Photo du film LES PARAPLUIES DE CHERBOURG
Crédits : Ciné Tamaris

Une brève histoire du cinéma : et si on regardait enfin la salle plutôt que l’écran ?

Imaginons que vous soyez un « cinéphile acharné ». Le genre qui regarde 2 ou 3 films par jour. Malgré vos efforts, vous ne parviendrez qu’à voir un millième de ce qui a été tourné « depuis que le cinéma existe ». Une vie consacrée à cela ne suffirait même pas.

Vous n’en auriez qu’un aperçu, « sans parler des films disparus, ni de ceux qui ne sortent qu’en festival sans jamais trouver de distributeur, ni des cinématographies entières de pays englouties par des guerres successives ». Vaste entreprise, donc, dans laquelle se sont lancés Martin Barnier et Laurent Jullier en cartographiant le cinéma. L’ambition est grande, mais les auteurs restent humbles : ils le savent, jamais ils ne pourront livrer une histoire exhaustive du septième art.

Du panthéon au regard du public

Une fois cela mis sur la table, encore faut-il faire le tri. Car des décennies passées, on ne retient souvent que les grands noms. Presque dix ans après, la cérémonie des Oscars 2017 nous en livre un bel exemple. Toute la profession sacre Moonlight, de Barry Jenkins, comme meilleur film de l’année. Quid du public ? C’est son adversaire La La Land qui s’est imposé dans les esprits. Et qui, aujourd’hui, est régulièrement proposé dans les séances spéciales d’UGC, catégorisé comme « culte ».

Cet exemple illustre parfaitement ce que Barnier et Jullier appellent le décalage entre le programme officiel et le box-office. En privilégiant un « certain regard » qui ne recoupe que « partiellement ce qu’on appelle communément le grand public », les institutions créent une histoire du cinéma qui occulte parfois les films qui ont réellement « fait courir les foules ».
Tâche fondamentale pour les deux auteurs : décentrer. « Le présent livre porte donc, autant que possible, la trace de toutes les demandes, ou presque, formulables à l’égard d’un film par différents types de spectateurs. »

Regarder la salle pour comprendre l’écran

Et puis il faut organiser tout ça. En préambule, les auteurs tiennent à le rappeler par cette formule : « En matière d’histoire du cinéma, il est aussi capital de se retourner – c’est-à-dire de regarder la salle au lieu de regarder l’écran. » Voir le contexte, en somme. Ainsi, Barnier et Jullier s’attachent à replacer les œuvres dans leur contexte historique.

Car l’histoire du cinéma, c’est aussi une histoire de moyens techniques, de mœurs sociétales, de courants politiques et de sociologie du public. Autant d’éléments qui expliquent la naissance d’une œuvre, et plus encore son succès.

Ainsi, on apprend que le développement des multiplexes fut une réponse à la VHS et à la multiplication des chaînes de télévision. Bref, la relocalisation des films, que l’on peut désormais voir depuis chez soi. Côté société, cela traduit une évolution majeure : « La désertion du centre-ville au profit de zones de loisirs accessibles en voiture. »

UNE BRÈVE HISTOIRE DU CINÉMA, une histoire en mouvement perpétuel

Cette approche se traduit concrètement par le chapitrage du livre, découpé en décennies. Chacun s’ouvre sur une série de repères historiques. Autres inserts facilitant la lecture : des encarts destinés à approfondir une notion. Ils ne font pas qu’aérer un texte qui, bien que fluide, demeure dense. Ils sont à eux seuls un petit cours sur un film, une technique ou encore un sous-genre.

Citons Elvis et ses 33 films, la cinéphilie catholique, la 3D ou encore la ludification des salles de cinéma. Plus ou moins anecdotiques, ils laissent au lecteur la liberté de sauter ces parties. Un bonus appréciable que chacun consultera au gré de ses envies.

Des multiplexes aux écrans LED

Il ne faudrait pas oublier que le cinéma est en mouvement constant. En 2017, une première version sort, retraçant l’histoire du cinéma de 1895 à 2015. Puis une seconde, qui va jusqu’en 2020 (parue en poche le 19 mai 2021). Le 21 janvier 2026, une édition augmentée est publiée chez Fayard. Cette fois, elle s’étend jusqu’en 2025.

L’occasion de traiter de sujets aussi contemporains que le Covid – non sans un trait d’humour. « Avant d’être le sujet de films-catastrophes indiens plus ou moins vite faits […], le Covid a mis l’exploitation cinématographique en péril avec les fermetures de salles. » On y parle aussi de la multiplication des créateurs de contenu, qui viennent concurrencer la critique traditionnelle, ou encore des écrans LED popularisés par la franchise Star Wars pour offrir des décors toujours plus réalistes.

Passionnant. Et accessible. C’est aussi là que se révèle la grande force de Barnier et Jullier : leur plume didactique. Leur style simple, sans fioriture, fait d’« Une brève histoire du cinéma » un ouvrage de référence. Pas besoin d’être un exégète pour savourer cette traversée du siècle. En 500 pages, l’immensité du cinéma devient un pur plaisir de comprendre. Incontournable, tout simplement.

— Lisa FAROU

UNE BRÈVE HISTOIRE DU CINÉMA
Auteurs :
Martin Barnier, Laurent Jullier
Nombre de pages : 496
EAN : 9782818507896
EAN numérique : 9782818507469
Date de parution : 21/01/2026
Éditeur : Fayard

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