Un thème usité traité par un réalisateur créatif fait parfois naître de bonnes surprises. C’est le cas de L’UN DANS L’AUTRE, dernier long-métrage de Bruno Chiche qui s’approprie avec brio le body swap (l’échange des corps) des comédies américaines.

Lorsqu’entre deux couples d’amis, le mari de l’un et la femme de l’autre entretiennent une liaison amoureuse c’est déjà délicat à gérer. Mais quand l’amant se retrouve en plus de façon inexplicable dans le corps de sa maitresse et inversement, ça devient franchement compliqué ! De cet événement incongru, découle une palette de situations délirantes que Bruno Chiche exploite à merveille. Louise Bourgoin (Pénélope) et Stéphane de Groodt (Pierre) s’y donnent la réplique, créant un duo original qui contribue largement à l’efficacité de cette sympathique comédie romantique.

Photo du film L'UN DANS L'AUTRE

Diner tendu entre les deux couples d’amis avant que Pierre (Stéphane de Groodt) ne se retrouve dans le corps de sa maîtresse (Louise Bourgoin)

Inutile de brandir les étendards du féminisme ou de s’offusquer devant certains clichés hommes/femmes car ils servent uniquement de prétextes scénaristiques. S’il existe en effet un petit côté Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus dans la façon un peu caricaturale dont sont répertoriés les qualités et défauts inhérents à chaque sexe, ce n’est clairement pas le propos de L’UN DANS L’AUTRE. Plus encore, si sexisme il y a, ce serait à l’encontre des hommes car en filigrane, de façon plus ou moins explicite, c’est bien aux femmes que Bruno Chiche rend ici hommage.

Jamais Pierre n’aura autant plu à son épouse (Aure Atika, toujours parfaite) qu’en étant « habité » par une femme, jamais il n’aura été autant à l’écoute de ses amis, employés et enfants et jamais il n’aura assumé ses choix et actions avec autant d’aplomb et de courage. Là où la pauvre Pénélope, au contraire, se retrouvera à la limite de choquer son compagnon (Pierre-François Martin-Laval) en se révélant plus égoïste et abrupte que jamais, sans parler de son look tout à coup très sexy : jupe en lamé, pull au décolleté aussi incendiaire que sa couleur et talons de 10 cm…Quand au plaisir sexuel féminin, le réalisateur semble le placer bien au dessus de celui de ses congénères !

« En s’inspirant de Freaky Friday ou Ce que veulent les femmes, auxquels il adjoint une situation adultère complexe, Bruno Chiche parvient ainsi à nous surprendre et nous distraire sans tomber dans le déjà vu. »

Ce qui crée le ressort comique n’est donc pas forcément l’identification possible à certains comportements masculins ou féminins, mais les situations loufoques auxquelles l’échange de corps donnent lieu. Lorsque l’un se retrouve à vivre la vie de l’autre sans en connaître les coulisses, malaises et quiproquos s’enchaînent : les protagonistes se retrouvent à exercer un métier qu’ils ne connaissent pas, dans des locaux inconnus, en ignorant quel genre de relations humaines ont été tissées avec leurs collaborateurs, l’intimité avec le conjoint s’avère problématique et les habitudes du quotidien souvent embarrassantes. C’est ainsi que Bruno Chiche met en scène un maximum de situations cocasses tout en déroulant, avec un rythme équilibré, le fil d’un scénario qui tient la route (en acceptant le postulat surnaturel de base).

Photo du film L'UN DANS L'AUTRE

Pénélope, après la transformation, entre son époux et son amant

En effet, en dépit d’un certain scepticisme qui peut naître au départ, chaque élément se justifie au fur et à mesure que l’histoire se déroule. Par exemple, le couple Louise Bourgoin/Pierre-François Martin-Laval surprend au départ, ce dernier paraissant trop fragile et sensible par rapport à elle, pour s’expliquer totalement par la suite.

Enfin, si l’on évite la lourdeur souvent due aux excès en tous en genres, c’est aussi parce que le réalisateur a eu la finesse de choisir des comédiens crédibles dans leurs rôles. En l’occurrence, un homme charmant qui ne soit pas un symbole de virilité, mais au contraire doté d’une certaine douceur et sensibilité pour se féminiser sans être grotesque (Stéphane De Groodt) et une femme d’une certaine stature et personnalité qui puisse se masculiniser sans tomber dans la caricature (Louise Bourgoin). Enfin, le côté ultra contemporain du récit qui valorise les “papa-poules” tout en se moquant gentiment des véganes ajoute à l’inédit des situation.

En s’inspirant de Freaky Friday ou Ce que veulent les femmes, auxquels il adjoint une situation adultère complexe, Bruno Chiche parvient ainsi à nous surprendre et nous distraire sans tomber dans le déjà vu. Avec beaucoup d’humour, quatre comédiens qui interprètent avec justesse leurs partitions et une bande originale qui insuffle du peps, L’UN DANS L’AUTRE est un pari réussi.

Stéphanie Ayache

Votre avis ?

[CRITIQUE] L'UN DANS L'AUTRE
Titre original : L’un dans l’autre
Réalisation: Bruno Chiche
Acteurs principaux :Louise Bourgouin, Stéphane De Groodt, Aure Atika
Date de sortie : 20 septembre 2017
Durée : 1h25min
3.5Désopilant
Avis des lecteurs 0 Avis