.M. : De mon côté j’ai fais le forcing à mort. En fait ma fille de 15 ans y a participé l’année dernière. C’est à ce moment là que j’ai rencontré Ludovic Drean (responsable du service Nikon Pro) à qui j’ai proposé qu’on convienne avec l’AFC (Association Française des directeurs de la photographie Cinématographique) d’inclure au jury un directeur photo différent chaque année. Une manière de faire le lien, la jonction entre des jeunes gens qui débutent et les vieux chefs opérateurs qui terminent (rire).

Comment s’est déroulé le visionnage des films ?

-P.F. : On avait la possibilité d’en voir avant chez nous, mais on savait qu’on verrait la sélection sur grand écran tous ensemble pour avoir les réactions un peu à chaud. Je me suis rendue compte qu’en fait on ne les voit pas pareil dans ces deux cas. Le contexte change le rapport aux films. Après on a instauré un système de notation et on a discuté sur cette base.

Sans nous révéler le palmarès du jury, qui sera annoncé le 12 Février, avez-vous eu des coups de cœurs ?

-V.M. : J’adore Je suis Célib’ ! Très ironique et léger, mais avec un message très sombre en même temps.
-P.F. : Pour moi cela serait Je suis une moustache. Hyper drôle et original. Le côté absurde du truc, le symbole du père, la répétition hors de l’eau… Il y a un côté surréaliste que j’ai beaucoup aimé.