Photo du film Hurlements
Crédits : D.R.

Au-delà du monstre : la vraie force de Hurlements de Joe Dante

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Entre cinéma d’exploitation et satire des médias, Hurlements révèle bien plus qu’un simple film de loup-garou. Le film culte de Joe Dante réinvente le genre dans une communauté new age aux airs de secte, et dresse un portrait mordant d’une journaliste prête à tout.

Femmes nues et monstres fantastiques

Hurlements fait, sans le moindre doute, partie des films les plus cultes de Joe Dante. Pourtant, au sein de la filmo du réalisateur américain, on cite plus volontiers Gremlins ou Small Soldiers, voire Les Banlieusards – assez méconnu dans nos contrées, redécouvert par une nouvelle génération il y a maintenant une dizaine d’années. Bien qu’apprécié, Hurlements reste un peu moins cité. Coincé entre Piranhas, série B tournée pour Roger Corman, et le raz-de-marée Gremlins, bulldozer produit par Spielberg, ce petit film de loup-garou ne manque pourtant ni de charme, ni d’audace.

Auréolé du succès de Piranhas chez New World, Dante s’en voit confier la réalisation après la défection du cinéaste Jack Conrad, mais aussi du scénariste Terence H. Winkless – réalisateur du fabuleux The Nest en 1988. Produit par Wescom Productions, pourvoyeur de séries B de science-fiction et d’horreur, Hurlements se teinte de cinéma d’exploitation, avec une dimension racoleuse propre au genre, où jeunes femmes nues et érotisme côtoient monstres fantastiques et tueurs en série. Néanmoins, le film prend une autre dimension sous la plume du scénariste John Sayles, également à l’œuvre sur Piranhas.

Le renouveau du film de loup-garou

En effet, Hurlements révèle un film de loup-garou assez singulier. Loin de l’habituel cliché de la survenue de la puberté, telle que dépeinte dans I Was a Teenage Werewolf en 1957 ou Teen Wolf en 1985, le film de Joe Dante traite plutôt d’une meute de loups, dissimulée parmi les humains. Organisée en communauté new age dans le récit, le groupe fait évidemment écho aux mouvements sectaires, qui dévorent les individus pour former une entité unique. Toutefois, la meute de Hurlements comporte peu d’innocents, malgré des tentatives désespérées pour se mêler au commun des mortels.

Nous découvrons un groupement de personnalités malsaines, plus ou moins rejetées par la société, capables de se reconnaître entre elles. Une représentation de la meute qui prendra, par la suite, bien des formes – des lycans sanguinaires d’Underworld aux loups inoffensifs de Twilight. Dans Hurlements, les prédateurs se confrontent à une autre figure récurrente du cinéma américain : la journaliste en quête de vérité. L’héroïne Karen White, interprétée par Dee Wallace, se distingue, elle aussi, des représentations féminines classiques du film de monstre et incarne un pastiche de sa profession.

Jusqu’à la mort

Bien avant Scream et le personnage de Gale Weathers, Karen White était (déjà !) décrite comme une reporter avide, autant de scoop que de lumière. Poussée par son entourage médiatique, elle entreprend de comprendre l’agression qu’elle a subie, moins pour guérir que pour témoigner face caméra. Néanmoins, loin de se limiter à cette seule parodie, la journaliste ne se contente pas de subir la situation comme la plupart des scream queens des années 80. Au contraire, elle participe activement à sa compréhension et à sa résolution, mais le récit ne se contente pas d’en faire une final girl triomphante.

White se définit comme l’incarnation de la journaliste jusqu’au-boutiste, au mieux prête à tout pour acheminer la vérité vers le public, au pire armée de suffisamment d’ego pour assurer le spectacle jusqu’à mourir en direct. Peu manichéen et plus intelligent qu’il n’y paraît, Hurlements fait partie de ces trésors de la série B, qui révèlent avoir bien plus à offrir que ce qu’on était venus y chercher. Produit au même moment que Le Loup-garou de Londres de John Landis, il forme avec ce dernier un diptyque fascinant… Puisque ces deux films ont, à eux seuls, révolutionné cette figure lupine.

Auteur·rice

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