Photo du film LEVITICUS
Crédits : Originals Factory

Leviticus, bien plus qu’une simple redite d’It Follows

IMDb6.4/10Letterboxd3.7/5Metacritic83/100Rotten Tomatoes93%
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4.5
SUBLIME

Perçu par beaucoup comme un « It Follows gay », Leviticus a pourtant davantage à offrir que cette vision simpliste. Cruelle métaphore du harcèlement subi par de nombreux adolescents queers, il donne aussi à voir une lueur d’espoir, dans une ardeur toute militante.

Une touche d’espoir salvatrice

Prometteur, le réalisateur australien Adrian Chiarella s’était précédemment illustré avec trois courts-métrages, Touch (2014), Black Lips (2018) et Dwarf Planet (2020). Trois courts qui évoquaient déjà des thématiques queers et témoignaient de l’intérêt de leur auteur pour le cinéma de genre. Après quelques épisodes de séries, Chiarella signe avec Leviticus son premier long, propulsé par la société de production NEON. Considérée comme LA concurrente sérieuse d’A24, l’entreprise se révèle particulièrement appréciée des cinéphiles pour ses directives plus artistiques que commerciales.

Après avoir produit Portrait de la jeune fille en feu de Sciamma ou Titane de Ducournau, NEON mise à nouveau sur un drame LGBTQIA+ avec Leviticus. Drame, certes. Mais porteur d’un espoir salvateur, dans un contexte social bien maussade. En effet, le scénario s’attarde sur le retour en force des communautés chrétiennes traditionalistes, hostiles à toute vision non hétéronormée du couple ou de la famille. Naim et Ryan ont grandi dans ce type de groupement religieux et sont, à l’adolescence, conduits devant un prêtre, chacun à leur tour, pour les absoudre de leurs péchés.

Un It Follows gay ?

En guise de châtiment, ils doivent échapper à une entité violente, qui prend la forme de la personne qu’ils désirent le plus au monde : l’un et l’autre. Dans son procédé, Leviticus ressemble à s’y méprendre à It Follows de David Robert Mitchell. Toutefois, il s’en différencie par un fantastique qui s’immisce dans un quotidien bien plus réaliste, et par une violence crue, qui n’émane pas uniquement de l’entité lancée à leurs trousses. Là où It Follows insufflait de l’humour et de l’absurde à son drame adolescent, Leviticus utilise sa dimension horrifique pour retranscrire les souffrances de nombreux enfants queers.

Le harcèlement, les violences et le rejet subis riment malheureusement souvent avec haine de soi et crainte de ses propres désirs. Au-delà d’une simple punition, ce sont tous ces concepts qui poursuivent les deux adolescents. Le film l’avoue explicitement : « Qu’on ait peur l’un de l’autre. C’est ça qu’ils veulent. » Pourtant, la malédiction tient en elle-même sa solution. Les attaques ne surviennent que lorsque Naim et Ryan se trouvent seuls. Pour s’en sortir, il devient nécessaire de rester ensemble, et plus encore, de se soutenir et de s’aimer. Un discours militant peut-être évident, mais toujours nécessaire.

La revanche de l’horreur queer

D’autant plus nécessaire dans une réalité où certaines communautés continuent de rejeter leurs enfants. On ne peut qu’éprouver de l’inquiétude face aux parents de Ryan, désespérément absents. De la colère devant le renoncement de la mère de Naim, qui préfère voir son fils souffrir, parfaitement consciente de son sort. Car Leviticus évoque aussi l’arrachement, ce déracinement qui s’opère dans la douleur pour certains. D’une beauté sensible, le film crie en silence, de la même manière que des milliers d’adolescents. D’autant plus touchant que les acteurs Joe Bird et Stacy Clausen incarnent leurs rôles avec justesse, entre passion et détresse adolescente.

Néanmoins, face au drame, Adrian Chiarella donne à ses personnages une happy end. Un final d’autant plus marquant qu’il témoigne d’une profonde évolution. 40 ans en arrière, La Revanche de Freddy – second volet des Griffes de la Nuit – n’osait qu’un timide sous-texte gay, où les tourments d’un adolescent dans le placard étaient résolus par l’intervention… d’une jeune fille. Sous-texte que la production balaiera d’un revers de main dès les premières accusations de « film pour pédé ». Il aura fallu 34 ans à l’acteur Mark Patton pour obtenir le crédit et les excuses qu’il méritait. En 2026, l’horreur ose enfin être ouvertement queer, en plus de laisser ses héros survivre à la haine. Leviticus prend le tournant. Et il était temps.

Auteur·rice

Ne pas fermer les yeux – Tribune

La communauté ciné/séries francophone prend la parole sur ce que le Rassemblement National représente pour le cinéma français, le CNC et la liberté de création.

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