BACURAU, une co-réalisation brésilienne signée Filho-Dornelles s’inscrit dans la pure tradition du cinéma de genre dans un actionner sous tension.

Kleber Mendonça Filho

Il avait récolté l’adhésion de la presse et du public en 2016 avec le fulgurant Aquarius emmené par la classe de Sonia Braga. Kleber Mendonça Filho à la co-réalisation avec Juliano Dornelles, défendent BACURAU. Sélectionné une nouvelle fois en compétition pour la récompense suprême, le brésilien pourrait à l’avenir poinçonner régulièrement sa carte de fidélité sur la croisette…si toutefois les promesses de purges artistiques de Jair Bolsonaro viendraient à échouer.

Notre avis sur Bacurau

Dans un village reculé du Nordeste du Brésil, Bacurau, une communauté s’évertue à maintenir une vie emplie de plénitude alors que l’accès aux ressources se contraint de jours en jours. Si vous passez entre les constructions de fortune de ce microcosme, assurez vous d’apporter bienveillance et paix comme l’indique la pancarte plantée à quelques kilomètres. Dès lors, une curieuse ambiance ne tardera pas à se déclarer du cœur de la jungle brésilienne et l’atmosphère dystopique instaurée, « dans un futur proche » comme le précise l’ouverture, appelle à la méfiance.

BACURAU se divise en deux longs-métrages. Le premier déroute autant qu’il ronronne. Une mise en bouche qui permet d’instaurer les personnages et de dessiner les enjeux sur toile de fond politique, environnementale et sociale. Le quotidien de ce petit village est alors dépeint et ce sont les mouvements d’entraide, de joie et de solidarité qui émaillent cette première partie. On assiste, par ailleurs, à un entremêlent de la vie et de la mort dans un deuil collectif qui permet à la communauté d’éprouver, ensemble, le sentiment d’appartenance. Cette première heure, il faut s’y accrocher de toutes ses forces pour se délecter du big-bang savamment orchestré par les deux réalisateurs.

Car au moment où la funeste machine se met en branle, les genres s’immiscent dans le long métrage et le phagocytent par tous ces interstices. Grands admirateurs du Nouvel Hollywood, à peine masqués quand un plan s’attarde sur la ferme « Jao Carpintario », BACURAU se mue en un objet génialement protéiforme. Les images, elles, renvoient au pur Western en passant par une sanglante explosion de violence  que n’aurait pas renié un certain Sam Peckinpah. Et derrière le cinéma de genre, des auteurs avancent à couvert, en cartographiant un certain état du monde. Dans ce remake déguisé d’Assaut, de John Carpenter, c’est la destruction du peuple brésilien, victime d’une alliance Bolsonaro-Trump à glacer le sang, qui perce sauvagement le cadre.

Palmomètre

La presse a réservé un accueil plutôt chaleureux à BACURAU et les festivaliers se sont montrés enthousiastes dès l’apparition du générique de fin lors de la projection matinale. Il se peut que le jury ne reste pas de marbre devant cette proposition aussi artistique que politique. Le film pourrait bien se glisser dans le haut du panier lors de l’attribution des récompenses. Un prix du Jury ou un Grand Prix ne sont pas à écarter trop rapidement.

Critique publiée lors de l’édition 2019 du Festival de Cannes.

Sofiane

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BACURAU, assaut sur le Brésil de Jair Bolsonaro - Critique
Titre original : Bacurau
Réalisation : Kleber Mendonça Filho, Juliano Dornelles
Scénario : Kleber Mendonça Filho, Juliano Dornelles
Acteurs principaux :Barbara Colen, Sônia Braga, Udo Kier
Date de sortie 25 Septembre 2019
Durée : 2h12min
3.5CARPENTERIEN
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