Laurent Morlet © C.Ferry

Assistant cinéma, producteur de télévision, représentant du cinéma français à Los Angeles puis réalisateur, a touché à tout, depuis le petit écran jusqu’au 7e art, en passant par le documentaire. En août, il sort sur internet un 52 minutes qui rend hommage à la Marilyn Monroe du XXIe siècle, celle qui est toujours là… à travers ses fans. Rencontre avec un Frenchy originaire de Limoges qui vit désormais son rêve hollywoodien là où ça se passe, à deux pas de la « StarStruck Town ».

Mélina Huet : Qu’est ce qui a poussé le jeune Limousin à faire carrière dans l’audiovisuel ?
Laurent Morlet : Depuis tout petit j’étais fasciné par l’écran de télévision, ou même la mire! Donc c’était un peu bizarre, quasiment paranormal, mais ça m’attirait. J’avais fabriqué un faux micro et je me souviens présenter mes propres émissions… dans mon jardin. Donc j’ai toujours voulu travailler dans la télévision. Dès que j’ai eu mon bac, je suis parti à Paris.

Et c’est là que vous avez confronté vos rêves à la réalité du terrain…
Oui ! Je suis parti dans une fac de cinéma et d’audiovisuel faire une licence à la Sorbonne Nouvelle. En même temps j’ai été pris comme stagiaire dans une émission de Christophe Dechavanne qui s’appelait C’est encore mieux l’après-midi, une grosse émission à l’époque qui mêlait cinéma, spectacle et art de vivre. J’étais aux anges! Je bossais sur un magazine en direct sur l’un des plus gros plateaux de Paris, à la Maison de la radio.

Qu’y faisiez-vous ?
J’étais assistant cinéma: j’aidais le programmateur cinéma à inviter les acteurs les réalisateurs qui étaient en promo et je passais mes après-midi sur le plateau en direct à accueillir les gens et c’était génial. J’ai fait ça six mois. Et là où la chance a joué un grand rôle c’est que la productrice de cette émission, Dominique Cantien, a été nommé Directrice des variétés de TF1, le concurrent, et elle m’a dit « je t’emmène avec moi sur TF1, PPDA cherche un assistant, est-ce que ça te dit? ». Evidemment que ça me disait. J’ai rencontré Poivre d’Arvor, j’ai arrêté mes études et j’ai été son assistant pendant 6 ans avant qu’il me confie la production de son émission littéraire.

Comment passe-t-on du petit au grand écran ?
J’ai produit pendant plus de dix-sept ans avant que ça arrive! J’avais toujours adoré le cinéma mais je n’avais jamais pensé ou rêvé y travailler. Et puis un jour où je bossais sur La Cible pour France 2, un copain à moi qui travaillait dans l’humanitaire vient me voir et me dit « ils cherchent un directeur du Bureau du film à l’ambassade de France à Los Angeles ». Moi qui ne suis pas du tout dans le truc je me dis non et lui insiste « vas-y vas-y ». J’y suis finalement allé… et j’ai été nommé par le Ministère des Affaires Etrangères. Pendant cinq ans j’ai encore une fois vécu un rêve, parce que j’ai rencontré les plus grands de , que j’ai été invité à dîner avec les patrons de studio, aux Festivals, etc. C’était incroyable, et ça m’a surtout permis de bien comprendre que la télé était probablement un passage pour moi, que le cinéma était beaucoup plus ancré dans ce que j’aimais. J’ai fait mon premier film, un court-métrage, ici à avec une grosse équipe, dans les studios et dans la rue, sur la grue en train de dire « action ». Quand je me suis installé aux Etats-Unis pour ce job à l’ambassade, c’est vraiment une deuxième vie qui a commencé.

Même en tant que passage, que vous a apporté votre expérience du petit écran dans l’univers du 7e art ? Qu’est ce que vous retenez de vos années télé en ce sens ?
La télé m’a appris à raconter des histoires à un public de masse parce que c’est le même principe finalement. J’ai souvent produit des programmes de fiction ou même des reportages pour lesquels on raconte des histoires avec des images à l’appui, mais aussi avec un commentaire, une manière de monter, d’ajouter de la musique, etc. Tout ce qui fait le cinéma aujourd’hui! C’est un mélange, une sorte de potion magique dans laquelle on remue tout ça et d’où on sort un produit qu’on délivre au public. La télé, comme le cinéma, s’adresse au plus grand nombre.

Laurent Morlet © Lionel Vanhersel

Vous avez beaucoup travaillé autour de programmes voire des films de fiction, qu’est ce qui vous a amené au documentaire ?
Pour moi le film sur Marilyn [, ndlr] c’est plus que du documentaire, c’est aussi un film de cinéma, de fiction. Parce que les personnages, qui sont des personnages de la vie réelle pourtant, sont tellement extrêmes dans leur manière de vivre Marilyn au quotidien, loin de la réalité, que j’ai eu la sensation de traiter une fiction.

Pourquoi Marilyn Monroe ? Une fascination de longue date ou un élément déclencheur ?
Quand j’étais jeune, j’ai appris le cinéma américain – et appris les Etats-Unis d’une certaine façon –, à travers les films de Marilyn Monroe. Dans ses films il y avait tout ce qui représentait Hollywood. Mais il y avait aussi une manière de filmer américaine, les paysages, les décors, les rues…. Mais j’aimais aussi le personnage parce que je trouvais que ses histoires – personnelle et publique – étaient très fortes, très novatrices. Il y a des photos d’elle qu’elle a prises en 1960 qui sont aujourd’hui encore d’une modernité incroyable. On pourrait croire que ce sont des photos prises il y a deux jours sur Instagram. Elle avait quelque chose « d’en avant ». J’aime beaucoup lorsqu’on distord le temps, quand on rend présent le passé, ou quand on va chercher le futur, quand la vie ne se limite pas à cinquante, soixante, quatre-vingts ans passés sur terre, mais qu’on arrive à toucher plusieurs générations. Ça, Marylin l’a fait. Elle est morte il y a cinquante ans et pourtant il y a des gamines de quinze ans dont c’est l’actrice numéro un, et pas Angélina Jolie. Donc c’est bien qu’elle avait quelque chose en plus !

Qu’est-ce que ce documentaire a de plus que tous les films déjà réalisés sur cette femme d’exception, qui a beaucoup fait parler… et beaucoup fait tourner ?
Il y a effectivement plus de quarante documentaires tournés sur Marilyn Monroe, qui utilisent tous la même matière: soit les interviews de la famille, de comédiens, de réalisateurs d’époque ou bien des entretiens réalisés récemment qui sont des témoins indirects, car ceux qui étaient présents ont presque tous disparus. Ou alors des images d’archives de son œuvre. Mais c’est surtout le traitement médiatique de sa mort dont il a été question. Reconstitutions, interviews de médecins, etc. j’ai voulu moi faire quelque chose de différent. Faire un film d’aujourd’hui, dans les années 2000. Qui est Marilyn en 2012 [le film est sorti en 2012 aux Etats-Unis NDLR]? J’ai voulu montrer des gens qui vivaient Marilyn au quotidien. Donc je n’ai fait que du tournage, je n’ai pas utilisé d’images d’archive et n’ai pas traité sa mort. Il y a juste une image où l’on voit son enterrement pour lancer la commémoration qui a eu lieu en 2012 pour le cinquantenaire de sa disparition. J’ai voulu axer sur le présent de cette femme, parce que même si ça paraît étrange à beaucoup d’égards, elle a un présent à Los Angeles, qui était sa ville, mais aussi dans le monde.

Après tant d’années passées à acquérir un regard californien sur le cinéma, est-ce que vous voyez un avenir au cinéma français ou francophone ?
J’ai toujours gardé le lien entre la profession française du cinéma et les Américains. Justement il y a un rapprochement. Je vois de vraies coproductions, franco-américaines voir le jour. Les Américains nous envient à nous les Français notre manière d’écrire les comédies, de tourner des films à moindre coût et nous on leur envie de produire des films qui racontent des histoires universelles, qui touchent tout le monde, qu’on peut exporter partout avec une certaine force de frappe. Le mariage des deux serait et sera formidable! On aura là des films de grande qualité d’écriture et qui pourront passer toutes les frontières. Beaucoup de films de l’hexagone ne s’exportent malheureusement pas, parce qu’ils sont trop franco-français, ne sont pas écrits pour un public international. C’est en train de changer avec les jeunes réalisateurs français, qui prennent en compte cela, ou de plus en plus. Le média de masse qu’est internet a aussi favorisé l’émergence de jeunes créatifs qui se sont mis à regarder ce qui se passe chez les Français – pour les Américains – et inversement. Donc je trouve que le mélange est naturel et je pense que ce n’est que le début.

Un souvenir fort à Los Angeles ?
A l’occasion de mon travail au bureau du film de l’Ambassade,  j’ai pu rencontrer pléthore d’acteurs mythiques. Je me souviens en particulier d’un jour où j’ai pris l’ascenseur avec Warren Beatty au Château Marmont. Je suis resté dans l’ascenseur en me demandant à quel étage il s’arrêterait pour passer le plus de temps possible avec lui. J’ai bafouillé deux trois trucs en lui disant que cette situation réelle était pour moi une vraie scène de cinéma. Il m’a regardé et il m’a dit « si vous vivez votre vie comme un film, que vous auriez choisi et qui vous plaît, c’est que c’est devenu le plus beau des rêves ». Il m’a fait un sourire et il est parti. C’est un truc qui est resté. Je suis reparti et je crois n’avoir pas décroché un mot à mon dîner, parce que je repensais à ce qui m’était arrivé.

Un conseil aux compatriotes souhaitant faire carrière à Hollywood ?
Déjà apprendre à parler parfaitement anglais. L’époque de « oh le p’tit accent français c’est génial, on va t’engager pour ça », c’est révolu. Il y a, à Los Angeles, plus de mille personnes qui cherchent un boulot dans le cinéma et qui ont cet accent, donc c’est pas la peine de compter dessus ! Sans compter que l’accent c’est sympa au début mais quand on traite de sujets importants comme la production de films, il faut être impeccable. La crise est partout et aussi aux Etats-Unis depuis 2008. Il y a des tas de gens qui ont signé des films récompensés aux Oscars qui cherchent du boulot.
Il faut aussi être le plus sincère possible, dire « voilà moi je viens de France, je sais pas précisément ce que je peux faire ici mais ce qui est sûr c’est que j’ai vraiment envie de le faire » au lieu de dire « nous on est Français, on est les rois du grand écran, on est les parents du cinéma ». Essayer d’être humble et surtout parler avec ses tripes, parce que l’avantage des Américains c’est que même si on parle pas bien anglais par exemple, ils vont savoir qu’on est sincère… et c’est ce qui les intéresse !
Tentez l’aventure, pas juste en faisant des petits voyages comme ça. Essayez de venir régulièrement ou un maximum de temps pour vous imprégner, et tentez l’aventure !

Propos recueillis par Mélina Huet

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