En marge du cycle sur la nouvelle comédie américaine au Centre Pompidou du 15 avril au 21 juin 2015. Voici un entretien avec Jacky Goldberg, journaliste aux Inrockuptibles et auteur du documentaire THIS IS COMEDY, JUDD APATOW AND CO. Le film sera diffusé en séance spéciale et en sa présence le Vendredi 29 mai, 20h, cinéma 2.

Comment est née l’envie de faire un film autour de Judd Apatow et sa formation qui gravite autour de lui ?

J’avais eu, aux Inrockuptibles, l’occasion d’écrire sur plusieurs de ses films à partir de 2008, et je me suis très vite passionné pour son cinéma. Il était d’emblée évident que son ambition était très supérieure à la moyenne, à la fois dans ses propres films, dans tous ceux qu’il produisait, ainsi que dans le genre en général qu’il a contribué à faire évoluer. Je l’ai rencontré pour une master-class en 2010, et de là est née d’en faire le portrait. Je crois qu’il faut faire des films sur les cinéastes à la charnière de leur carrière, au moment où ils ont derrière eux une œuvre suffisante pour qu’on puisse dessiner des lignes, et si possible avant qu’ils ne soient tout à fait dans la maturité, quand tout est encore possible, quand rien n’est encore figé. C’est précisément là qu’Apatow se trouve.

D’où est venue cette passion pour la comédie US? Et quel film t’as fait vraiment tombé dedans?

C’est une de mes premières passions cinématographiques, qui remonte à une époque où je n’étais pas cinéphile, justement, et où je consommais en boucle quelques films cultes, parmi lesquels Star Wars et les films des Frères Farrelly. Le film qui m’a fait basculer est ainsi Dumb and Dumber, où j’ai compris, ou disons plutôt assumé l’idée qu’on pouvait faire rire et tenir un discours intelligent sur le monde à partir de l’amour de la connerie. Si je vénère Apatow, les Farrelly restent mes idoles – que je n’ai hélas jamais rencontrées.

Judd Apatow est un génie (un dieu même) de la comédie Américaine et surtout il a vraiment contribué a cette nouvelle vague de comédie. Peux-tu donner ton point de vue et développer ton attachement à cet homme. Tes rencontres avec lui.

Génie, dieu sont des termes que je n’aime pas trop. Outre que c’est un type très simple, je trouve toujours qu’on risque d’écraser les cinéastes avec ce genre de qualificatifs. Godard est un dieu, Coppola est un génie, Apatow, avec tout l’amour que je lui porte, n’en est pas encore à ce niveau. N’oublions pas qu’il n’a réalisé que cinq long-métrages, même si, c’est son originalité, son œuvre dépasse ce corpus puisqu’il a beaucoup produit et écrit.
C’est quelqu’un de simple, je te disais, qui ressemble vraiment à ses personnages — le contraire aurait été très décevant. Ce qui m’a le plus frappé chez lui, c’est qu’il est très difficile de gagner sa confiance, mais une fois qu’il l’a accordé, il peut être très généreux. Ça a été assez dur de lui imposer l’idée de faire un film sur lui, ce n’est qu’une fois qu’il l’a vu, et aimé, qu’il s’est détendu.

Comment tu expliques que l’humour US a du mal à persister en France ? Pourquoi tant de Flops et de DTV?

Historiquement, le genre ne marche pas en France, c’est comme ça. On peut blâmer les distributeurs qui font (parfois, pas toujours) mal leur boulot, on peut blâmer les spectateurs, qui sont soi-disant rétifs à l’humour américain… C’est un débat sans fin, comme l’œuf et la poule. En revanche on ne peut pas nier, depuis 4 ans environ, une baisse de qualité générale, qui ne touche pas tout le monde également (Apatow et sa bande sont encore ceux qui s’en sortent le mieux), mais qui définit un vrai reflux. Après les années 2000, et particulièrement les années 2004-2009 où on voyait sortir une super comédie tous les mois ou tous les quinze jours, la source s’est tarie, et on est aujourd’hui contents lorsqu’on en a une ou deux par an. Même à la télé, où les talents se sont réfugiés au début des années 2010, ça commence à battre de l’aile. Mais ce n’est pas dramatique, toute l’histoire de la comédie est faite de va et vient, de creux et de bosses…
Aujourd’hui, les gens qui me font rire sont Lord et Miller, les types de 21, 22 Jump Street et Lego Movie ; Louis CK, le plus grand ; et Tim & Eric, mais qui sont dans une niche et n’iront jamais conquérir le grand public. Sinon je crois beaucoup dans le prochain Apatow, Trainwreck, qui semble renouveler sa bande et son rapport à l’écriture (il n’a pas écrit le scénario, c’est une histoire de nanas, à New-York).

INFORMATIONS


THIS IS COMEDY, JUDD APATOW AND CO

Titre original : THIS IS COMEDY, JUDD APATOW AND CO
écrit, réalisé et produit par : Jacky Goldberg pour Canal +
1ère diffusion : mardi 8 avril 2014
Synopsis : Judd Apatow et sa bande (Jonah Hill, Steve Carrell, Paul Rudd, Seth Rogen, Lena Dunham…) ont profondément changé le paysage de la comédie américaine contemporaine. Ponctué d’interviews et d’extraits de films, ce documentaire revient sur le parcours d’un producteur-réalisateur d’exception, qui a su porter le rire à sa plus émouvante expression.

Extrait : partie Freaks and Geeks