Le FIFIB – édition 2015 qui s’est tenu du 8 au 14 octobre, célébrait cette année les héros, et même les héroïnes. Les femmes étaient à l’honneur aussi bien dans cette sélection, que du côté des membres des jurys de la compétition des Longs métrages, avec la Présidente Valéria Golino, Céline Sciamma, et Clémence Poésy.

Nous avons eu la chance d’interviewer brièvement Valéria Golino, qui vient d’obtenir la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la pour le film Per Amor Vostro  de Giuseppe M. Gaudino. Par ailleurs réalisatrice de Miele, elle nous a parlé avec sincérité de sa vision de la beauté au cinéma, du sens de sa participation au FIFIB et de ce qu’a représenté le prix à Venise.

Que représente pour vous le fait d’avoir eu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise (pour Per Amor Vostro de Giuseppe M. Gaudino) et comment gérez-vous la transition entre Venise et votre présence au FIFIB ?

Valéria Golino : Venise, c’était une expérience joyeuse parce que le film, dont personne ne voulait, était marginal et fatigant à tourner. Gagner le prix ça a donné un sens à tout ça ! Je n’ai pas de « vana gloria »: aller à Cannes ou à Venise, je le vis comme du boulot ! Être présente au FIFIB, c’est un plaisir naturel et organique.

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Que signifie pour vous être Présidente d’un jury de festival et qu’espérez-vous trouver au FIFIB, qui revendique d’être à la fois étrange, drôle, engagé et romantique ?

V.G : On ne juge pas un film par critère, il n’y a pas un genre. Je recherche avant tout quelque chose de beau, pas beau au sens seulement esthétique, mais beau d’une manière différente, par ce qu’on y met dedans. La beauté se cherche partout de mille façons. Je peux trouver beau Orange mécanique de Stanley Kubrick, mais aussi The Others de Alejandro Amenabar, The Big Lebowski des frères Coen ou les films de Cronenberg ou de Vincente Minelli.

« Quand je vais au cinéma, j’ai besoin d’être surprise, comme dans une fête très belle ! »

Quand je vais au cinéma, j’ai besoin d’être surprise, comme dans une fête très belle ! Comme quand j’ai découvert Breaking the Waves, de Lars Von Trier ou Il Divo de Paolo Sorrentino. Il y dans ces films un esthétisme qui accompagne le contenu. C’est la forme qui m’intéresse, c’est même la première raison qui a fait que je suis devenue réalisatrice.

Quelle est votre vision du cinéma d’aujourd’hui ?

V.G : Le cinéma a changé ces dernières années : avant, il y avait une histoire, une dramaturgie, il y avait des conditions particulières. Aujourd’hui, le cinéma a une construction différente : il est plus personnel, plus subjectif, plus sensoriel, comme une vérité déconstruite. On est en plein dans ce cinéma là, mais c’est un genre qu’on voit trop, qui me fatigue un peu. Le prototype de ce genre de cinéma, c’est Tree of Life, de Terrence Malick. Tous les films qui se font depuis prennent le risque de lui ressembler, de reproduire des images similaires et de faire moins bien. Dans Miele, moi aussi j’ai cherché ces images. Mais je crois qu’on va reculer, revenir vers quelque chose de plus formel, de plus détaché.
J’essaie de continuer à faire des films dans le système actuel du cinéma, qui parle à tout le monde,  mais aussi  de résister pour faire un autre cinéma, celui que personne ne veut faire et pouvoir rester réalisatrice.

+ La sélection du FIFIB 2015.
+ Lire notre palmarès et bilan du FIFIB 2015.
+ Lire notre interview de Céline Sciamma, membre du Jury de la Compétition Longs Métrages du FIFIB.

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