A l’occasion de la sortie DVD du film YVES SAINT LAURENT, la FNAC des Ternes (Paris) a organisé le 14 mai 2014, une rencontre entre le réalisateur , l’acteur et le public. Durant une quarantaine de minutes, ils nous ont livré quelques révélations sur le biopic du couturier.

Pourquoi faire un film sur Yves Saint Laurent ?

Jalil Lespert : C’est une grande histoire française. Les personnes comme Yves Saint Laurent sont des gens qui se battent pour leurs rêves. C’était aussi pour analyser toutes les conséquences, plus ou moins tristes qui suivent le succès d’un personnage historique. Vivant en région parisienne, je vis la mode au quotidien. Je voulais également redonner du souffle à une histoire franco-française. Cet homme ambivalent, entre ce petit ange et ce personnage public me fascinait. Je ne connaissait pas sa part sombre, son aspect poète maudit, sa figure rebelle, son histoire d’amour hors du commun avec Pierre Bergé et la création de son empire, j’ai découvert que c’était un grand artiste. Je le compare à la figure poétique de Rimbaud, dans le charme et la fascination de l’auto-destruction.

Jalil Lespert © Valentine Lloret-Linares

Jalil Lespert © Valentine Lloret-Linares

Comment avez vous abordé YSL ?

Pierre Niney : J’ai attaqué par ce qui me plaisait le plus, en l’occurrence, sa voix. Je la trouve révélatrice de beaucoup de choses comme sa sensibilité et sa timidité, qui est aussi sa grande force. Yves Saint Laurent est le genre d’homme timide que tu es obligé d’écouter tellement tu es hypnotisé. Jalil m’a orienté vers divers coachs, notamment pour les dessins, le style vestimentaire, la démarche et le changement de silhouette au fur et a mesure du film. J’ai eu la chance de travailler avec une femme qui a travaillé quinze ans aux côtés d’Yves Saint Laurent, et qui donc connaissait parfaitement son trait. J’ai également dîné avec Betty Catroux (interprétée par Marie de Villepin), qui m’a permis de désacralisé l’icône car j’ai vu des personne qui parlait comme d’un ami. Ces personnes sont d’ailleurs comme des personnages de romans, ils sont uniques en leur genre, leur rapport à l’art et à la fête sont très différents d’aujourd’hui.

Il m’a fallu 5-6 mois de recherches pour connaître et m’imprégner le personnage. J’ai mis du temps à sortir du personnage et je m’étais coupé de toute vie sociale durant le tournage pour avoir une véritable immersion. Concernant son aspect amoureux, nous voulions bien faire avec Guillaume Gallienne. Son histoire avec Pierre Bergé nous a réellement touchés. C’était la première fois que j’interprétais un homme homosexuel.

Jalil Lespert :  Je ne voulais pas enfermer le film dans un ghetto réservé aux fans de mode, je voulais un film unique. J’avais le même but qu’Yves Saint Laurent : Amener la haute couture dans la rue et parler a toutes les femmes possibles. J’ai terminé le film par les ballets russes car cela constitue son chef-d’oeuvre.

Jalil Lespert et Pierre Niney © Valentine Lloret-Linares

Jalil Lespert et Pierre Niney © Valentine Lloret-Linares

Avez-vous gardé ce don pour le dessin ?

Pierre Niney : Non malheureusement, mais cela m’a beaucoup appris, dans le travail des proportions notamment. Il fallait que je sois capable de dessiner de la manière la plus proche d’Yves Saint Laurent. Au départ, il y avait au une doublure main mais il n’a pas pu venir pour raison de calendrier donc on m’a dit que je n’avais pas le choix, il fallait que j’apprenne et que je sache dessiner pour le film.

Le film aurait-il existé sans la fondation Pierre Bergé ?

Jalil Lespert : Il me fallait quelqu’un pour jouer un génie. En quarante secondes je me suis dit que c’était lui, Pierre Niney, car il avait tout : le charisme, le jeu, la persévérance. Mais rien n’aurait pu se faire sans la fondation Pierre Bergé ni le soutien de la grande famille YSL. Le but  du film était vraiment de montrer le travail de Saint Laurent. Il fallait mettre beaucoup de défilés. On m’a d’ailleurs dit que c’était comme des scènes d’actions mais pour les filles (rires). Il nous fallait les vraies robes hors beaucoup ont disparues, d’où l’appel à la fondation. Il était hors de question d’utiliser des copies. Quelques fois, nous avons eu l’honneur de tourner dans des vrais lieux , notamment dans le studio d’YSL.

Avez-vous eu des retours de Pierre Bergé ?

Pierre Niney : Pierre Bergé est resté très à l’écart artistiquement. Il savait que l’on ne faisait pas le film pour lui ni pour ses amis. Il n’est venu qu’un seul jour, celui du tournage de la scène finale, celle des balais russes dans les lieux d’origine. Il est reste très discret. Il a du ressentir de nombreuses couches imperceptibles de souvenirs. Je l’ai évité avant de tourner cette séquence car je ne voulais pas affronter le vrai personnage mais je sais qu’il a été ému. Il m’a envoye un message après sa découverte du film pour me dire qu’il était très bon. Il a pleuré, c’était une grande émotion pour lui. A ce jour, il est la personne qui a connu le plus YSL, et s’il a réellement cru le voir dans le film même dix secondes, c’est déjà énorme.

Jalil Lespert et Pierre Niney © Valentine Lloret-Linares

Jalil Lespert et Pierre Niney © Valentine Lloret-Linares

Comment voyez-vous le rapport d’YSL aux femmes ?

Pierre Niney : Son histoire est faite par les femmes. Cela a démarré avec son trouble pour le personnage de Victoire Doutreleau (interprétée par Charlotte Le Bon). Il a dessiné toutes ses robes pour elle fondamentalement car cette femme l’a énormément marqué.

J’ai regardé un reportage sur lui. Durant quinze minutes, la caméra était en plan fixe sur lui. Beaucoup de personnes l’entouraient, lui parlant des prochains défilés. Seulement, il n’était présent que physiquement, on le sentait vraiment ailleurs. On lui a ensuite annoncé qu’on faisait entrer un mannequin, et là il s’est éveillé. Cela montre à quel point les femmes étaient le point majeur de son art.

Jalil Lespert : J’ai eu le plaisir de filmer les femmes avec le regard d’YSL. La ressemblance était un critère de choix dans mes actrices. Le casting s’est fait à l’envers, les actrices devenaient mannequins et non l’inverse. L’une de ses anciennes proches a vu Laura Smet (rôle : Loulou de la Falaise) et Nikolai Kinski (rôle : Karl Lagerfeld) et a été tout de suite frappée par leur ressemblance avec les personnages originaux. Violetta Sanchez, mannequin de la marque, a appris à défiler aux actrices. Ces femmes sont sublimes d’intelligence.

Etes-vous invités aux défilés ?

Jalil Lespert : Non je ne pense pas. Nous nous y sommes rendus uniquement pour la conception du film, ainsi que dans les coulisses.

Pierre Niney : Non, nous ne sommes n’est pas des fashions addicts, mais nous ne ferions pas jeter la pierre non plus si nous nous y rendions. D’ailleurs, j’aimais l’idée de Jalil ne soit pas fou de la mode, comme ça le film pouvait avoir d’autres dimensions.

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