Samedi dernier au Grand Amour Hôtel nous avons pu rencontrer Nicolas Winding Refn et Elle Fanning pour la sortie de THE NEON DEMON (notre critique ICI).

Nous avons interrogé le duo très glam en compagnie de nos confrères Philipe Guedj (Le Point Pop) et Thomas Périllon (Le Bleu du Miroir). Les deux stars nous ont paru très conscientes des personnages médiatiques qu’elles avaient créées au fil de leur carrière, sans pourtant tomber dans l’artifice de réponses pré-mâchées. De manière très étrange, l’univers de THE NEON DEMON semble s’être fondu dans l’expérience cannoise et hollywoodienne de NWR et Elle Fanning. Avec THE NEON DEMON, Refn se positionne comme un créateur de mode, imposant sa marque auprès de quelques “happy few” qui sauront l’apprécier pour se distinguer de la masse. Ses déclarations sur l’avenir du cinéma rejoignent ainsi sa dernière proposition filmique. Et si THE NEON DEMON était un manifeste narcissique ?

Philppe Guedj : Elle Fanning, Kristen Stewart a dit à Cannes qu’elle n’avait pas idée de ce que Personnal Shoper pouvait bien parler. Était-ce votre cas aussi parfois sur THE NEON DEMON ?

Elle Fanning photo prise par Thomas Coispel

Elle Fanning ©Thomas Coispel

Elle Fanning : C’est intéressant… parfois j’avais l’impression de parfaitement saisir de quoi parle THE NEON DEMON : ce n’est certainement pas un documentaire sur la mode, c’est plutôt à propos de l’obsession de la beauté. En même temps, je cherchais toujours à comprendre qui était Jesse, mon personnage, et jusqu’où elle m’emmènerait à la fin. On a filmé dans un ordre chronologique, donc sa transformation, je l’ai vécue. Je pense qu’il en a émergé un aspect plus ténébreux que ce qu’on en attendait au départ. C’était comme si Jesse me disait quoi faire… Jusqu’où je devais l’amener.

Thomas Périllon : Est-ce que le fait justement de tourner dans un ordre chronologique vous a forcé à puiser dans votre instinct ?

E.F. : Oh oui ! Les choses changeaient souvent, mais il ne pouvait en être autrement. De mon côté, j’essayais de déterminer qui pouvait être le “néon démon.” Je pense que c’est Jesse, mais pendant longtemps j’ai cru qu’il s’agissait de Los Angeles. Ça peut être une émotion, un objet… n’importe quoi que vous percevez dans le film…

Thomas Coispel : Nicolas, quelle part laissez-vous à l’improvisation dans votre processus créatif, est-ce que chaque image est présente dans le storyboard ou vous l’imaginez sur le plateau ?

Nicolas Winding Refn : Je ne fais pas de storyboard, à moins que ce soit à propos d’une scène d’action ou pour utiliser une technique particulière qui nécessite d’être très claire pour tout le monde. Le reste du temps, tout est dans la performance des acteurs. Donc on se réunit le matin, on se parle avec Elle :”veux tu faire ça, dire ça ?” et elle peut répondre “oui ça fait sens” ou “non je ne veux pas.” En fonction je lui demande comment elle veut bouger durant la scène et le tout commence à devenir une sorte de tableau peint avec la caméra. En fonction on choisit les couleurs – même si je suis de fait très peu sensible aux nuances (NWR est daltonien ndlr) – sur une base métaphorique. Quand je trouve le mouvement de l’acteur dans la scène, je trouve comment le filmer. Cela me force à être le plus instinctif possible : tout est un mouvement permanent. J’aime cette peur, ce chaos, cette idée qu’à chaque seconde tout peut se transformer en un désastre complet. La peur vous donne la créativité, vous force à utiliser cet instinct primitif. Certaines personnes peuvent être paralysés par ce procédé, certains acteurs peuvent en devenir balbutiants. Mais avec Elle Fanning ce fut un voyage que nous avons pu réaliser ensemble. Cette peur force tous mes collaborateurs à se soumettre au processus créatif, à en épouser les remous.

“N.W.R : J’aime cette peur, ce chaos, cette idée qu’à chaque seconde tout peut se transformer en un désastre complet”

P.G. : Elle Fanning, Sharon Stone a dit qu’il y avait pour elle un « avant » et un « après » Cannes à propos de Basic Instinct. Diriez-vous qu’il y a eu un « avant » et un « après » la projection de THE NEON DEMON à Cannes ?

E.F. : Cannes était très spécial pour moi. Je viens juste d’avoir 18 ans et j’en rêvais depuis longtemps. Il se trouve que la nuit de la première était aussi mon « bal de promo » (prom night) donc j’ai invité mon meilleur ami à Cannes pour la première. Ce fut une expérience très troublante, durant la projection d’entendre un public réagir au film : rires, toux et puis… le silence total à la fin. Vous attendez avec angoisse car on a entendu que le matin la presse avait à la fois hué le film et l’avait en même temps applaudi. Cette attente pour savoir ce qui va se produire, je ne l’avais jamais expérimenté. J’étais terrifiée et excitée.

P.G. : Est-ce qu’une star est née ?

N.W.R. : Littéralement. Un des moments clefs du festival est la création d’une star. On a rarement une telle occasion. Ce fut le cas avec Drive.

T.P. : A la fin et au début du film apparaissent les lettres N.W.R comme une marque. On pense alors à un couturier, comme Yves Saint-Laurent (Y.S.-L.). Est-ce une volonté de signer le film pour souligner qu’il s’agit d’un produit de « créateur. »

photos prises par Thomas Coispel

Nicolas Winding Refn ©Thomas Coispel

N.W.R. : Oui. Car nos films sont dans le domaine des « marques. » Nos films appartiennent à un futur où la « singularité » sera la force principale des marques. Dans le futur, la créativité sera sur Internet. Sur ce territoire, il n’y a pas de contrôle, pas de besoin pour une opinion critique, car il y a un public pour tout. Vous ne pouvez contrôler ni la substance ni les contenus. C’est un océan de possibilités. Il n’est plus vraiment question de savoir « ce que vous faites » – car ce n’est que la conséquence des expériences qui vous ont façonné – mais « ce pour quoi vous résistez. » « Nous » sommes le neon demon. C’était très satisfaisant d’approcher le film comme une marque car il parle de tout ça.

T.P. : Certains de vos détracteurs vous critiquent à propos de ce formalisme…

N.W.R. : Qu’est ce que j’en ai à foutre ? Je ne vais pas être soumis à l’opinion de gens qui aiment ou n’aiment pas. Ce que j’ai fait, c’est la seule chose que je pouvais faire. Si certaines personnes ne l’apprécient pas, cela ne me dérange pas. Je ne vais pas juger leur opinion. Je dis juste : « voici ce que je voulais faire. » Si cela inspire d’autres – par admiration ou haine – tant mieux. C’est l’essence de la créativité.

T.C. : Avant THE NEON DEMON, vos films suivaient des protagonistes masculins très « actifs » mais là vous vous intéressez à une femme qui souffre. Seriez-vous désormais davantage intéressé par les victimes que par les héros ? Par les tragédies antiques que par les drames contemporains ?

Nicola Winding Refn photos prises par Thomas Coispel

Nicolas Winding Refn ©Thomas Coispel

N.W.R. : Il n’y a pas de différence entre la tragédie est le drame. C’est la même chose. Je ne pense pas que Jesse (Elle Fanning) soit une victime. Je crois plutôt qu’elle est le poison.

T.C. : Elle est le poison à un niveau métaphorique, mais en tant qu’être humain, elle souffre ce cette cannibalisation non ?

N.W.R. : Elle en souffre ou elle l’initie ?

J’ai ressenti qu’on la sacrifiait sur l’hôtel du glamour…

N.W.R. : Je comprends ce point de vue. Mais que diriez-vous de faire un pas de côté et de regarder sous un autre angle. Au début, lorsqu’on lui demande « qui a pris les photos ? » Jesse répond « oh juste un type. » Une fois que ce « type » vraiment sympa, vient la chercher et lui lance « qu’à t’on dit à propos de mes photos ? » Elle ment. Donc pensez-vous qu’elle est véritablement innocente ? Je ne dis pas qu’il y a une vrai ou fausse réponse. Mais cela remet les choses en perspective.

 

T.C. : Elle Fanning, qu’avez pensé en lisant ce qui arrive à la fin du film ?

Elle Fanning, photo prise par Thomas Coispel

Elle Fanning ©Thomas Coispel

E.F. : C’est la première fois qu’un truc pareil m’arrive dans un film. J’étais très excitée par cette fin. Comme nous avons tourné dans l’ordre chronologique de l’histoire, la fin du film était également la fin de mon voyage en compagnie de Jesse. J’étais justement en train de penser qu’elle devait s’en aller d’une manière ou d’une autre. Elle était devenue trop consciente d’elle-même. C’était une étape naturelle pour son évolution. Honnêtement, elle n’est peut être pas partie, c’est peut-être une renaissance, voire une apparition dans un univers parallèle, un autre espace-temps… avant de revenir en tant qu’être complètement transformé.

T.C. : C’est parfait pour une suite …

N.W.R. : [rires] oh oui on travaille dessus…

T.P. : Le rôle principal de votre prochain film sera-t-il aussi féminin ?

N.W.R. : Je ne connais pas encore le genre du prochain rôle principal. Mais c’est clair que les femmes sont plus intéressantes que les hommes. Avec Drive j’avais atteint une sorte de « pic » dans la masculinité fétichisée. Il n’y avait nul part ailleurs où aller… Avec Ryan Gosling on avait atteint un sommet… Une grande partie de Only God forgives portait donc sur l’émasculation, retourner en rampant vers la Mère… afin de renaître en Elle Fanning !

Interview par Thomas Coispel, Philipe Guedj et Thomas Périllon

NICOLAS WINDING REFN sur Le Blog du Cinéma

Nicolas Winding Refn est un réalisateur passionnant. Pour essayer de capter l’essence de son cinéma, nous nous sommes mis à 4 (Maxime, Vivien, Georgeslechameau et Paul) afin d’essayer de décortiquer sa filmographie. Chaque rédacteur à visionné l’ensemble des films, dans l’ordre de sortie, ce qui a permis par la suite de pouvoir se concerter afin de rassembler le plus d’éléments. C’est ensuite avec sa propre sensibilité et sa culture, que chacun s’est lancé dans la rédaction des critiques, tout en pouvant re-contextualiser les films par rapport au reste de la filmographie, à l’ensemble de l’œuvre.

En résulte un dossier complet, essayant de saisir la quintessence du travail du réalisateur danois et vous permettant, on l’espère, de mieux appréhender ce qui fait la beauté de son cinéma.

NOS CRITIQUES

PUSHER – la trilogie, par Maxime,
BLEEDER, par Georgeslechameau,
FEAR X, par Vivien,
BRONSON, par Paul,
VALHALLA RISING, par Vivien,
DRIVE par Maxime,
ONLY GOD FORGIVES, par Georgeslechameau, (bientôt lol)
avec en parallèle de la critique de OGF, celle de MY LIFE DIRECTED BY NICOLAS WINDING REFN de Liv Corfixen

et THE NEON DEMON à partir de sa projection cannoise,

Bonne lecture !

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