Après trois films sous Jon Watts qui n’ont jamais vraiment su faire mal à leur héros, Destin Daniel Cretton s’empare de la toile et redonne du poids, des plis, des blessures à Peter Parker. Reste à savoir si ce nouveau départ tient toutes ses promesses.
Nouveau miracle, Marvel retrouve l’inspiration et l’envie de faire un bon film ! Une fois n’est pas coutume, c’est notre Spider-Man adoré qui redonne le sourire aux spectateurs, arrange bien la grande machine du MCU et vient encore remplir le tiroir-caisse.
Au programme : des affrontements enfin jouissifs car bien mis en scène, des émotions, des personnages touchants, quelques défauts aussi, mais surtout du plaisir. Spidey rappelle une nouvelle fois pourquoi il est tant apprécié et pourquoi il est source d’inspiration.
Baston, textures et plis dans le costume
La première chose qui frappe dans Brand New Day, c’est justement ça : en seulement une séquence d’action introductive, enchaînée par un montage efficace, Destin Daniel Cretton vient surpasser toutes celles mises en boîte par Jon Watts et offre une distribution de peignées enfin dignes du personnage, orchestrée avec talent et envie. Et qui retrouvent du poids. Les chorégraphies, inspirées des jeux récents, sont assez jouissives, et les corps sont parfois traités avec la brutalité qui s’impose (on pense au plan de Peter qui s’effondre au début de son combat contre la Main, ou à celui d’un figurant à vélo qui vient s’écraser contre une voiture et tomber de manière réaliste). Ce sont des détails, mais ils montrent l’application de l’équipe à l’œuvre.
Il y en a une deuxième aussi : la texture de l’image. Comme les fans l’ont mentionné dès la sortie de la première bande-annonce, le costume a retrouvé une physicalité qui fait plaisir, grâce à quelque chose de tout bête : des plis. Un costume fait par Peter lui-même, avec une imprimante 3D du tonnerre quand même. Avec son découpage inspiré, son montage intelligent et une photo enfin plus contrastée, Brand New Day épouse très bien la vie plus complexe et plus sombre d’un personnage qui évolue dans une New York qu’on croirait presque, toute proportion gardée, sortie d’une œuvre de ceux qui la filment le mieux, tels Scorsese, James Gray ou les frères Safdie.
Notre brave Peter va mal, on a encore plus d’empathie pour lui, et on grimace de douleur en découvrant les traces de son combat contre le crime sur son corps. Si elle se montrait tout à fait sympathique et proposait un bon divertissement aux aspects teen movie traités avec sincérité, et donc restait agréable, ce qui est loin d’être le cas de tous les Marvel, la trilogie de Watts souffrait surtout d’un côté lisse et jamais iconique.
Notons quand même, au rayon petite déception, qu’on ne sait toujours pas comment Pete paie son loyer, alors que c’est un aspect crucial du personnage, qui doit souvent se débrouiller, comme la majorité d’entre nous, pour vivre.
Ici, Cretton, après notamment Le Château de Verre (2017), La Voie de la justice (2019) et Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux en 2021, emballe dès le début un spectacle rythmé et jouissif, redonne de manière ludique de l’importance aux civils régulièrement oubliés dans ce type de films (et on peut littéralement dire qu’ils sont utilisés, cette fois), à la ville qu’il filme aussi (voir le générique de fin), et un vent frais souffle sur la représentation de l’ami Peter au cinéma. Précisons-le, les acteurs sont d’ailleurs toujours bien dirigés, et Tom Holland et Zendaya restent parfaits.
On se dit alors que les déclarations étaient vraies : c’est bien le début d’un nouveau chapitre pour Spider-Man. Un jour nouveau.
Variations sur l’amitié
Ni une ni deux, Pete, entre deux maux de tête et en essayant de garder ses anciens amis près de lui, fonce à droite à gauche à travers la ville, menacée par de mystérieuses attaques de prise de contrôle mental. Guidé par une inspectrice peu exploitée mais très bien castée, Liza Colón-Zayas, entre deux services pour The Bear, l’araignée tombe vite sur celui qu’il ne faut pas emmerder, Frank Castle, le Punisher.
Avec Ned et MJ, plus option Bruce Banner et supplément Black Widow, le film orchestre en bonne partie ces interactions comme des variations sur l’amitié, thème traité de manière plutôt maligne et qui vient finalement cristalliser les enjeux du long-métrage, qu’on nous avait promis plus recentré : en effet, Spider-Man est le seul super-héros ici, et Marvel nous livre enfin un film aux enjeux plus humains, un peu à l’image du réussi Thunderbolts*, qui avait surpris à peu près tout le monde en bien.
MJ et Ned, à l’image de leur place dans la vie de Peter désormais, sont assez peu présents, mais leur écriture reste intelligente, les scènes qu’ils partagent sont touchantes, et la résolution de leur statut n’est pas traitée par-dessus la jambe.
Humour marvelien oblige, des personnages torturés comme Yelena Belova, ici un peu réduite à une fonction, et Castle, ne sont pas vraiment traités comme on a l’habitude de les voir, surtout la première, mais l’univers de Spidey les rend au pire suffisamment drôles (Florence Pugh est toujours un régal à voir jouer, et Jon Bernthal, tout en grognements irrésistiblement bourrins, s’amuse avec Tom Holland), au mieux touchants. L’indéfectible foi en l’humain de Peter révèle le meilleur chez les autres, et même si c’est parfois un peu expédié, et que les points de vue divergents des deux personnages auraient mérité un traitement plus poussé, les deux acteurs maîtrisent tellement bien leurs rôles que ça reste un plaisir, et les voir se disputer comme deux gosses reste amusant grâce à leur jeu.
Quant à notre gros balèze vert préféré, il est ici mieux utilisé que dans la plupart de ses dernières apparitions, qui le traitaient avec le respect d’un Hulk qui écrase une fourmi en pleine course enragée.
V-Max(ine)
Et concernant la grande méchante du film (enfin pas vraiment, puisqu’on l’a dit, ce film réussit à écrire des personnages plus complexes qu’à l’accoutumée), si sa réelle identité n’a pas trompé les fans, on ne peut que se réjouir de l’apparition d’une actrice aussi impeccable que Sadie Sink dans ce grand bazar qu’est le MCU.
L’actrice de Stranger Things prouve une nouvelle fois toute l’étendue de son talent et sa justesse dramatique, même si son registre est ici relativement limité vu l’état de son personnage. Et celui-ci vient d’ailleurs apporter sa plus belle scène à une autre protagoniste qui, elle aussi, trouve en seulement deux scènes une caractérisation plus réussie que dans les trois films précédents : la Tante May.
Car même après plusieurs visionnages, le célèbre mantra de Spider-Man, prononcé dans son dernier souffle par le personnage de Marisa Tomei dans No Way Home, sonnait faux. Fonctionnel. Ici, dans un set-up/pay-off plutôt bien vu, l’amour de May vient joliment trouver écho auprès de Jean, et lui faire comprendre certaines choses. Une belle idée, à l’écriture touchante, qui donne encore plus envie pour la suite. On a aussi hâte de voir Grey se confronter à Doom.
Bref, de la belle ouvrage, et un film qui maintient une âme dans le gros bordel du grand manitou Feige, avec un intérêt renouvelé pour la suite de ces aventures, qui sont ce qu’elles devraient être : engageantes, drôles, émouvantes et spectaculaires.
Ne pas fermer les yeux – Tribune
La communauté ciné/séries francophone prend la parole sur ce que le Rassemblement National représente pour le cinéma français, le CNC et la liberté de création.
Lire la tribune et cosigner →

