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Netflix ne fait pas toujours dans le coup d’éclat. Cette semaine, PSYCHOKINESIS de Sang-ho Yeon fait une arrivée des plus discrètes sur la plateforme. Cette discrétion trahirait-elle le fait que le réalisateur du Dernier Train pour Busan accuse un sérieux coup de mou ?

Sur le papier, on peut comparer PSYCHOKINESIS à On L’appelle Jeeg Robot. Dans le film sud-coréen comme dans l’italien, un pauvre type lâche et égoïste acquiert accidentellement des pouvoirs surhumains et devient le super-héros local. Il est d’ailleurs question pour les deux films de jouer sur le mélange entre les moments de bravoure qu’appelle la figure super-héroïque, et les décalages comiques qu’implique le contexte dans lequel cette figure apparaît. Ici, Seok-hyeon le protagoniste, utilise ses pouvoirs de télékinésie (manipulation de la matière à distance) pour se rapprocher sa fille Roo-mi, confronté à une organisation véreuse bien décidée à raser son restaurant. Oui, le contexte dans lequel s’inscrit le super-héros est clairement dans l’air du temps, puisqu’il s’agit d’une ZAD (zone à défendre) et que le propos du film est justement le besoin d’incarnation, et de facto de médiatisation pour faire avancer une cause, surtout quand il s’agit de la lutte du pot de terre contre le pot de fer.

L’ennui, c’est que ce propos porte en lui sa propre limite. A force de nous montrer que la cause peine à intéresser les médias, les autorités et l’opinion publique, à force de nous rappeler qu’elle se résume à une quinzaine de commerçants au bout d’une rue, le film souligne en permanence son manque d’ampleur. Alors certes, ce contexte sert à créer un contraste entre les super-pouvoirs de Seok-hyeon et la réalité sociale pas vraiment glamour et spectaculaire. Mais cette situation circonscrit le récit sur des rails évidents et l’empêcher de dévier vers des choix inattendus.

On ne peut que regretter l’évolution du protagoniste qui conditionne la trajectoire trop attendue et trop sage du récit. Présenté comme un antihéros pas franchement sympathique, il change de mentalité dès que ses pouvoirs apparaissent et se rapproche immédiatement de sa fille, après avoir pourtant disparu de sa vie pendant des années. Le père indigne devient trop vite un homme respectable, impliqué dans la cause des zadistes, et sa progression vers le statut de super-héros peut donc se dérouler sans trop d’embûche. Après avoir constaté les faiblesses du personnage dans le premier quart d’heure du film (son égocentrisme, son alcoolisme, son irresponsabilité), on s’étonne que Sang-ho Yeon n’ait pas davantage mis à profit ces éléments pour remettre en jeu le parcours héroïque de son personnage. Quant à l’évolution physique de Seok-hyeon, on ne peut pas dire non plus qu’elle ménage ses effets, puisque là encore son potentiel spectaculaire est montré à la moitié du film, empêchant ainsi le spectateur de croire que le super-héros se surpasse dans la deuxième moitié.

Si PSYCHOKINESIS est malhabile dans le déroulement de son récit, il aurait pu en revanche nous surprendre dans sa narration et son appropriation des genres et des registres qu’il cherche à entremêler. On aime justement le cinéma de genre coréen quand il joue sur les ruptures de tons, or dans le cas présent, le film revêt globalement l’aspect d’une comédie, et quand il se veut sérieux, parait trop sentencieux. On attend impatiemment que surgisse le grotesque, malheureusement on doit le plus souvent se contenter du ridicule. Il suffit d’écouter la musique pour se rendre compte de la cacophonie que provoque le passage en revue des différentes humeurs du film. A une mélodie au piano irritante tant elle se veut mélodramatique, succède les rythmiques lourdingues qui soulignent les scènes d’action.

On perçoit ce qui a intéressé Sang-ho Yeon dans cette histoire de relation père/fille. L’idée qu’un homme de cinquante ans doive faire des efforts surhumains pour se montrer à la hauteur de sa valeureuse fille de vingt ans était une base propice pour une comédie émouvante. Qui plus est, auréolé du succès phénoménal de Dernier Train pour Busan, le cinéaste avait à sa disposition des moyens techniques conséquents et de bons effets spéciaux pour garantir le caractère spectaculaire du film. Mais malgré quelques idées visuelles sympathiques, PSYCHOKINESIS pèche par son manque de folie et sa mauvaise gestion du rythme, ce qui est curieux de la part d’un réalisateur ayant gagné sa renommée il y a deux ans, grâce à un film au rythme effréné.

Arkham

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PSYCHOKINESIS, le super-héros du coin de la rue – Critique
Titre original :Yeom-lyeok
Réalisation :Sang-ho Yeon
Scénario :Sang-ho Yeon
Acteurs principaux :Seung-ryong Ryu, Eun-kyung Shim et Yu-mi Jung
Date de sortie :le 25 avril 2018 sur Netflix
Durée : 1h41min
2.0Note finale
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