Fidèle à elle-même, c’est à travers un regard de femme et une analyse psychologique que Lisa Azuelos nous livre le bouleversant Biopic DALIDA. Dans un parti pris assumé, la réalisatrice s’épanche davantage sur celle qu’était vraiment Yolanda Gigliotti en privé en suivant le fil-quasi chronologique de ses chansons. En retraçant la vie sentimentale de l’artiste, de ses premières blessures d’enfant à leurs répercussions sur sa vie d’adulte, elle nous permet ainsi de comprendre l’acte désespéré « d’une femme moderne qui vécut à une époque qui l’était moins ».

Pour qui découvre la vie de Dalida à travers ce Biopic, ou ne nourrit aucune attente quant à son contenu par rapport à la réalité, ce long métrage est une merveille. Il offre au spectateur tout ce qui peut réjouir au cinéma : l’émotion, le divertissement et la puissance narratrice des images. Lisa Azuelos nous en met plein la vue avec une réalisation maîtrisée, une puissance qui va crescendo, une esthétique absolue et un casting exceptionnel.

Photo du film DALIDA

Lucien Morisse (Jean-Paul Rouve) et Dalida (Sveva Alviti) au Festival de San Remo de 1967

Pour commencer, la structure du film est une composante essentielle de son efficacité. Il est découpé en deux parties : avant et après sa tentative de suicide en 1967. La première, un peu plus lente, plante le décor : l’enfance de Dalida, l’importance primordiale du regard que les autres portaient sur elle, ses premiers traumas (dont ceux liés à la séparation puis à la perte de son père), son arrivée dans le monde du showbiz et les premières grosses déceptions sentimentales qui la mènent à cette expérience de mort imminente. La seconde partie, forte de ce que nous avons appris dans la précédente, rend les évènements de plus en plus émouvants. Elle retrace le cheminement qu’a ensuite suivi Dalida pour tenter de continuer à donner un sens à sa vie, pour combler la solitude profonde qui l’habitait par le biais de la chanson, du public, de son entourage et des hommes qu’elle a fréquentés. Le film est rythmé par les plus célèbres chansons de l’artiste dont la réalisatrice utilise intelligemment les paroles comme sous textes des scènes qui défilent sous nos yeux et se passent ainsi de dialogues superflus. Mis à part Il venait d’avoir 18 ans qui est décalée de quelques années avant que Dalida ne l’ait chantée (afin de coller aux évènements), les autres opus se succèdent chronologiquement et renforcent largement la puissance des images en évitant les longueurs.

[bctt tweet=”« Lisa Azuelos nous offre puissance, émotion et divertissement »” username=”LeBlogDuCinema”]

Lisa Azuelos nous met ainsi astucieusement en condition pour éprouver l’empathie nécessaire envers Dalida, tout en jouant également sur l’esthétisme moderne du film. Si les décors, les sublimes costumes, les chorégraphies, et même le physique de l’actrice qui interprète Dalida (Sveva Alviti) s’inspirent de la réalité, la réalisatrice a modernisé l’ensemble afin de nous en offrir une vision améliorée, « au goût du jour »,  qui séduise davantage tout en évitant tout sentiment de ringardise. Ce faisant, elle offre au public (et à son frère Orlando), la plus belle image possible de la star.

Mais la plus grande force du film reste le choix de Sveva Alviti qui incarne son personnage avec tant de puissance et de naturel qu’aux yeux des spectateurs, elle ne joue plus Dalida, elle devient Dalida. Sa grâce, son élégance et sa singularité subjuguent. A l’instar de Lucien Morisse (son premier époux, interprété par Jean-Paul Rouve) lorsqu’il la découvre dans un radio crochet, nous sommes séduits et envoûtes dès ses premières apparitions. A travers sa voix si particulière, le charme de son accent, la douceur et la fragilité qu’elle dégage, on ne peut que s’émouvoir de chaque événement qui jalonne son destin si éprouvant. On ne peut qu’être bouleversé lorsqu’elle chante Je suis malade à l’Olympia et peiné lorsque les hommes qui partagent sa vie lui assènent des paroles blessantes. Enfin, même si l’on voudrait ne pas la laisser partir, on ne peut que comprendre et respecter son geste ultime…

Photo du film DALIDA

Dalida interprétant sa reprise de “Je suis Malade” pour la première fois à l’Olympia

C’est donc un pari réussi pour Lisa Azuelos qui, au delà de nous proposer un film cinématographiquement à la hauteur, transmet un message en donnant un sens au suicide de Dalida. En parlant de cette femme qui n’a jamais trouvé sa place en ce monde, en dépit de l’immense succès qu’elle a rencontré et du fait qu’elle ait pu vivre de sa passion, elle nous indique que l’unique chose qui compte lorsque l’on s’approche de la fin, c’est ce qu’on a partagé avec les êtres que l’on a aimés. Pour Dalida, en l’absence si douloureuse d’enfants, c’est ce qu’elle a vécu avec sa famille et les hommes de sa vie (d’où le choix d’axer le biopic sur cet aspect). La célébrité et le succès auront quant à eux, au mieux, permis à Dalida de tenir plus longtemps en lui apportant une compensation, au pire, accentué la culpabilité qu’elle éprouvait de ne pas parvenir à être heureuse.

A travers ce long métrage, on admet ainsi que, marquée dès l’enfance, Yolanda Gigliotti a indéniablement passé sa vie à chercher « le Grand Amour » qui panserait ses plaies. Malheureusement, les échecs et suicides successifs de ses amants n’ont fait que lui ôter tout espoir d’être étrangère à leur cause et renforcer son mal-être. De par le point de vue qu’elle propose sur le tragique destin de Dalida, Lisa Azuelos, socialement très engagée dans la cause des femmes, a donc simplement souhaité montrer qu’il était vain de chercher l’amour auprès des autres lorsque l’on ne se l’accorde pas à soi-même. Elle nous indique qu’à défaut de cette estime de soi, rongée par les complexes ou la culpabilité que l’on s’inflige, toute histoire d’amour est factice (voire néfaste) puisqu’elle ne se limite qu’à la rencontre de deux névroses. Un message qui parlera sans doute à nombre de spectateurs quelque soit leur sexe. Toutefois, en sortant, on ne peut s’empêcher de penser que cette femme aurait pu avoir un destin différent à une époque où les femmes ont le droit de vivre un amour avec un homme plus jeune, de faire un enfant seule ou de se faire avorter dans de bonnes conditions…

Stéphanie Ayache

Votre avis ?

BANDE-ANNONCE


D'accord ? Pas d'accord ?

Notifications :
avatar
Tri par:   récents | anciens | populaires
Albéric
Invité
Albéric

Très bon film, une “romance” pleine de justesse, et découverte d’une talentueuse actrice..
Dernier paragraphe, encore une fois très écrit!

Conan
Invité

Très bon film , très bien interprété, retracant parfaitement la vie de dalida, à la quête de l amour … le retour en arrière nous rappelle bien la société de cette époque bourrée de principes , attardee, qui a sûrement provoqué d autre suicide

BERGER
Invité

Très beau film nous faisant revivre la magnifique Dalida. C’est boulversant de ressentir son amour tragique avec Luigi Tenco.
C’est durant cette période que Verochek, artiste-peintre, commence à réaliser le portrait de la chanteuse. Mais elle n’y arrive pas. En effet, le peintre pressent le drame. Elle arrive à terminer la toile dès lors que Dalida se remet à vivre. Aussi, l’oeuvre de Verochek est plutôt dans les couleurs sombres. Dalida paraît encore plus vivante, mystérieuse et grandiose à l’image du Sphinx. Le tableau figure sur la pochette de disque “Le Temps des Fleurs”.
L’Alchimère

wpDiscuz