COLLECTIVE INVENTION de Kwon Oh-kwang est l’archétype du film à concept. Fort d’une idée originale (un documentaire sur un homme-poisson issue d’une expérimentation scientifique foireuse à base de protéines pour lutter contre la faim dans le monde), cette fable surréaliste ne parvient néanmoins jamais à capitaliser sur sa valeur, sur cette incongruité qui lui aurait permis d’être véritablement unique.

Pour le réalisateur Kwon Oh-Kwang, Gu (l’homme-poisson) n’a pas le droit au même traitement que les deux ou trois personnages qui végètent autour de lui (le journaliste, la copine, l’avocat, le père). Le cinéaste ne porte qu’occasionnellement un regard réflexif sur sa condition de « freaks », de phénomène de foire, sur sa nature mi-animal, mi-humaine. Il préfère l’utiliser comme simple facteur sociologique, reflet des travers d’une société autocentrée et surmédiatisée (le cinéaste utilise différents formats d’images provenant de la photographie, des talk-show, de Youtube). Le cinéaste oublie volontairement ce « personnage-monstre », lui préférant celui du jeune journaliste idéaliste à l’ambition bien plus saine (faire du journalisme vérité, du documentaire sur les « vrais » gens). Les questions existentialistes seront pour lui, non pour le « freaks », au fond plus animal qu’humain, du moins c’est ce que nous dit le film.

Photo du film COLLECTIVE INVENTION

Copyright CJ Entertainment

Encombré par une musique omniprésente d’accordéon et une voix-off explicative, COLLECTIVE INVENTION est en quelque sorte figé par son concept resté à l’état statique, à l’image de ce costume d’homme-poisson incapable de délivrer ne serait-ce qu’un simple sourire. Alors que l’univers de la fable autorisait un décalage absurde et des attitudes caricaturales, la critique sociale l’emporte sur l’imaginaire poétique, bien qu’elle soit filmée sans saveur, ni intelligence. L’écriture automatique laisse très vite entrevoir la « renaissance » salvatrice de chaque personnage ayant « appris » au contact de Gu : le journaliste quittera évidemment son fastidieux travail pour aller tourner de beaux documentaires ; l’avocat rentrera en politique ; le médecin crapuleux ira en prison, etc.

Heureusement, le film finit par rattraper son héros « magique » via une belle scène de fin, où l’homme-poisson se libère (enfin) des autres, aspire à autre chose, telle une seconde vie, plus personnelle espérons-le. Il délaisse la triste normalité de notre monde, de nos sociétés d’enfermements (celle de nos hôpitaux, de nos prisons, de nos écrans) qui, aux yeux de Gu, représentent la véritable incongruité sur terre.

COLLECTIVE INVENTION a été présenté au 11e Festival du Film Coréen à Paris du 25 octobre au 1er novembre 2016 au Publicis Cinémas.
Antoine Gaudé

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