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INSIDE MEN
• Sortie : 19 novembre 2015 en Corée du Sud (Présenté durant le Festival du film coréen à Paris 2016)
• Réalisation : Woo Min-hoo
• Acteurs principaux : Lee Byung-hun, Cho Seung-woo, Baek Yun-shik
• Durée : 2H10min

INSIDE MEN de Woo Min-ho souffre de plusieurs maux. Sorte d’enfant « bâtard » des Infernal Affairs hongkongais d’Alan Mak et Andrew Lau et du Révélations (1999) de Michael Mann, le film de Woo Min-ho tente de mêler le scandale politique et sa critique des « hautes sphères » avec plusieurs formes génériques (film de gangster, thriller policier, vigilent movie…). Le film n’a pas la rigueur et l’intelligence narrative de ses influences : les retournements de situations et la trajectoire des personnages sont courues d’avance. Il est donc très difficile de se passionner pour ce récit-fleuve (2h10) alors que tout semble joué dès les premières minutes : Lee Byung-hun incarne un chef mafieux qui, faisant le sale boulot des « politiques », se verra finalement doubler par ses propres pairs.

À partir de là, INSIDE MEN devient un pur film de vengeance, sans pour autant avoir la saveur particulière du vigilent movie bien hard boiled. L’ensemble est bien trop sage et se réglera de préférence à coup de révélations sur fichier de clé USB projeté sur smartphones, XXIème siècle oblige.

Photo du film INSIDE MEN

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La lourdeur de la mise en place, extrêmement didactique pour ne pas perdre son spectateur en route, installe le film dans un faux rythme dont il ne parviendra jamais à se défaire. Les postures emphatiques des personnages n’aidant à insuffler une dynamique nécessaire à ce type de récit faussement alambiqué. Au final, tout est histoire de « connections ». La fameuse triade vampirisée par le film – du politique (le député en course pour la présidence) à l’économique (l’entreprise Mirae Motors) en passant par la presse (le journaliste du Daily Nation) – contrôle ainsi le destin des petits-gens au cours de soirées bien arrosées où tout ce beau monde se retrouve gaiement entouré de prostitués. Portrait sans concession de nos « élites » qui évoquent de plus ou moins proches souvenirs, Woo Min-ho dresse alors un scénario fait de complots et de trahisons successives pour alimenter un suspense quasi inexistant. Peu de scènes réjouissantes sont à mettre à son crédit, exceptée celle où Lee Byung-hun fait maladroitement tomber son téléphone portable et, pris en chasse par ses agresseurs, doit faire preuve d’ingéniosité pour s’en sortir. Tout le charme du cinéma coréen est figuré dans cette séquence mélangeant l’humour noir (il se fait toujours assommer de la même manière) et son ironie amère avec une violence stylisée, faite de combats réalistes (utiliser les objets autour de soi) et d’idées visuelles (éteindre la lumière).

Esthétiquement, le film joue en permanence sur des contrastes massifs : la ville de Séoul est filmée sous un filtre verdâtre à la manière du monde virtuel de Matrix tandis que la campagne tire vers le bleu azur bucolique. On a également droit à la traditionnelle blague scato à base de pets foireux visiblement sensée construire une relation d’amitié entre le jeune procureur et le gangster (sic). Association de circonstances entre deux marginaux en quêtent de véritable justice dans un pays qui n’en offre plus les garanties.

INSIDE MEN est plombé par l’écriture caricaturale d’un scénario incapable de mouler sur sa critique acerbe du monde contemporain des genres plus régressifs rappelant les plus bas instincts de l’âme humaine. Les quelques scènes de torture ou d’action sont ainsi très mal digérées par une narration qui ambitionne d’autres sphères. A l’inverse de bons nombres de film de genre coréen, INSIDE MEN n’a même pas la dimension baroque et excessive qui nous ferait pardonner ses errements scénaristiques et autres twists ringards. Incapable de transcender son scénario, Woo Min-ho n’a pas encore la puissance évocatrice des maîtres coréens (Na Hong-jin, Kim Jee-woon, Bong Joon-ho).

INSIDE MEN a été présenté au 11e Festival du Film Coréen à Paris du 25 octobre au 1er novembre 2016 au Publicis Cinémas.

Antoine Gaudé

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[FFCP 2016] INSIDE MEN

de Antoine Gaudé Temps de lecture : 3 min
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