Photo du film Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Crédits : Mubi

Teenage Sex and Death at Camp Miasma : que vaut la revisite queer des films d’horreur des années 80 ?

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À travers Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun rend un vibrant hommage au slasher des années 80 et se réconcilie tendrement avec ses aînés. Lauréat de la Queer Palm au Festival de Cannes, le film transforme une horreur populaire, parfois queerphobe et maladroite, en une célébration positive et inclusive.

Jason Forever

Jane Schoenbrun poursuit son œuvre horrifique sur l’entrée dans l’âge adulte dans la continuité de We’re All Going to the World’s Fair et I Saw the TV Glow. Deux films déjà empreints d’une certaine nostalgie dans leur manière d’aborder les thématiques queers et le coming of age. Nostalgie, car Schoenbrun applique les filtres d’une horreur populaire sur un cinéma d’auteur, parfois méprisant à l’encontre de ce folklore considéré comme mainstream. Loin pourtant de citer ses références au détour d’un simple dialogue ou d’un clin d’œil amusé, le·la cinéaste réalise de vastes hommages à la gloire de ses héros et héroïnes.

En 2024, I Saw the TV Glow racontait son amour infini pour Buffy contre les Vampires. À travers Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun témoigne d’une tendresse immense pour la saga Vendredi 13. Plus encore, iel raconte le conflit interne d’une génération de trentenaires intellectuels, plus éduqués et moteurs d’évolutions sociales, qui cultivent pourtant un goût prononcé pour la pop-culture des années 80. Effectivement, Vendredi 13 n’est pas un modèle de wokisme. Pas plus que les rejetons qu’il a engrangés, comme Sleepaway Camp ou The Burning, cités également dans le film.

Souligner les défauts

Pour autant, la génération passée n’émet pas toujours de jugement à l’encontre de la nouvelle. Et vice-versa. Le choix de la franchise Vendredi 13 se révèle, sur ce point, des plus intéressants. En effet, dès son premier épisode en 1980, ce petit film que personne n’attendait a su tendre un miroir amusé aux adolescents venus y chercher un peu d’érotisme, d’humour et de frissons. Car la force de la franchise repose avant tout sur ses personnages de jeunes adultes têtes à claques, un minimum attachants. Latinos, noirs, blancs, handicapés ou valides, parfois même avec un sous-texte queer… La saga initiée par Sean S. Cunningham demeure étonnamment parmi les plus pluralistes.

Toutefois, il est essentiel de garder à l’esprit que cette pluralité, si elle est naturelle, ne cache pas pour autant une forte volonté d’inclusion, et encore moins un message politique. La queerphobie, et notamment la transphobie évoquée avec justesse dans Teenage Sex and Death at Camp Miasma, étaient largement tolérées et même utilisées comme ressort horrifique dans le slasher et le cinéma d’exploitation des années 80. D’où ce personnage de jeune réalisateur·rice non-binaire, incarné·e par Hannah Einbinder, embauché·e pour écrire un reboot de Camp Miasma – sorte de Vendredi 13 fictif. Iel se montre fasciné·e par cet univers qu’iel chérit depuis l’enfance, mais qu’iel sait en dehors de ses valeurs et de ses revendications.

Réconciliation sur l’oreiller

Intervient alors l’actrice qui interprétait la final girl (survivante) dans le premier Camp Miasma. Parfaite dans le rôle, Gillian Anderson se fait le miroir de ces actrices de genre, oubliées pendant des années, puis redécouvertes par une plus jeune génération. Elle lève un sourcil circonspect à l’évocation de concepts comme la non-binarité, mais accepte de s’ouvrir à la personnalité de ce·tte jeune cinéaste. Elle parvient alors à le·la comprendre et lui enseigne que parfois, intellectualiser le propos ne sert à rien, d’autant plus dans un scénario conçu uniquement pour s’amuser, et prendre du plaisir sans réfléchir davantage.

En se réconciliant avec les œuvres qu’elle aime malgré leurs défauts, le·la réalisateur·rice se réconcilie avec iel-même dans une scène de jouissance absolue. Par cette métaphore à peine voilée des blocages liés aux transitions de genre, Teenage Sex and Death at Camp Miasma conclut en apothéose son hommage au slasher vintage, par ailleurs égrené dans l’ensemble du film. D’une grande beauté, l’intégralité du métrage laisse transpirer toutes les modes qui ont parcouru les Vendredi 13 dans son décor de camp de vacances au bord de l’eau. Effets pratiques, matte painting, VFX hasardeux… Jane Schoenbrun retranscrit avec amour tout ce qui fait le charme de ces productions. Une vision positive du genre, d’autant plus appréciable qu’elle s’avère de moins en moins rare dans le cinéma d’auteur.

Auteur·rice

Ne pas fermer les yeux – Tribune

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